‹ Chez les musiciens (du 18e siècle à nos jours)Chapitre 1 sur 49 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Après un concert^ les amateurs de musique se plaisent à « échanger leurs impressions ». De fait y ils les échangent bien peu, car chacun garde les siennes. Cela n'arrête guère leurs paroles. Ils veulent dire ce qu'ils ont éprouvé ; bien plus, chacun s'obstine, pour amener les autres à penser comme lui.

Mais ni les mots, ni les idées ne pénètrent dans le domaine mystérieux qui appartient à la musique. Ce qui est vraiment musical échappe à l'étreinte du verbe. La musique et la parole, aurait dit Pascal, ne sont pas du même ordre.

Néanmoins la musique ne peut exprimer aucun état d'âme qui n'ait été vécu par un homme (l'auteur) ; cette expression suscite à son tour un état d'âme, peut-être semblable, chez un autre homme [l'auditeur). C'est là ce que Beethoven constatait par son épigraphe fameuse :

« Venue du cœur, puisse-t-elle retourner au cœur/»

Chaque musique reflète celui qui la composa. Par elle, il se manifeste, il extériorise un état intérieur, il s' exprime. Musique et compositeur, ainsi solidaires, on peut essayer de les mieux comprendre et de les expliquer Vun par Vautre.

Ce livre tente de le faire. Tai essayé de caractériser les œuvres, et surtout celles que j'aimais. Pour mieux les connaître, je me suis aidé de ce qu'on peut savoir sur leur origine, sur la vie, la pensée et rame même de leurs auteurs.

Pour les deux oii trois derniers siècles, Vhistoire de Vart est établie avec quelque détail : on peut indiquer parfois ce que fut la réalité intérieure, crise sentimentale, habitude intellectuelle ou croyance^ dont une œuvre musicale porte le reflet. On réduit ainsi, dans leé comfhenlaires, lu pûr^t d'ihterprétation ou de conjecture. On utilisé des docufnents contrôlés, qui fournissent une part de def'tiiûde lorsqu'on les emploie ai)ec tact. On s'évade enfin des tfiirages de la fahtaisie, de l'esthétique, du phitosophisîtie, de la critique oratoire, brillante et vide ; on se rapproche des réalités pr*éôises éî cohÉistahteè de la biographie.

Par exemple, un opéra ou une Symphonie de Mozart peuvent être éclairés pai' les létlreÉ du maître à sa famille. Une symphonie de Méhul, dont le plan et r instrumentàtioh sont tout de suite appréciés, contient aussi Une réalité qu'il faul savoir entendre, et qu'elle sUggèt'e d' ailleurs d'une façon discrète et involonlaife : d'est l'âme même dé Méhul. Afin d'évoquer cette âme, jadis un porthailiste aurait fait un pastel ou un médaillon à la gouache : pourquoi ne

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