‹ Chez les musiciens (du 18e siècle à nos jours)Chapitre 2 sur 49 · AU LECTEUR O · texte numérisé non relu

AU LECTEUR O

pas essayer d^écrire, en s'itispirant des documents^ un portrait de ce bon maître? Ainsi le lecteur^ peutêtre^ verra sourire l'âme charmante, qui chante aussi dans la symphonie de Méhul.

Voilà pourquoi ce livre a pour litige Chez les Musiciens. J'essaie de pénétrer non seulement chez eux, mais dans leur cœtir, oii s'est formée leur musique.

Parmi de nombreuses pages, écrites au Jour le j'our^ J'ai gardé seulement celles qui semblaient entrer le mieux dans l' intimité des auteurs. En toutes choies, il y a du déchet : chaque croquis ne saisit pas un aspect du réel avec une exactitude ou une nouveauté dignes d'intérêt. D'autre part, un aspect fugitif est parfois trop peu évocateur ou caractéristique, pour que sa notation mérite d'être conservée. Enfin certaines œuvres ou certains auteurs sont si connus, ils ont été le motif de si copieuses études, qu'ils ne laissent guère de nouveaux détails à glaner. Par exemple Beethoven, toujours actuel et qui occupe, à Juste titre, une place dominatrice sur les programmes de nos concerts, — Beethoven ne fournit ici que quelques pages. En revanche Mozart, moins Joué, encore dédaigné, est l'occasion de pages plus abondantes : puissent-elles contribuer, humblement, à entretenir, à raviver le culte de Mozart !

Tai tenu à reproduire plusieurs chroniques sur des musiciens allemands, postérieurs à Wagner. Il ne flie déplaît pas d'avoir ressenti, plus de dix ans avant la guerre mondiale, que la musique postwagnérienne d'Outre-Rhin était souvent une expression de la barbarie pangermahi^le. Alors, tcH Doctof en rejetaient l'œuvre d\in Sc/nimann et la traitaient

4 CHKZ LES MUSICIENS

de musiquette ; mais ils applaudissaient à Vhystérie de Salomé ou à la délikatesse de la Veuve joyeuse. Alors beaucoup de Français^ surtout s'ils se proposaient d'être des « intellectuels », avaient une aveugle admiration pour tout ce qui paraissait en Allemagne et portait la marque munichoise du modem style. Essayait-on de leur ouvrir les yeux et les oreilles^ aussitôt on recevait un ballot d'aimables épithètes : patriotard, réactionnaire, nationaliste, pompier... Hélas, les événements qui ont éclaté en août 1914, et dont la répercussion nest pas près de s'éteindre, ont apporté un jour bien cruel sur la mentalité non pas allemande mais hoche, pangermaniste, kolossale, katastrophale.

J'ai donc eu, et j'ai encore, des antipathies et des préférences. Dois-je m'en excuser ? ... Mais qui donc pourra jamais atteindre à l'irréelle perfection de l'historien rêvé par ce rêveur de Fénelon : comment « n'être d'aucun temps ni d'aucun pays » ?

Tous les arts, et la musique plus tyranniquement que les autres, sont perçus à travers les sensations de chaque homme :

— « Vous n'aimez pas la Symphonie Pastorale, s'écriait Berlioz. Quant à moi, je l'aime jusqu'à l'adorer. Comment vous prouver que vous avez tort et que j'ai raison ?... Que faire à cela ?... Rien... C'est terrible ! »

Berlioz, une fois de plus, exagérait. Évidemment on ne peut rien sur un contradicteur que les passions, les intérêts ou les habitudes, et surtout le manque

Page 1