GUSTAVE MAHLER
constate que cette musique sonne gros et creux, que les idées sont vulgaires, et présentées avec une déplorable pauvreté de moyens. A la troisième minute, on regarde sa montre, et l'on se dit : encore soixante-douze minutes !
Et cela continue.
Voici des paquets de trompettes, qui pétaradent, essayant de secouer cette lourde masse orchestrale. Voici de longues mélodies, sans signification, sans ligne précise, comme si n'importe quelle suite de notes, confiées à un unisson de cordes, suffisait à être une mélodie...
Et cela dure, cela dure.
Un allegro « sauvage » (dit le programme) fait irruption... Puis la marche funèbre revient, revient, revient encore... Hélas, M. Gustav Mahler n'a donc jamais lu la ballade qui dit : Les morts vont vite...
Et cela continue.
C'est gros, c'est lourd, c'est compact, cela marche avec des semelles de plomb, et cela vous marche sur les pieds... Voici des alliances de cuivres (trop haut) avec des bois nasillards, — et cela sonne aussi vulgaire qu'une fanfare de village.
Et cela continue... 11 y en a encore pour cinquante-huit minutes.
Après la Marche funèbre^ une scène de plein air. Et voici une « valse sentimentale ». On Tentendrait avec moins d'ennui dans un casino, car, au moins, on pourrait s'tui allei'...
Mais il y a une troisième partie : après la valse sentimentale, un quart d'heure « d'exlase ». Est-
ce bien un quart d'heure ?... N'est-ce pas davantage ?... Passons.
Enfin, un Rondo final, où M. Gustav Mahler, parait-il, s'est proposé de renouveler l'ancien rondeau en y introduisant « les éléments les plus modernes ». Bien que prévenu, je ne les ai pas vus. Mais j'étais peut-être étourdi par une heure de musique forcée.
Est-ce seulement par sa durée que cette symphonie rebute ? Je ne le crois pas, puisqu'on peut très bien entendre une heure de musique sans interruption ; les œuvres de Wagner le prouvent. De fait, la symphonie de M. Guslav Mahler rebute par sa vulgarité, par sa bouffissure ; c'est de la baudruche qui joue au Michel-Ange.
Si une telle symphonie ne peut séduire ni par l'idée, ni par l'écriture polyphonique, ni par le développement, elle ne séduit même pas par la sonorité ; les timbres n'y ont ni imprévu, ni pittoresque. Leur incontestable qualité c'est d'être gros ; cela sonne gros et flasque, comme ferait une voix dans un cornet de carton ou dans un verre de lampe.
11 ne faut pas croire pour cela que M. Gustav Mahler a la voix et la puissance d'un lion.
Qiialriènie Sfjmplionie.
Gustav Mahler, compositeur fort inégal, étrange et déroutant, n'a pas encore conquis la faveur du public français. Et déjà c'est chose bien aventureuse de croire que l'œuvre de Gustav Mahler
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dans son ensemble, pourra la conquérir jamais. Cette œuvre restera, pour nous, une curiosité énorme et lointaine.
La quatrième symphonie en fournit une nouvelle preuve. Cette symphonie est beaucoup moins rebu* tante que la cinquième. D'abord,elle ne dure pas une heure et un quart sans interruption ; elle n'offre pas ces disparates de marches funèbres et de valses viennoises, de lourde grandiloquence et de sentimentalité sirupeuse.
Elle est étrange tout de même. Son plan, ou plutôt Tassemblage de ses morceaux est déconcertant. Peut-être, pour goûter cette symphonie, faudrait-il se prêter passivement à la fantasque fantaisie de l'auteur, et considérer chaque morceau en lui-même, sans lien avec le reste de l'œuvre, et à la façon d'un fragment ou d'une esquisse destinés à figurer dans un ensemble inconnu... Mcmbra disjccta poetœ.
Du moins on y sent la présence d'un artiste qui a quelque chose à dire. Bien plus que dans la cinquième symphonie, il y a de l'invention et un véritable apport personnel.
Le premier mouvement et le scherzo sont d'une facilité et d'une abondance séduisantes. Jl n'y faut pas chercher l'austérité ni la tenue que fait désirer à l'auditeur d'aujourd'hui le seul mot de sr/mphonic. Aussi bien Gustav IMahler s'est proposé, dans cette œuvre, paraît-il, de célébrer l'enfant. Il le fait avec une bonne humeur, un abandon, une cordialité, qui font penser à un Schubert modernisé, — un Schubert qui aurait
connu Liszt et la musique russe. Dans ces deux premiers morceaux, une agréable douceur viennoise se colore sous les chatoyants reflets d'un orientalisme atténué. Et cette musique facile, où la mélodie coule sans effort, çà et là relevée par d'ingénieux rehauts de rythme, fait penser à quelque lableaii musical, ou à un fragment de ballet.
L'adagio, qui aspire à être beethovénien et y réussit peu, s'entend avec moins d'agrément.
Quant au finale de cette symphonie, devinez ce que c'est? — C'est une suite de mélodies pour orchestre et une voix... On l'entend d'ailleurs sans ennui.