Reprise, 3 mars 1920, à la Gaitô-Lyriqud
La partition de M. Messager prouve uu musicien averti, parfaitement maître de sa forme, qui domine ses idées et qui en a. Véronique^ me direzvous, appartient à un genre léger, secondaire... Eh oui I mais telle quelle, Véronique est délicieuse ; et je vous laisse le soin de juger ce qui vaut le mieux : ou bien une œuvre de premier plan, mais manquée, — ou bien une œuvre de second plan, mais réussie, agréable, pimpante, parsemée de musique et d'habiletés, jolie et remuante, qui nous amuse et qui nous charme.
Le sujet ?... Sous Louis-Philippe, roi-citoyen, c'est un mariage en une journée — presque dans une journée de huit heures. La fiancée surprend son fiancé dans une boutique où il y a autant de petites fleuristes que de fleurs : le jeune écervelé emmène tout ce bouquet féminin à Romainville, afin d'enterrer congrument sa vie de garçon.
Or la fiancée, pour surveiller le volage, s'est déguisée en fleuriste. Vous prévoyez déjà que nos deux jeunes gens, sous les ombrages de la banlieue, vont chanter un duo d'amour à côté d'une balançoire — disons d'une escarpolette... Mais quelle différence y a t-il, se demandait jadis Jules Lemaître, entre une escarpolette et une balançoire ?
Le duo d'amour, ainsi commencé dans une guinguette, trouve sa cadence finale, c'est-à-dire le contrat, dans les salons extrêmement dorés du bon roi Louis-Philippe.
Et voilà un autre charme de cette ^ pièce : elle nous montre la pittoresque époque du romantisme français...
ANDRÉ MESSAGEU 18t
M^'e Edmée Favart apparaît comme une résurrection des aimables lithograpliies de Devéria. Elle est jeune ; elle joue jeune. Elle détaille les couplets, et même les « fignole », mais sans arrêter le mouvement et le remuement de son rôle.
M. Jean Périer, qui parut jadis dans Véronique avant d'être « Pelléas », retrouve une étonnante occasion de succès. D'autres acteurs, à l'ordinaire, chantent surtout avec leur voix ; M. Jean Périer chante surtout avec son adresse et son intelligence. Tandis que vous assisterez à ce triomphant paradoxe, vous admirerez la silhouette fashionable que M. Périer donne à son rôle Jeune- France. On dirait un gandin quittant le perron de Tortoni, et qui vient de siffler à un concert de notre romantique Berlioz. Quel gibus, ténébreux et conique, en pain de sucre ; et comme la chemise molle fait bouillonner son écume de dentelles dans l'échancrure du gilet de velours noir!... La redingote, à longues basques, étranglée à la taille, est da gris (tendrement rosé) d'un ventre ide souris;... le pantalon moule la jambe dans une [gaine étroite, couleur pois cassés. Et notre « merveilleux », chevelu comme il convient, arbore un monocle carré, encadré d'or ; et il brandit, avec une désinvolture byronicnne, une canne à gland de cuir.
Jusque dans l'opérette, on se plaît à revoir les fantasques images de la vie romantique.