MORT D'OLIVIER
Olivier sent qu'il est blessé à mort ; Il ne saurait se venger assez fort.
Alors saisi. d'un furieux transport Il frappe, il tranche, et l'écu bouclé d'or Et bois de lance et pieds et poings encor. Qui l'aurait vu tailler ce peuple ord, Amonceler par terre mort sur mort Eût dit : Quel bon vassal, c'est un trésor! Au cri de Gharle il donne vite essor : Mont- Joie et Dieu! puis très haut et très fort De son compère il appelle l'effort :
A moi, Roland! Soyez mon reconfort!
Férir sans vous serait trop mauvais sort.
Aoi.
Roland regarde Olivier au visage :
Son teint est pâle et, comme ciel d'orage, Le long du corps son sang est en coulage Et par ruisseaux baigne le sol sauvage. Que faire? hélas! ami, votre courage Vous est funeste et pourtant en notre âge Quel preux vit-on en avoir davantage?
Te voilà donc, douce France, en veuvage Des meilleurs fils de ton noble lignage! Notre Empereur en aura grand dommage.
Sur ce, Roland de ses sens perd l'usage.
Aoi.
Voilà Roland, sur son cheval, pâmé.
Olivier est devant lui tout blessé ; Il saigne, tant qu'il en a l'œil voilé, Et qu'il ne peut voir môme à son côté Sire Roland qui gémit éploré.
Il frappe alors le haume d'or gemmé De son ami, fend l'armet jusque au né Mais en la tête il n'a point pénétré.
A ce dur choc Roland l'a regardé, Puis doucement et calme il a crié :
Sire Olivier, est-ce de votre gré Que vous avez ce grand coup déchargé?
Je suis Roland, qui toujours vous aimai,
Répondez-moi, m'avcz-vous défié V Olivier dit : Je sais qui m'a parlé; Mais point n'y vois tant mon œil est troublé; Pardonnez-moi, si je vous ai frappé.
Roland répond : Je ne suis point navré. Sur ce, chacun, l'un vers l'autre penché, L'adieu sur terre à jamais s'est donné.
Aoi.
Olivier sent venir le noir moment ; Ses deux yeux vont dans sa tête tournant; Il perd l'ouïe et la vue et mettant Pied sur la terre il s'y couche de flanc. Là, confessant ses péchés clairement, Il joint ses mains et dit en les haussant : Dieu, donnez-moi le paradis riant, Bénissez Charle et douce France autant Et, par-dessus tout le monde, Roland !
Le cœur lui manque et, sa tête tombant, De tout son long sur le sol il s'étend. Ah! c'en est fait, il est mort maintenant. Auprès de lui pleure et gémit Roland.
Jamais n'oirrez un homme plus dolent.
Aoi.
Vers rajeunis de Théroulde.