CHANSON DU VIEUX TEMPS
Qui veut en amourette Devenir vite heureux Doit être généreux Et porter riche aigrette.
— Ce qui dames émeut, C'est train de seigneurie ; Mais, par sainte Marie, N'a pas ce train qui veut !
D'une gentille brune Je devins amoureux, Mais, las! pour être heureux Amour ne vaut pécune.
— Ce qui dames émeut C'est train de seigneurie ; Mais, par sainte Marie, N'est argentier qui veut !
J'avais en l'escarcelle Deux beaux écus tout neufs ; Je les donnai tous deux Pour charmer la pucelle.
— Ce qui dames émeut, C'est la galanterie; Mais, par sainte Marie, N'est point galant qui veut!
Alors près de ma mie, Le cœur plein d'un grand feu, Je jurai de par Dieu D'aimer toute la vie.
— Ce qui dames émeut C'est bien forfanterie ; Mais, par sainte Marie, N'a pas ce ton qui veut!
Car après l'embrassade Je fus des plus honteux.
J'avais l'air si piteux Qu'elle me dit : maussade :
— Ce qui dames émeut C'est la folle diablerie; Ah ! par sainte Marie, N'est pas diable qui veut!
Hôla ! ma Pâquerette, J'ai tout usé mon feu!...
En façons comme au jeu, Au doux jeu d'amourette, — Ce qui dames émeut C'est train de seigneurie; Mais, par sainte Marie, N'a pas ce train qui veut !
Ballade de Villon arrangée et rajeunie.