ACHILLE ET DEIDAMIE
Parmi ses jeunes sœurs, seule, Deïdamie
Avait d'un œil subtil deviné son amie.
Elle avait deviné que son air féminin
Et ses habits trompeurs dérobaient le destin
D'un mâle enfant des Dieux. Cette vue indiscrète
Dont elle sent la faute en secret l'inquiète
Et, quoique à cet égard, ses sœurs ne disent mot
Elle se croit sans voile à leurs yeux; car sitôt
Qu'Achille fut entré dans la troupe charmante
Et qu'un dernier discours de sa mère tremblante
Eût fait évanouir sa farouche pudeur,
Le bel adolescent, en cet aimable chœur
De vierges se pressant sur ses pas, pour amie
Avait, sans hésiter, choisi Deïdamie.
Déjà dans leurs doux jeux, malicieux garçon,
Il médite en secret plus d'une trahison.
Partout d'un vif élan il suit son pas rapide
Et la couve partout de son regard avide.
Tantôt à ses côtés il se presse si fort
Qu'elle rit sans pourtant se soustraire à l'effort.
Tantôt feignant contre elle un accès de colère,
Il la fustige avec sa guirlande légère,
Le bord de son panier à dessein renversé
Ou son thyrse brillant mollement balancé.
Puis, agitant les fils de la lyre sonore,
Il lui montre les airs que chantait le Centaure,
Lui fait tirer des sons et tout en les menant
Froisse ses jolis doigts sur le fil résonnant.
Puis soudain arrêtant le chant de son élève
Dans ses bras vigoureux il la serre, l'enlève
Et par mille baisers célèbre son talent.
Alors Deïdamie avec plaisir apprend
Combien du Pélion se dresse haut la cîme,
Combien le petit-iils d'Eaque est magnanime
Et le nom répété de ce jeune héros,
Ses actes généreux, ses courses, ses travaux,
Frappent la belle enfant d'étonnement extrême
Et sa voix chante Achille aux yeux d'Achille même.
A son tour, elle enseigne à sa robuste sœur A déployer ses bras avec moins de vigueur, A paraître en ses jeux plus modeste et plus douce. Elle lui montre aussi comment avec le pouce On tord la blanche laine étirée en cordeau ; Puis soudain recouvrant de laine le fuseau Et reprenant la tâche elle répare, agile, Le mauvais travail fait par la main inhabile. Cependant le son mâle et vibrant de la voix D'Achille, ses baisers forts et chauds à la fois, Son dédain de toute autre et sa noire prunelle Flamboyante, tournée incessamment sur elle, Puis ses discours cent fois par des soupirs rompus, Tout l'étonné et l'emplit de troubles inconnus. Plus d'une fois l'Éphêbe emporté par l'ivresse Veut découvrir la ruse à sa jeune maîtresse, Mais la vierge légère, avec la joue en feu, S'échappe et sur-le-champ laisse en suspens l'aveu.
Traduit de Stace.
A QUINTUS DELLIÏÏS
Souviens-toi de garder toujours une âme égale Dans le malheur et si la fortune s'installe Près de toi, ne vas point par trop t'enorgueillir? 0 Dellius, tu dois mourir !
Soit que ta vie entière ait fui dans la tristesse, Soit que du vieux Falerne ait versé l'allégresse A ton corps en repos sur des gazons touffus ; Un jour, tu n'existeras plusl
Aux lieux où le haut pin s'unit à la ramure Du pâle peuplier, où Tonde au doux murmure Tremblote dans le lit sinueux d'un ravin, Ami, fais apporter du vin!
Fais-y porter du nard, des roses fugitives FA jouis du moment dont l'âge aux forces vives Ton or et le fuseau des trois funestes sœurs T'accordent encor les douceurs.
Il te faudra quitter ton immense domaine, Tes palais, ta villa, de tant de charmes pleine Et que le noble Tibre à l'en tour frémissant Caresse d'un flot jaunissant.
Ces biens, d'un héritier seront un jour la proie; Car partout où l'azur des grands cicux se déploie, Riche ou pauvre, non noble ou venant dTnachus, Tout homme est le sujet d'Orcus.
Il nous presse le pas d'une même poursuite; Notre sort en son urne également s'agite; Tôt ou tard il l'en tire et son arrêt mortel Nous jette en l'exil éternel.
Traduit u'ilouACE.