‹ Chez les poètesChapitre 3 sur 63 · BIDON AUX ENFERS · texte numérisé non relu

BIDON AUX ENFERS

Près de ces lieux, un sol d'une vaste étendue

Qu'on nomme Champ-des-Pleurs, se présente à la vue.

Là, des sentiers secrets coupent en maint détour

Un bois de myrthes verts où ceux qu'un dur amour

Sur la terre rongea d'une fièvre mortelle

Se cachent; là, leur peine incessante, cruelle,

Les tourmente et les suit même dans le trépas.

Énée en avançant rencontre sur ses pas

Procris, Phèdre, Eryphile étalant la blessure

Qu'elle reçut d'un fils, Pasiphaè l'impure,

Laodamie auprès d'Lvadné, puis Cœnis

Qui, sur terre changée en homme, au noir pays

Du terrible Pluton reprit sa forme ancienne. Il aperçoit aussi Didon, la phénicienne, Errant dans la forêt avec la marque au sein Du coup récent porté par le fer assassin.

Dès qu'il l'eut reconnue à travers l'ombre obscure Ainsi que quelqu'un voit ou croit voir la figure De la lune au début de son cours et sortant D'un nuage, il pleura, puis, soudain l'accostant, Il lui dit de l'accent le plus doux, le plus tendre : « Malheureuse Didon! ce qu'on me fit entendre » De toi, là-haut sur terre, était donc vrai? Ta mort » Dont j'étais cause avait résulté de l'effort » De tes sanglantes mains recourant aux extrêmes. » Ah! par les feux du ciel et par les Dieux suprêmes, » Je jure, si l'Enfer garantit les serments, » Que c'est contre mon vœu, contre mes sentiments, » Reine, que j'ai quitté le sol de ton empire. » La voix seule des Dieux a chassé mon navire; » Les Dieux qui m'imposant encor leur dure loi » M'entraînent en ces lieux et m'y font, malgré moi, » A travers des sentiers d'horreur, humides, sombres, » Marcher péniblement dans une foule d'ombres. » Non, je n'ai jamais pu croire que mon départ » A ton fatal dessein dût avoir tant de part

» Et qu'il navrât ton cœur d'une douleur si vive. » Reste devant mes yeux, arrête, fugitive î » De qui t'éloignes-tu? C'est la dernière fois » Que le sort me permet de t'envoyer ma voix

». Et d'entendre la tienne »

Ainsi parlait Énée Et, touché du destin de cette infortunée, Il voulait l'adoucir, elle, encore aux Enfers, Furieuse et lançant des regards de travers, Et ses larmes coulaient. Mais, ferme en sa tenue, Les yeux fixés au sol, Didon n'était émue D'aucun des mots sortis des lèvres du héros: Immobile, elle avait l'air d'un bloc de Paros. Enfin elle s'échappe et toujours indignée Elle se réfugie à l'ombrage où Sichée Époux d'un premier lit, la paye de retour,

Console sa souffrance et l'égale en amour

Et le héros, ému d'une fin si cruelle,

Longtemps la suit des yeux, pleure et gémit sur elle.

Traduit de Virgile.

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