‹ Chez les poètesChapitre 38 sur 63 · SONNET DU TASSE · texte numérisé non relu

SONNET DU TASSE

L'âge qui de la vie est la froide soirée Nous peine bien souvent par l'effroi de la mort. Effroi que la nature a fait d'autant plus fort Qu'on s'attend davantage à son heure abhorrée.

Une l'ois l'existence en cette phase entrée, Plus d'espoir que le ciel égayé notre sort, Et plus le jour pâlit, plus, en ce déconfort, On souffre au souvenir de sa lueur dorée.

Ah! lorsque noblement on a fait son chemin Comme, au soir, notre vie est calme et comme encore Son tiède Occident de pourpre se colore !

De tes jours, ô Mosto! tel est le pur déclin;

Il ne craint pas la mort, la mort pour l'innocence

Plutôt un doux repos qu'une dure souffrance.

Traduit de l'italien.

L'IKFIKI

Chers m'ont toujours été ce talus solitaire

Et cette haie en verte frondaison Qui formant un obstacle au jeu de ma paupière

Entièrement me cachent l'horizon.

Assis et regardant ce rempart, j'imagine

Bien au delà des espaces sans fin, Des silences que rien n'interrompt, ne domine,

Des calmes pleins d'un effroi souverain. Et tout en écoutant le vent dans le feuillage

Pénétrant fort ou glissant à demi, Je m'en vais comparant à son vain babillage

La majesté du silence infini.

Alors l'éternité revient à ma pensée

Avec ses jours, morts, éteints à jamais, Et je me dis : Que sont, sous son onde glacée,

Tous les grands bruits que les siècles ont faits? Dans cette immensité je m'abîme et me noie;

Pour en sortir je ne fais nul effort; Au contraire, je sens même une douce joie

A naufrager dans cette mer sans bord.

Traduit librement de Leopardi.

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