‹ Chez les poètesChapitre 4 sur 63 · LA YACHE DE LUCRÈCE · texte numérisé non relu

LA YACHE DE LUCRÈCE

Souvent, frappé du ter auprès des saints autels, Parmi les flots d'encens qu'on offre aux immortels Un jeune taureau tombe et Ton voit sa poitrine Épandre son sang chaud en onde purpurine. Sa mère qui déjà ne l'est plus, tristement Parcourt les verts sentiers des grands bois, imprimant Sur la terre des pas pressés que rien n'arrête. Elle sonde tout lieu de sa vue inquiète Cherchant si quelque part ne se retrouverait L'enfant qu'elle a perdu, puis l'ombreuse forêt S'emplit des longs accents de sa voix lamentable, Puis lasse de mugir elle rentre à l'étable Et, là, reste immobile, au sol le pied rivé, Et toute au noir regret de son cher enlevé.

Ni tendres saules verts, ni plantes rajeunies Par les pleurs du matin dans les grasses prairies, Ni fleuves aux grands bords teints de vives couleurs, Rien ne peut la charnier et chasser ses douleurs. Vainement devant elle, en de fraîches pâtures, D'autres jeunes taureaux aux folâtres allures Bondissent, leur aspect ne distrait point ses yeux; Nul ne donne le change à son cœur soucieux Car, aucun d'eux n'est là celui qu'en sa tendresse Elle connaît si bien et va cherchant sans cesse.

Traduit du latin.

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