PAR LE ROI SALOMON
Je suis la rose de Sâron, Le muguet odorant qui croît dans le vallon.
Tel le muguet parmi les ronces, les nielles, Telle ma grande amie entre les jouvencelles.
Gomme au sein des forêts un pommier haut ramé, Parmi les jeunes gens tel est mon bien-aimé : J'ai désiré m'asseoir sous son superbe ombrage Et très beau m'a paru le fruit de son feuillage.
Mon bien-aimé vers moi s'avançant, par la main M'a prise et m'a menée au salon du festin ; Là, pour moi sa tendresse ardemment s'est montrée Et sur mon corps, Amour a jeté sa livrée.
Faites-moi revenir le cœur avec du vin Et préparez mon lit sur des pommes de pin; Car pour lui je me sens l'âme tout enflammée ; Je souffre, je languis et je tombe pâmée
Qu'il vienne et que, penché sur mon sein amoureux, Sa main gauche élayant ma nuque aux noirs cheveux. Il tienne mon front haut, tandis que de la droite Il serrera mon corps en une chaîne étroite.
0 filles de Sion, vierges aux yeux brillants, Par les chevreuils légers, par les biches des champs, Je vous adjure, en paix laissez celle que j'aime Dormir et que l'éveil lui vienne d'elle-même!
Mais voici que j'entends le chéri de mon cœur; Il s'avance vers moi plein d'une tendre ardeur, Franchissant à grands pas la cîme des montagnes, Et sautant par dessus les vallons, les campagnes.
Mon bien-aimé ressemble au chevreuil bondissant Le voilà qui s'approche ; il vient en se glissant Derrière notre mur et laisse son visage A demi se montrer au croisé du treillage.
Mon bien-aimé soudain s'écrie : Oh! lève-toi! Sors du lit, ô ma belle, et viens-t'en avec moi;
Car l'hiver a quitté les fonds de la vallée
Et pour longtemps du ciel l'onde s'est écoulée.
Partout croissent les fleurs, aux prés, sur les buissons, Et comme elles partout renaissent les chansons; Et dans tout le pays vert de feuilles nouvelles Retentit doucement la voix des tourterelles.
Le figuier a poussé déjà ses premiers fruits; Les vignes sont en grappe et leurs grains élargis Répandent dans les airs une odeur ravissante Laisse, laisse ton lit, ma belle languissante!
0 colombe tapie au creux d'un fier rocher, En des lieux d'où les pas ne peuvent approcher, Fais-moi voir ton regard, fais-moi ta voix entendre, Car ta voix est très douce et ton regard est tendre!
Attrapez les renards et tous les renardeaux ; Ce sont des ravageurs, des rongeurs d'arbrisseaux, Qui gâtent les vergers au moment où la vigne Nous présente l'espoir d'une récolte insigne.
Mon ami m'appartient comme je suis à lui; Je suis son ornement comme il est mon appui ; Il paît, en long troupeau, ses brebis rassemblées Parmi le blanc muguet des profondes vallées,
Avant que l'ombre parte et que le vent du jour Souffle, vers ton amie, oh! reviens, mon amour, Reviens comme le faon des biches éperdues Au creux des montagnes fendues.
Imité d'une vieille Bible du xvn<= siècle.
MORT DE SAKHAR
Sakhar, fils de Schârid, homme plein de vaillance. Reçut dans un combat, au flanc, un coup de lance. La blessure n'était point bonne et sur son lit Depuis un an bientôt tristement il languit. Sa femme qui le soigne et qui le quitte à peine En a tant de souci qu'elle l'a pris en haine. Une fois il l'entend en proie à ses douleurs Répondre à la voisine en quête de ses pleurs : « Tu demandes comment va cette maladie, Ce qu'il devient; hélas! que te dirai-je, amie! Ce n'est pas un vivant qui nous fasse espérer Un mort même à l'oubli que Ton puisse livrer; Vraiment cet homme-là me rend la vie arnère. » Lorsqu'on interrogeait au contraire sa mère Elle disait : « Ayez, comme moi, de l'espoir; Allah le guérira si tel est son vouloir. »
Sakhar qui les avait l'une et l'autre entendues Laissa jaillir ces vers de ses lèvres émues :
« Pour sa mère, Sakhar n'est jamais un ennui, Mais Soulayma, sa femme, est sans pitié pour lui.
Que, méprisé de tous, il tombe en la misère Celui qui met sa femme au niveau de sa mère!
Je voudrais bien frapper encor quelque bon coup, Mais l'Onagre épuisé ne se tient plus debout.
Ah! je ne croyais pas devenir ce cadavre
Qui te lasse l'épaule, ô femme, et qui te navre.
Oui, certes, je comptais sur un plus prompt trépas ; Mais comme l'on se flatte et se trompe, ici-bas!
Je réveille, en mourant, le brave qui sommeille; Qu'il comprenne ma voix s'il n'est pas sans oreille! »
Après bien des douleurs, un grand bourlet de chair Se forma sur sa plaie. — On lui dit : « Ami cher! Nous aurions pour tes jours encor de l'espérance Si tu laissais couper cette forte excroissance? — Faites, leur dit Sakhar, ainsi qu'il vous plaira. » On coupa le bourlet et Sakhar expira.
Poésie arabe avant Mahomet.
D'après M. Fulgence Fresnbl.
OUMOU-AMIR
Oumou-Amir s'en est allée Sans dire à ses voisins adieu ; Cette abeille s'est envolée Vers je ne sais quel autre lieu.
Pauvre amoureux! elle est partie Lorsqu'au désir s'ouvrait ton cœur ; Loin d'elle, que devient ta vie ?
Dis adieu, toi-même, au bonheur.
Ce qui me charme en cette fille C'est qu'en sa course on ne voit pas Son voile blanc, flottante grille, De son front glisser sur ses pas.
Toujours les yeux fixés à terre Ou dirait qu'elle va cherchant Quelque chose sur la poussière, Par elle perdue en marchant :
Si jamais un mot de sa bouche
Vous est jeté tout aussitôt
Une honte extrême la touche Et la fait taire après ce mot.
Imité du vieil arabe.