‹ Chez les poètesChapitre 53 sur 63 · LE SACRIFICE DE SITA · texte numérisé non relu

LE SACRIFICE DE SITA

Râmà plein de douleur baisse à terre les yeux : Mais elle, saluant l'époux silencieux Et joignant les deux mains comme une coupe rose, Marche droit au bûcher et devant lui se pose. Là, d'abord elle rend d'un ton de voix pieux Un hommage profond aux Brahmanes, aux Dieux, Puis inclinant le corps d'une douce manière Suppliante, elle adresse au Feu cette prière : — « Si par acte ou pensée, en la nuit ou le jour, Je n'ai jamais trahi les devoirs de l'amour, 0 toi, de l'univers témoin sûr, infaillible, Agnis, protège-moi contre la flamme horrible! »

Et toute résignée à supporter la mort Elle fait du bûcher le tour, disant encor :

« 0 toi qui cours au sein de chaque créature, Toi, puissant scrutateur du fond de ma nature, Agnis, protège-moi! j'ai dit la vérité. » — Puis, un dernier regard sur son époux jeté, Soumise et l'adorant toujours, victime sainte,

Vers l'autel flamboyant elle marche sans crainte

Les jeunes et les vieux poussent un grand hélas! Hélas! ont répété Varanas, Jatavas, Tout le troupeau guerrier; mais Sîtâ, cette aurore, Ce tendre et frais matin que la vertu décore Avec sa robe pourpre et ses anneaux brillants Résolument s'assied sur les tisons brûlants.

L'assemblée en clameur éclate toute entière ; Râmâ seul, abîmé dans sa douleur amère, Mais courbé sous le joug sévère de la loi, Demeure sur son siège, et, gémissant en soi, Laisse les pleurs couler de ses yeux comme l'onde.

Tout à coup Kuverâ, le bienfaiteur du monde, Jamâ, Dieu des morts, Indra, maître des cieux, Varounâ, gouverneur des flots capricieux, Et Givâ, le triple œil, qui porte pour emblème Un taureau noir, enfin le grand Brahmâ lui-même, Et sur un char ailé le roi Daçavathâ, Paraissent et planant sur la cité Lanka

Ainsi que des soleils, de leurs chars de lumière, Abordent le héros que le malheur attère.

« Nous venons, dit Brahmâ, des célestes hauteurs

Glorifier ton nom et tes actes vainqueurs

Et terminer aussi les peines de ton âme.

Ce n'est point une faible et périssable flamme

Qui circule en ta veine et palpite en ton sein,

Mais l'esprit de Wishnou ! le principe divin,

A revêtu tes traits et ta forme mortelle

Pour vaincre des démons la méchante séquelle

Et de leurs attentats criminels, odieux,

Sauver tout à la fois les hommes et les dieux.

Il est temps, ô Râmâ! que l'épreuve finisse

Et que la récompense à tes hauts faits s'unisse! »

Or, tandis que parlait ainsi le créateur Et que le grand héros surpris dans sa douleur, Écoutait sans bouger, comme dans une extase, Agnis, sur le bûcher que l'air actif embrase Pour l'épouse innocente était resté clément Et ne la blessait pas de son attouchement. Soudain il prend lui-même une forme visible : Sous l'aspect lumineux d'un jeune homme sensible, Aux ardents aiguillons du brasier étouffant Dans une forte étreinte il enlève l'enfant;

Et bientôt cette grâce aimable et délicate, Avec ses anneaux d'or et sa robe écarlate, Belle, mais de vertu plus belle encor, Sîtâ Tombe des bras du Dieu sur' le sein de Râmâ.

Imité de la traduction latine d'EscHOFF.

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