LA FOURMI ET L'OISEAU
Les sages Indiens racontent dans leurs fables
Qu'un être fort petit, mais des moins méprisables,
Une fourmi cherchait un jour à démolir
Un amas de terreau, tâche énorme à remplir
Pour elle et que, malgré sa force musculaire,
Même sans se lasser, un homme n'eût pu faire.
Elle allait et venait et du plein et du bord
Enlevait çà et là quelques brins et l'effort
Bien qu'il fût peu de chose et de faible nature
Diminuait le tas en certaine mesure.
Un oiseau qui dans l'air passait à ce moment
Vit la petite bête à l'œuvre et vainement
S'efforçant d'amoindrir cette masse rebelle
Des millions de fois plus haute et grosse qu'elle.
Il eut compassion.
« Hélas ! pauvre animal, Lui cria-t-il, pourquoi te donner tant de mal? Quelle œuvre tentes-tu, si petite et peu forte? »
— A ces mots celle-ci répondit de la sorte :
« J'ai vu maintes fourmis vers ce tas se porter
Et voyant leur travail j'ai voulu l'imiter;
C'est la condition que j'impose à ma vie.
Si de servir ma race il vous prend quelque envie
Unissez-vous à moi pour démolir ce tas
Et d'un élan commun nous le mettrons à bas.
J'exerce en ce moment les forces de mon être
Et comme un brave cœur à tous je fais connaître
Que j'ai ferme désir d'accomplir mon devoir.
— Fort bien, mais votre but passe votre pouvoir, Reprit soudain l'oiseau qui se croyait plus sage. Pour tendre l'arc duquel vous voulez faire usage Il faut, ma chère amie, avoir plus de vigueur.
— C'est possible, ajouta l'insecte avec douceur : Mais ayant commencé cette œuvre, quoique immense, J'emploie à l'achever ce que j'ai de puissance.
Si j'y parviens mes vœux seront comblés, sinon Nul méchant ne pourra blâmer mon action.
Pour un acte certain chaque homme naît au monde, Mais il s'en faut qu'au but où son espoir se fonde Il parvienne toujours. S'il y touche, son cœur Est exempt de souci, mais voit-il son labeur Trompé, du moins, il a montré son caractère, Ce qu'il vaut, et ce fait le devra satisfaire.)
Imité de l'indien.