Science et religion, p
Et sans doute un moment vient, et doit fatalement venir, en raison des transformations mêmes des sociétés, où la foi perd son empire: de moins en moins les consciences individuelles se laissent tyranniser. Toutefois les croyances « laïques », si elles servent de centres de ralliement à un certain nombre de sentiments intenses, comme elles exercent la même fonction que les croyances religieuses, gardent longtemps quelque chose de leur caractère. A travers elles aussi on sent à l'œuvre des forces supérieures aux individus. La doctrine même qui assigne comme fin à la société la garantie du droit individuel, conserve, dans la mesure où elle répond à un sentiment collectif, une sorte d'auréole. On a pu parler d'une religion de la personnalité humaine.
De ce point de vue c'est avec un esprit tout différent de l'esprit marxiste qu'on aborderait l'étude de l'idéologie. On accordera aux représentations collectives une tout autre valeur que celle que leur assigne le matérialisme historique, si l'on a clairement aperçu leurs tenants et leurs aboutissants sociaux. On les trai-
tera dès lors, non plus comme des épiphénomènes, mais comme des synthèses sui generis capables de déviations propres : prismes, et non pas seulements reflets.