CHAPITRE IX
brillants, mais chaque chose vient en son temps. D’autres pourront moissonner ; pour le moment, il paraît que nous n’en sommes encore qu'à l’époque des semailles.
Quant aux Babines eux-mêmes, ils ne semblent pas conscients de leur lâcheté. Ils paraissent s’imaginer qu'ils ont rempli leurs devoirs envers Dieu et son ministre parce qu’ils ont écouté ce dernier qu'ils traitent, du reste, avec autant de civilité que le comporte l'étiquette sauvage.
Telle est la règle générale ; mais toute règle souffre exception. C'est ainsi que le jour des baptêmes d'enfants, un individu, appelé Maurice par courtoisie et pour dissimuler son nom sauvage dont la crudité est plus que latine, crut pouvoir m'accabler de reproches parce que j'avais traité de bâtard l'enfant qu’il avait eu d’une femme mariée à un tiers encore vivant, et parce que je lui refusais la médaille qu'il est d'usage de donner ici aux personnes nouvellement baptisées. A entendre ses récriminations et à voir l'éclat de ses petits yeux noirs on eut pu croire qu'il n'eût voulu rien moins que m'occire.
Mais toute chose a son temps, même l’ire d’un sauvage, et mon ŒUet, dit Maurice, est bien honteux aujourd’hui de sa tirade d'il y a cinq ans.