‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 114 sur 178 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

vaincus par l'élan domestique, ainsi qu'ils appellent le cheval. Du reste, la chaleur est devenue si intense que nous sommes heureux d'apercevoir, un peu après midi, la savane desséchée coupée d’un petit ruisseau au bord duquel nous devons prendre une réfection sommaire.

Mais quel ciel de feu ! Et comme l’ombrage d’une maigre touffe de saule serait apprécié au milieu de la prairie où un soleil sans pilié nous darde ses rayons brûülants ! Les sauvages de ma suile arrivent les uns après les autres tout en nage et respirant à peine ; et pourtant ce sont les pauvres chiens qui m'inspirent le plus de compassion. Pesam ment chargés, tout haletants et la langue pendante, ils ue sont pas plutôt arrivés qu'ils se roulent par terre, et s’enfoncent la tête dans l’herbe roussie, espérant y trour2r une fraîcheur qui n'existe nulle part.

Mais nous souimes en voyage : de pareils détails neson! pas faits pour nous retarder. Le morceau de saumou, qui constilue la pièce de résistance de notre modeste repas, a déjà disparu ; mon cheval est sellé : en avant !

Nous voilà donc de nouveau lancés sur le sentier du Rocher-Déboulé. Mes jeunes gens redoublent d’ardeur et s'excitent mutuellement par des saillies d'humour sauvage ; on se montre au doigt tel ou tel qui fait mine de traîner la jambe et les quolibets ne tardent pas à pleuvoir sur lui. Si bien que le soleil brille encore à l'horizon quand nous débouchons des massifs de coudriers qui entourent le Rocher-Déboulé pour nous trouver sur la pelouse du village. |

Le lendemain, dimanche, je fais faire un peu de toilette à l'église qui est restée veuve de tout service religieux depuis cinq ou six ans, et nous avons la consolation d'y voir descendre le Dieu de l'Eucharistie. Tout le personnel de ma suite est là, plus une ou deux familles de l’endroit qui n'ont point élé à la chasse. Bien plus, Tchitown, le soi-

disant village du ministre protestant, nous a même envoyé deux représentants.

Bonne occasion de servir à mon auditoire quelques points d'histoire ecclésiastique. Aussi, je ne lui fais grâce d'aucune des circonstances les plus importantes de l’introduction de la prétendue réforme en Angleterre. Les nom-

-breux mariages d'Henri VIIT sont passés en revue et leurs causes examinées sans pitié. Ils servent à expliquer laraison d’être du protestantisme en Colombie Britannique, la secte de Wesley à laquelle appartient le ministre de Tchitown n’étant qu'un rejeton du schisme du roi trop amoureux.

De pareilles instructions sont d’autant plus opportunes que les Indiens du Rocher-Déboulé se trouvent placés comme à la gueule du loup, et il est souverainement important qu'ils soient en état de distinguer le véritable pasteur du mercenaire.

Cela n’empêcha pasle prédicant méthodiste de gravir, dans l'après-midi, la côte de quatre milles qui sépare son gîte de notre village, sous prétexte qu'il avait à expliquer le saint Évangile à une de ses ouaillesrevenue depuis quelque temps à la pêcherie du Rocher-Déboulé. Mais le révérend ministre n’a pas plutôt tourné le dos que ce même :ndividu me présente trois de ses petits enfants à rebaptiser !.…

Entre temps, un de mes sauvages s'arrange avec le vieux chef atna pour que notre bande ait, le lendemain, le moyen de traverser à Tchitown la Buckley, rivière profonde et très rapide.

Après avoir fait sept ou huit baptêmes d'enfants et un d'adulte mourant, nous repartons le lundi matin, les sauvages heureux à la pensée de pouvoir se procurer dans une heure ou deux le sucre et le thé dont ils sont si friands, et

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