‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 122 sur 178 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

La première partie n'offrit rien de bien intéressant pour des gens habitués à parcourir nos immenses forêts. Les iondrières et les barrages dans le sentier étaient seulement un peu plus nombreux. Au surplus, quelques petits lacs où le huard faisait entendre son cri plaintif et dont les bords étaient parsemés de nénuphars aux grandes fleurs jaunes ; de petites rivières aux eaux plus ou moinslimpides à traverser, un ou deux marais à longer et quelques mornes calcaires à contourner, voilà à peu près la somme totale des agréments qui vinrent rompre la monotonie de la forêL. |

Nous finimes pourtant par monter, insensiblement d’abord, puis bientôt si brusquement que, n’en pouvant plus, nous nous arrêlâmes un instant pour prendre haleine. Ce repos nous permit de contempler le magnifique panorama qui se déroulait à nos regards. Nous avions devait nous une immense nappe de verdure, des millions de conifères qui, de loin, nous semblaient former une prairie verdoyante coupée çà et là par quelques lacs parsemés d’îlots ei bordée de tous côtés par des montagnes à cime crénelée et couverte de neiges perpétuelles sur lesquelles un soleil de juillet promenait ses rayons d’or.

La montagne que nous gravissons, tout escarpée qu’elle soit, ne nous semble pas très haute, surtout quand nous considérons ce qui nous paraît en être le sommet et que nous avons constamment en vue. Mais nous ni: tardons pas à nous apercevoir que ce prétendu sommet n'est en réalité qu'un échelon dans une série d’escarpements dominés les uns, par les autres, en sorte que le soleil n’est pas loin de disparaître à l'horizon quand nous touchons enfin à la hauteur des terres qui sépare le bassin du lac Babine de celui du lac Thatla vers lequel nous nous dirigeons.

Deux montagnes grisâtres se dressent alors à droite et à gauche et forment,avec le point culminant où nous nous trouvons, comme un gigantesque fer à cheval. Quelle fraicheur sur ces hauteurs, et surtout quelle surprise d’y trouver de splendides petites prairies d’herbe, courte et très fine mais plantureuse,et jonchée de benoites et autres petiles fleurs !

Bientôt une eau froide et limpide commence à sourdre d’une fontaine bordée de mousse, puis se met à courir entre des touffes de bruyères dans un lit d'un pied de large. C’est la source d’une rivière qui, quelques milles plus bas, sera aussi forte et lapageuse qu'elle est ici faible et paisible. Ses méandres sillonnent la verte savane, et, un mille plus loin, à proximité de quelques arbres calcinés par l'incendie, nous campons sur ses bords.

Nous sommes au point désigné sur les cartes du nom de Frying-pan Pass ou « Col de la Poële à frire ».

Le versant oriental de la passe est très accidenté. Ce ne sont que ravins profonds et tortueux laissant cours à quelque ruisseau dont les eaux, limpides et sonores, descendent en sautillant sur les cailloux ; de petites vallées ombreuses que tantôt nous suivons, tantôt nous , supons pour courir à quelque autre accident de la nature.

Enfin, le terrain s’aplanit tout à coup et après avoir franchi une plaine boisée de cinq ou six milles de large, nous tombons, presque sans nous en douter, sur le lac Thalla.

Ce lac, qui est presque uniformément large de deux ou trois milles seulement, a la forme d’une immense fourche dont une branche, celle que nous avons atteinte, a quelque vingt milles de plus que l’autre en longueur.

Un vent des plus favorables se met à souffler et uous invite à nous presser. Aussi, n'est-ce pas sans regrets très manifestes qu’un de mes compagnons consent à se séparer de nous pour ramener chez les Babines les deux chevaux

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