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CHANT DU CANOT

O Mali inzou, Soûtcho neouzôlt'sai ; Nellou inli horwa, Nenavutôlnær qœnnih ! (1)

« O bonne Marie, Daigne nous écouter ; Puisque tu es notre Mère, Ne nous oublie pas. »

Le silence s’est fait dans notre canot; seules de blanches mouettes, planant dans les airs, laissent échapper de temps à autre un cri plaintif qui se perd au sein de latempête; le vent qui mugit dans la forêt et creuse de profonds sillons sur la surface du lac a désormais le monopole des chants, pendant que Morphée semble tenter mes compagnons fatigués par la course du matin.

Or voilà que tout à coup ceux-ci paraissent se ranimer sous l'effet de je ne sais quelle baguette magique. Ils se baissent dans le canot, enlèvent leur couvre-chef et font manœuvrer la voile de manière à nous faire aborder. Puis on chuchotte de part et d'autre, des signes d'intelligence s'échangent entre les membres de mon équipage, et, jetant

(1) Se chante sur l'air : Divine Bergére (Lambillotte).

les yeux sur ls mamelon qui borde le lac, je finis par apercevoir un point noir qui semble animé.

Un ours évidemment! Nous allons faire bombance ! Si toutefois l’animal permet à mes gens de s’approcher à portée de fusil.

A cet effet, Alexis met pied à terre le plus silencieusement possible, inspecte son arme à la hâte, et s’en va faire un grand détour, ayant soin de laisser le fauve entre lui et le vent, précaution qu'aucun chasseur ne néglige, car il sait que sur terre la brise est traîtresse et avertit l'animal de votre présence alors même que vous croyez ne pas faire le moindre bruit.

Cinq minutes s’écoulent, puis deux coups de fusil retentissent : Martin r’achèvera jamais son repas; ce sera lui au contraire qui contribuera à notre alimentation.Le chasseur a été si habile qu'il l’a pris à l'improviste, et il est là gisant par terre et baigné dans son sang.

Il faut se trouver en pareille occurrence pour se faire une idée de la merveilleuse élasticité du ventre sauvage. A trois — comparée à la leur ma portion ne compte pas — et dans un seul jour, ils trouvent moyen de faire disparaître plus de la moitié de l'animal qui, dans sa peau, ne pèse pas moins de 200 livres!

Vers le soir, nous jouissons gratis d’un spectacle aussi terrible que grandiose : un incendie de forêt. Qu’on s’imagine des langues de feu de plus de cent pieds de hauteur léchant avec efforts convulsifs une multitude d'arbres résineux où elles trouvent leur aliment et donnant naissance à des colonnes de fumée qui, brisées et éparpillées par le vent, obscurcissent les airs à vingt lieues à la ronde, et l’on aura une idée de ce qu’il nous fut donné de contempler pendant deux jours : image frappante du grand feu de l'enfer, comme le font remarquer mes sauvages.

De pareils incendies se renouvellent tous les ans surun point ou sur un autre. Ils sont l'effet, quelquefois de la

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