CHAPITRE XII
mer dans votre district pendant l'année prochaine et dans les centres de réunions seulement. »
Cette lettre, toute flatteuse qu'elle fût pour le récipiendaire, n’en contrecarrait pas moins ses plans. J'avais rêvé une visite de notre vénéré Pasteur, visite que je me proposais de rendre mémorable par les fêtes qui en auraient été l’occasion. Ces fêtes réveillent les endormis, réchauffent les tièdes et font du bien même aux plus fervents. Témoins les magnifiques résultats des démonstrations auxquelles la mission du Bas-Fraser est depuis longtemps habituée.
Les circonstances ne permirent pas qu’il en fût ainsi.
Aussi bien, le bras du bon Dieu n’est-il point raccourci, Celui qui fit parler l’âne de Balaam peut assurément se servir de l'instrument le plus indigne pour dispenser ses grâces. Le Saint-Esprit n’a besoin ni de la mitre ni ‘ie la crosse pour descendre, en certaines circonstances exceptionnelles, dans les cœurs bien préparés.
J'administrai donc le sacrement de confirmation au Fort-Georges, lors de ma visite du, printemps, et, plus tard, au lac Stuart où les sauvages des autres villages s’étaient réunis.
Une autre fonction de caractère épiscopal qu'il me fut donné de remplir fut le baptême d’une cloche chez les Babines du lac.
En reconnaissance de la protection divine qui s'était manifestée d’une manière si évidente lors de l’épidémie de grippe dont il a été question, ces Indiens s'étaient cotisés pour orner leur église d’une cloche d’un poids inouï
dans le pays. Les Kitiksons de la Skeena étaient depuis
longtemps fiers de celle que leur avaient payée des prolestants d'Angleterre. Pour ne pas être en retard sur leurs rivaux hétérodoxes, mes Babines étaient parvenus, à force de sacrifices, à s’en procurer une qui ne pesait pas moins de 300 livres et que je baptisai l'hiver dernier.
La presque totalité des habitants du Rocher-Déboulé et de Moricetown, voire quelques Kitiksons, avaient accepté notre invitation d'assister à la fête. Non seulement la nef, mais même une bonne partie du chœur de la grande église du Fort-Babine étaient bondées d’une foule tout yeux et * tout oreilles.
Mais, pour les grands enfants que sont nos Babines, la cérémonie réelle ne commença que là où elle aurait dû finir d’après les prescriptions du Pontifical. Une fois bénite, la cloche fut sonnée, par le célébrant d’abord, puis par ses parrain et marraine. Dire la surprise, la stupéfaction, l’épouvante même qui saluèrent ses premiers tintements me serait absolument impossible. Les enfants crièrent, les femmes tombèrent presque en pamoison, les hommes même bondirent comme si on les eût frappés au cœur. |
Peu à peu, cependant, ils s’enhardirent, et, comme l'exemple est contagieux — même le bon exemple — on les vit se succéder les uns aux autres auprès de la terrible cloche et, après avoir déposé à côté un morceau de carton représentant une certaine valeur monétaire qu'ils lui offraient, chacun eut à cœur d’en faire manœuvrer le battant avec plus ou moins de force, selon qu'ils osaient s'aventurer plus ou moins près.
La cérémonie avait commencé à huit heures du matin : il était près de midi quand la foule s’écoula.
Et ce fut le bouquet de mes seize années d’apostolat « chezles sauvages de la Colombie Britanniqne ».
Me voici maintenant au terme de la tâche que je m'étais imposée.
Et pourtant avant de laisser l’ami lecteur quitter définitivement ce « pays de l’ours noir » où je me suis permis
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