PRÉFACE
Au cinquième chapitre du présent volume, il est parlé de nouveaux caractères inventés dans le but de populariser la lecture et l'écriture au milieu de mes chers sauvages. Les protestants, habitués à taxer ceux-ci d’ignorance, ne peuvent plus le faire avec autant de raison, et par là leur prosélytisme ne peut s'exercer comme autrefois. Malheureusement, la petite presse qui servit à imprimer nos premières brochures, livres de lecture, catéchismes, etc., a dà être mise au rebut pour faire place à une machine de modèle plus perfeclionné. D’un autre côté, les ressources de ma mission sont si modiques que j'ai cru — peut-être à tort — pouvoir chercher en France les moyens d'acquérir cette presse. De cette pensée est né le présent ouvrage.
C'est donc, ami lecteur, un mendiant qui, bien que décemment vêtu, ose venir vous tendre la main. En vous procurant ces « Récits d’un Missionnaire », en les répandant autour de vous, vous atteignez un double objet : vous acquérez un livre qui ne peut vous faire de mal — on n’en saurait dire autant de tout ce quis’imprime aujourd’hui — . et vous contribuez, de plus, à l'instruction des pauvres enfants des bois et, par là même, à leur persévérance dans le bon chemin.
Malgré la multiplicité des œuvres, je me suis laissé dire que la charité est si grande dans notre chère France, que certaines personnes voudront peut-être même renchérir sur ces moyens indirects d'aider un missionnaire qui n'est riche qu’en bonne volonté. A ces âmes charitables je dirai que jusqu'au mois d'avril prochain, époque de mon retour dans ma lointaine mission, mon adresse sera : N.-D. de
Vill PRÉFACE
Pontmain, par Landivy, Mayenne. Donner aux pauvres sauvages par l’entremise de leur pasteur, c’est prêter à Dieu qui le rendra au centuple.
Quant aux pages qui suivent, elles n’ont guère besoin d'introduction. Écrites par un missionnaire qui, bien que Français d'origine, est plus habitué à l’idiome de la fière Albion qu’à sa propre langue maternelle, elles n’ont aucune prétention littéraire. Mais ce dont elles peuvent manquer sous le rapport de l'élégance est compensé par une qualit: tout aussi solide: je veux direleurscrupuleuse véracité. Ici, point de récits à effel, de situations exagérées, d'aventures invraisemblables. La vie du missionnaire, dans notre Amérique du Nord, est suffisamment mouvementée ; pas n'est besoin de forcer la note pour éviter la monotonie. Les dangers sont encore son parlage, et, dans un pays où le thermomètre descend à 47° centigrade, où de longues nuits passées dans l’insomnie ‘sont la conséquence de ce froid extrême et où l’on reste parfois cinq mois sans communication avec le monde civilisé, les privations sont {oujours à l’ordre du jour.
J'ai voulu avant tout dnidée, sans exagération ni réticence, une juste idée de nos missions, de nos voyages et
surtout de l’ineffable bonté de la divine Providence à l’égard de son envoyé auprès de peuplades naguère encore plongées dans les ténèbres de la mort. Un tel programme devrait, ce semble, suffire pour intéresser un cœur chrétien. Le lecteur dira.si je me suis trompé.
A ceux et à celles qui se procureront mon livre et en assureront la diffusion, à ceux surtout qui voudraient se souvenir de ma mission daus leurs aumônes, je dirai d’avance au nom de mes sauvages :
Merci !
A. G. MoRiCE, 0. M. 1.
Dimanche, 4 octobre, Fête du Saint-Rosaire,
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