CHAPITRE PREMIER
Sommaire. — Obédience. -— Les Tsilkohtines. — Leurs faits u'armes. —
« Par la corde, je veux mourir ». — La langue Tsiliohtine. — Première visite. — Un pont peu sûr. — Une pétition politique. — Premier camp. — Camp d’Anarèm. — En route pour le lac Louzkeuz. — Accidents et incidents. — Arrivée. — La mission. — Condition morale. — Départ.
« Vous avez maintenant un beau champ ouvert devant vous! Vous y trouverez beaucoup à défricher, mais c’est ce quo vous désirez, le travail. Mettez-vous donc à l'œuvre avec courage et persévérance ; armez-vous d’une bonne provision de patience et de zèle pour la plus grande gloire de Dieu et le salut des âmes. Défrichez, semez, arrosez, cultivez de votre mieux et demandez au bon Dieu de bénir vos travaux en leur faisant produire des fruits abondants de salut. Je n'ai pas besoin de vous dire que nos prières vous suivront partout. »
Ces lignes m'’étaient adressées, à la date du 29 janvier 1883, par le regretté Mgr d'Herbomez, vicaire apostolique de la Colombie Britannique. Elle me traçait tout un programme à réaliser. La part que l’obéissance me confiait dans la vigne du bon Maître n’était rien moins que la mission des sauvages Tsilkohtines.
C’élait bien en réalité un champ à défricher ; mais j'étais jeune et désireux de me dévouer au salut de ceux pour
lesquels j'avais tout quitté. Du reste, arrivé dans mon pays d’adoÿtion en juillet 1880, j'avais eu le temps de me préparer à la tâche qui devait m'incomber. Avec les bénédictions de mon Evêque et le ferme espoir de faire quelque bien à ces pauvres sauvages, je me mis résolument à l’œuvre.
Avant d'entrer dans le détail de ce qu'il me fut donné de faire pour répondre aux vues du vénéré Prélat, il convient de jeter un coup d'œil sur l’état physique et moral des sauvages parmi lesquels devait s'exercer mon ministère.
Les Tsilkohtines (Noœnfai-Tæni) « les hommes d’ici-bas » ou simplement Tæni (les hommes), forment à l'ouest des Montagnes Rocheuses la branche la plus méridionale de la grande famille de Peaux-Rouges à laquelle j'ai donné ailleurs (1) le nom de Dénés. Leur langue accuse à tel point une communauté d'origine avec cette famille que l’homme le moins versé dans les études ethnographiques et philologiques ne saurait s'y méprendre un instani. Ces sauvages doivent leur nom distinelif à la rivière Tsilkoh, appelée par les blancs Tsi/hohline, dont ils peuplent la vallée... Cette rivière prend sa source par le 53e degré de latitude nord et, entre 1e 124° degré et le 125° degré de longitude ouest, descend vers le sud-est pendant une centaine de milles, fait une courbe à l’est et va, presqu’en ligne droite, se jeter dans le Fraser après un cours d'environ 250 milles (2).
Mais le territoire des Tsilkohtines est loin d’être resserré par les limites étroites de la vallée. Comme ils sont encore nomades pour la plupart (du moins c'était le cas il y a
(1) Voir la nomenclature de mes écrits ethnographiques en regard du
titre de cet ouvrage.
(2) Trois milles anglais font un peu plus d'une lieue.
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