CHAPITRE V
trou- en peau de caribou que vous vous altachez aux pieds pour >s pas marcher sur la neige. Ces cadres à treillis vous empêchent i rien d'enfoncer, surtout si la croûte de la neige a quelque con- , VOUS sistance, et vous permettent de cheminer là où vous ne ranais pourriez faire un pas sans leur concours. isite et Un sauvage s’en sert avec autant de facilité qu’un blanc de ses souliers ; et même, comme il est nécessaire en mar- Je vous | chant de jeter le bout de l’une presque en avant de l’autre, frimas. les raquettes le forcent à aller beaucoup plus vite qu'il ne iqueux ferait sur la terre nue. La plupart, surtout en courant, pourrez {ont avec elles des pas ou sauts d’une longueur prodigieuse. le sud- Mais si vous désirez apprendre par expérience ce qu’on , de l'é- appelle fatigue, je vous conseillerai de chausser pour la Borée à >s panaensuite les gens ter avec op brusuvent et Fig. 15. — Raquette.
btre con- , forêt et première fois une paire de grandes raquettes. Si, au bout ous avez de quatre ou cinq milles de marche sur la neige molle et e de ses non battue, vous ne demandez pas grâce, et si le lendemain evanche, vous ne vous sentez pas les reins brisés, alors je vous débise qui clarerai un phénomène.
J'ai fait certaines courses à pieds en de si pénibles cirje vous ] conslances, que, après der x jours de marche, j'étais obligé de me jeter par terre tous les quatre ou cinq cents pas ; vos: j'aisouffert de la faim autant qu’un Indien à jeun depuis demi de trois ou quatre jours ; j'ai été couvert de la tête aux pieds inté aux de ces cruels petits bourreaux qu’on appelle maringouins ; ste mais je n'hésite pas à déclarer que toutes ces misères ne
janières deuvent se comparer à la fatigue résultant d’une première
course à la raquette sur la neige molle et sans chemin frayé. La largeur extraordinaire de votre chaussure vous oblige à écarter démesurément les jambes, et les grands pas qu'il vous faut faire pour ne pas trébucher en posantune raquette sur l’autre ont pour résultat inévitable de vous briser les reins. En outre, si vous avez une longue course à fournir, le gros orteil, auquel revient presque uniquement la tâche de traîner la machine, finira presque toujours par vous refuser ses services.
Ecoutez plutôt.
C'était vers la mi-février, c’est-à-dire à l’époque des grands froids. Au bout de cinq jours de marche forcée en revenant de chez les Babines, nous nous trouvions encore à près de deux jours de la Mission où je voulais absolument être de retour pour le dimanche suivant. En nous rendant cette nuit-là au village indien situé au bout du lac Stuart, je pensais me faire conduire en un jour en traîneau à cheval de là à Notre-Dame de Bonne-Espérance. Aussi avaisje intimé à mes compagnons de voyage ma ferme résolulion de ne camper qu’au bout du lac.
Le soleil brillait encore à l'horizon quand nous arrivämes au bout de la longue baiedu Nord sur le lac Stuart(1). La neige était assez peu épaisse sur la glace, et nos chiens, qui s'étaient épuisés le long du sentier accidenté qui relie cette baie à la baie Wright sur le lac Babine, semblèrent revivre un instant. Mes sauvages les aidant de leur mieux, nous avançâmes assez vite pendant quelque temps.
Mais nous nous aperçûmes bientôt que plus nousallions, plus la neige devenait épaisse. Or il n’y avait pas ombre de sentier, et ceux qui ont voyagé dans le nord savent avec quelle difficulté se meut, en pareille circonstance, un
(1) Voir la carte au chapitre XIE
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CHAPITRE y 83 lraîneau pesamment chargé. Ajoutez à notre embarras um lroid à fendre les rochers doublé d’une épouvantable poudrerie, vent violent ACCOMpagné d’une
g neige fine et pénélrante, et vous aurez une idée de notre Position au coucher: du soleil,
‘nfin Ja neige devint si épaisse el Je froid si intense que hommes et bêtes refusèrent de faire un pas de plus. Il pouvait être six heures du soir. |
Mes compagnons allumé était temps : l'un d'eux avait déj que nos chiens ne Pouvaient plus
cours, el voulant coûte Tue coûte me rendre au bout du lac, je demandai à notre guide de me
prêler ses raquelles, d'énormes machines, larges et Pesantes, même pour un sauvage,
le rivage.
à un pied gelé. Voyant NOUS êlre d'aucun se-
— Et pourquoi faire ? me demanda-t-i].
— Pour me rendre à Yœkutche, lui dis arriver là cette nuit, je serais à Ja Mission prochain.
— Tu fais Pilié, me dit-il, tu n’es P&S encore habitué à la raquette ; tu vas cerlainement rester en chemin,
— Je vais'faire mon possible, advienne que pourra, ob-
serval-je. Tu sais que je ne suis PaS pour voyager le dimanche, |
-je. Si je pouvais pour dimanche
— Mais considère, je t'en prie, le temps qu'il fait ; tune PEUX manquer de te geler.
— Qu’à cela ne tienne ; Je vais
m'envelopper le mieux possible,
Mes autres Sauvages s'étaient Joints à mon interlocuteur, el parlaient comme s'ils avaient
à cœur de Prévenir un dé-
sastre, | — De grâce, considèr glace, disaient-ils: rem ballu. Nous aufre;, qui quette
e l'épaisseur de Ja neige sur Ja
arque bien qu’il n'y a aucun chemin
‘ommes pourtant habilués à Ja ra- » NOUS ne pouvons plus avancer
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84 Hs AU PAYS DE L'OURS NOIR
Imprudent que j'étais, je n’écoutai point les conseils de l'expérience et partis. J'avais épuisé chez les Babines ma provision de vin, et il me coûtait de ne pouvoir ourir le saint sacrifice le dimanche suivant.
Tout alla bien pendant les trois ou quatre premiers milles. Puis une espèce de malaise, une lassitude indescriptible me prit aux jambes et me força malgré moi à ralentir le pas. Deux de mes gens portant mes couvertures et mes provisions me devancèrent alors et me frayèrent le sentier. Mais j'étais tellement épuisé que, bien qu'ils fissent des efforts pour guider leur marche sur la mienne, le froid les contraignit à presser le pas, en sorte que le vent violent qui soufflait en ce moment eut bientôt effacé leurs traces.
En même temps la baie s’élargissait ; le lac même était en vue, ce qui ne fit qu'augmenter la tempête. Il n’y avait pas à s’y tromper : malgré toutes mes précautions, le menton me gelait. |
Je criai à mes guides de m’attendre, pensant leur faire allumer un peu de feu. Vains efforts ! Telle était la force de l'ouragan qu'ils n'entendirent rien. En même temps la fatigue, le mal de reins devenait insupportable. J'en vins au point de ne pouvoir presque plus avancer les jambes qu’en les faisant manœuvrer avec la main.
Que faire alofs ? Si j’essayais de quitter un instant les raquettes pour me reposer, j'étais moralement certain, vu l’état de mes mains, de ne pouvoir plus les relacer et alors comment avancer ? La neige était si épaisse que la marche sans raquettes était impossible. Oh ! les terribles heures que je passai alors, seul et comme abandonné au milieu de la tempête ! Enfin, absolument à bout, je défis mes raquettes . et me couchai dessus. $
Après un quart d'heure de repos, j'essayai de me relever et tâtai la neige. O bonheur ! j'étais tombé sur le chemin battu, recouvert seulement d’une légère couche de . neige. Uue demi-heure plus tard, j'étais à l'extrémité du
x L | CHAPITRE V 85 ils de lac, au milieu des sauva i daté :
ds INA ges qui me félicitaient de ne m'être ne virle | pas gelé davantage. 0 . ]l était près de cinq heures du matin, et j'avais passé 4 ge. la nuit sans souper et seul au plus fort de la tempête. soir ne DPI le menton gelé et un abattement : inaire qüi dura plusieurs jours. Mais je i ail | messe le dimanche suivant. MERE he « : 2 traîneau mentionné plus haut est composé d’une ou nées e aeux planches de bouleau recourbées en avant et dont oid les . bords servent de point de départ à une peau non tannée Hit aisant demi-cercle au-dessus de la base. Une large ouverds, hs: Hal à l’arrière et permet de s’introduire dans k : espèce de berceau où l’on se ti i k ct seloui dde NEO ient assis ou couché É Le traîneau des sauvages se réduit à 1 ' Oo s s a pl | e men leau recourbée en volute. cie “À Nos chasseurs se servent aussi en hiver d’ ‘4 ar faire rt aussi en hiver d’une espèce de Lie +. mé garni près de la base d’un treillis circulaire qui rend ot le à : es le même service que la raquette rend aux piedx. Line di ol jet possède en outre un avantage très appréciable : jambes : main du chasseur, chaude et tremblante par suite de excitation de la course, n’a qu’à saisir l'extrémité supébles | re du bâton pour servir de point d'appui au canon de ain, vu sen fusil, et par là, l’aider à tirer plus juste (1). et alors marche HI mea que Mais il est tem i :
, $ ps de faire connaissan * . veaux paroissiens. Re q Les habitants de notre village central nous ont reçu
dr de vives démonstrations de. joie. Ils ont bien leur prêtre auquel ils se sont attachés ; mais ce sont de grands entants; pour eux comme pour bien d’autres, tout nou-
e relele cheche de ité du
(1) Voir la figure 11.