CHAPITRE V
SouMAIRE, — Manière de voyager. — La raquette. — Un voyage de nuit. — Première visite à un malade. — Manière de voyager en traineau. — Le campement en hiver. — Mission à Natléh. — Retour. — Le
syllabaire déné. — Premiers imprimés. -— Un mot sur la langue.
J'ai dit que le district du lac Stuart formait une Mission idéale. Il serait permis d'ajouter qu’il pourrait être considéré comme le paradis du voyageur et du touriste.
Ici vous er avez pour tous les goûts.
Nautonnier, vous traversez annuellement d’un bout à l'autre les beaux lacs Stuart et Babine, bercé sur les vagues ou les fendant en dépit de leur rage. Même, si vous préférez le canot au cheval, vous pouvez vous confier au courant des rivières Stuart et Noutchakoh, qui vous remettra, sain et sauf, entre les mains des Indiens qui saluent votre arrivée de leurs décharges de mousqueterie. Les vagues un peu trop fortes du lac ou les flots bruyants dequelque rapide pourront s'irriter de votre audace et menacer votre frêle esquif; mais le bon Dieu veille sur son missionnaire, et vous en serez probablement quitte pour un bain forcé et une légère émotion qui rompra la monotonie du voyage.
Vous sentez-vous cavalier ? Sellez votre cheval et dirigezvous vers les Montagnes Rocheuses. Vous vous enfoncez bientôt dans les fourrés et volez par dessus des milliers d'arbres tombés en travers du sentier. Des bourbiers sans fond pourront de temps en temps modérer votre ardeur et
le poids, sautez vous-même dans la fondrière — vous trouverez de l’eau au campement du soir — et, quelques pas plus loin, vous continuerez votre chemin comme si rien n'était arrivé. Puis, le lendemain ou le surlendemain, vous aurez la consolation de baptiser quelque chasseur Sékanais qui mourra peut-être de faim avant votre seconde visite et vous devra ainsi le salut.
Que si vous vous dites d'humeur plus pacifique, je vous conseillerai d'attendre l'hiver avec ses neiges et ses frimas. Alors, traîné par quatre chiens plus ou moins belliqueux selon que le fouet est plus ou moins proche, vous pourrez prendre le chemin de la forêt et vous diriger vers le sudouest. Par monts et par vaux, sur la neige durcie de l'étroit sentier, vous glisserez au pied des pins que Borée a revêtu d’une dentelle immaculée, jusqu’à ce que les panaches de fumée d’abord et la fusillade des sauvages ensuite vous averlissent que vous arrivez au lac Fraser, où les gens de la place et des environs se sont réunis pour fêter avec vous l'Enfant de Bethléem.
Les montées sont trop lentes et les descentes trop brusques, direz-vous ; votre traîneau verse trop souvent et menace de vous faire étouffer dans la neige où votre conducteur vous a laissé enfoncer. Quittez donc la forêt ei refaites sur la glace du lac Babine le trajet que vous avez fait quelques mois auparavant porté sur la crête de ses vagues. Là, point d'émotion trop vive ; mais, en revanche, vous pourrez avoir lé nez ou le menton gelé par la bise qui court le long du lac sans rencontrer d’obstacle.
Que si vous ne vous dites pas satisfait, alors je vous menacerai de la raquette.
— La raquette ? Qu'est-ce à dire, demanderez-vous.
La raquette est un cadre de bois d’un pied et demi de large au milieu sur quatre ou cinq de long, épointé aux deux bouts, surtout à l'arrière, tandis que l’avant est relevé en volute, et garni à l'intérieur d’un réseau de ianières
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