CHAPITRE V
éminence, le vent qui soufflait alors a-ec beaucoup de force et sans direction fixe nous chassait la fumée dans 'a bouche et dans les yeux, et nous empêchait non seulement de manger, mais même de jouir du repos que mes gens, du mois, avaient si bien gagné.
La nuit, le temps s’éclaircit, et en conséquence il gela assez fort, ce qui solidifia considérablement la surface de la neige. Aussi le lendemain, à une heure dû matin, étionsnous sur pied disposés à faire ce jour-là une bonne étape. Notre mourant nous était toujours présent à l'esprit, et sa pensée nous empêchait de nous reposer.
Le iac Canard se trouve presque au sommet de la monlagne qui sépare le bassin du lac Stuart de celui du lac Fraser. Nous n’eûmes bientôt plus qu’à descendre ; nous le fimes à fond de train, et cela d'autant plus facilement : que, le sentier s’étant durci pendant la nuit, le traîneau glissait presque comme sur dela glace. Aussi un peu après midi étions-nous déjà au village de Natléh.
Là, une légère réfection ; nous changeons d'hommes et d'attelage, et reparons à la course.
— Marche ! Satzi ; Marche ! Chocolat. Ah ! mon cochon ! Oh ! le crapaud ! crie mon nouveau conducteur qui peut se vanter de savoir quelques mots de français.
Les chiens, épouvantés de mots si terribles et surtout du ton comminatoire de leur nouveau maître, partent prompts comme l'éclair sur la glace vive du lac. Mon homme les suit en courant, tandis que son jeune frère nous précède, également à la course.
Ce jour-là même,au clair de la lune qui venait de se lever, nous arrivions à la loge du chef, et je lui administrais les derniers sacrements qu’il recevait dans les meilleures dispositions. Puis, après avoir confessé toute sa famille, je retournais à Natléh, à l'autre bout du lac, près de sa décharge.