‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 52 sur 178 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

la masse des fidèles qui personnifie les bergers, tentôt chantent, en parties, les louanges du Très-Haut. Cachés dans la foule, un ou deux jeunes gens représentent le narrateur, lequel explique le plus brièvement possible l'enchaînement des événements.

Croirait-on possible de faire chanter correctement en quatre parties une foule remplissant une église ? Ce ne serait probablement guère pratique en France ; ici de simples sauvages le font quand ils sont censés reproduire la prière que les bergers durent faire à Jésus-Enfant.

Un triste accident jeta comme un voile de deuil sur notre première réunion de Noël. J'ai remarqué que la population de cinq camps se trouvait réunie ; c’est-à-dire que les sauvages de trois ou quatre villages limitrophes étaient campés dans des cahutes de branchage d’un caractère tout à fait provisoire, et par conséquent dénués de tout confort. Or, cet hiver fut très rigoureux, et le matin du : jour même que j'avais fixé pour les baptêmes d'enfants on vint me prévenir qu’un nouveau-né était mort de froid pendant la nuit, et sans baptème | pour ainsi dire au seuil du paradis !

Nos réunions de Noël sont d'ordinaire plus gaies. Nous possédons maintenant un superbe Enfant-Jésus dont la résence ne sert pas peu à exciter la piété des Indiens qui s’en vont, les uns après les autres, à la messe de minuit, dui baiser les pieds en chantant un cantique spécial et déposer à côté l'obole de leur pauvreté.

Je fus occupé au confessionnal depuis le matin jusqu'au soir pendant deux jours au moins, fis deux baptêmes d’adultes et retournai au lac Stuart. -

* Cette fois, nous fûmes obligés de camper deux fois en chemin, et eûmes tout particulièrement à souffrir de la rigueur de la saison, tellement qu’une nuit il nous fut absolument impossible de fermer l'œil ; couchés tout auprès

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convenir qu'au dialecte pour lequel il avait été inventé.

d’un grand feu, nous rôtissions d'un côté tandis que nous gelions de l’autre.

J'omets les mille petits incidents du retour et arrive de

. Suite à la Mission où je trouvai tous les sauvages du lac

réunis. J'eus donc à recommencer là les prédications et autres exercices de Natléh, suivis également des confessions de tous ceux qui élaient baptisés.

Les sauvages des environs une fois dispersés, une occupation d'un genre tout nouveau réclama mes premiers loisirs. Chargé seul d’un immense district de missions où je pressentais dès le commencement que j'aurais tout à renouveler, prières, catéchisme, cantiques, etc. vu qu'il était admis par tout le monde que lés formules alors en usage élaient le fait, moins du prêtre qui, d’ailleurs, ne connaissait pas la langue que de l'interprète qui, tout en faisant de son mieux, n’en avait pas moins donné à une foule de passages un sens tout à fait hétérodoxe quand il n'était pas ridicule, je compris bien vite que si les Indiens pouvaient être amenés à lire leur langue, la tâche me serait considérablement simplifiée.

Aussi, dès les premiers mois de mon séjour au lac Stuart, je me demandai quel système graphique pourrait être le mieu, adapté à leurs besoins. Trois qualités me semblaient absolument requises : outre qu'il devait rendre correctement les sons de la langue, l'alphabet devait être complet et surtout il devait être facile, parce que je savais que je ne pouvais disposer que de très peu de temps pour l’apprendre aux sauvages. Le système hiéroglyphique appliqué à l'écriture de la langue micmaque était hors de la question : il était trop compliqué, et, du reste, comme il représentait, non des lettres, mais des mots, il ne pouvait

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Les caractères latins donnaient lieu à la même objection ; s'il faut tant de temps à l'enfant d’un blanc pour apprendre à lire avec les 25 lettres de son alphabet, combien n’en faudrait-il pas à un sauvageon dont la langue réclamerait au moins 70 lettres différentes pour être rendue correctement ? Et puis où trouver ces lettres supplémentaires ?

Je songeai alors à l'alphabet syllabique inventé jadis par feu M. Evans pour écrire la langue Crise. Mais ici une nouvelle et très sérieuse difficulté se présente. Ce syllabaire ne comprend que 11 signes disposés, du reste, sans ordre ni méthode. Or pour pouvoir servir à exprimer la langue Porteur etles idiomes apparentés, il ne devrait compter pas moins de 30 signes.

Je fus donc obligé d’en composer un moi-même en empruntant à l’alphabet de M.Evans son caractère syllabique, mais, pour le reste, me guidant uniquement sur ce qui me paraissait devoir en assurer la facilité.

Ce syllabaire, qualifié de « méthodique, facile et complet », a fait ses preuves, et un sauvage apprendra en moins de temps ses 30 signes formant un total de 180 positions ou syllabes différentes que les 11 signes qui ne sesubdivisent qu’en 44 positions du syllabaire Cris. De fait, j'ai connu tel jeune homme qui a appris notre alphabet en deux veillées. C’est que les caractères qui le composent sont formés et groupés de telle façon que leurs 180 positions se réduisent à 30 signes, lesquels signes ne sont à leur tour qüe les modifications de 9 signes principaux.

Il ne faut pas oublier qu'avec notre système tout signe représentant une syllabe entière, lire se réduit à nommer les caractères en vue, en sorte que quiconque connaît l’alphabet sait, par le fait même, lire plus ou moins couramment, s

En l'absence des types nécessaires pour donner une idée de ces caractères graphiques, ie me permettrai de transcrire ici, par manière de compensation, la salutation

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