‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 56 sur 178 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

où la visite du prêtre est imminente doit veiller à ce que ses gens aillent chercher ce dernier et l'accompagnent en chemin, le tout gratis pro Deo. Le missionnaire une fois chez les sauvages, ceux-ci ont aussi à le nourrir de leur mieux : Dignus est operarius mercede sua (1).

Ce règlement a pour but de développer chez les indigènes quelques sentiments de générosité, leur faire sentir que c’est bien pour eux que le prêtre travaille et déraciner chez eux cet esprit mercenaire qui, s’il n’était contrecarré, finirait par s’introduire jusque dans les choses de la religion. Ceci est pour nous une question de principes, et il faut bien avouer que nous avons à en pâtir les premiers — je parle pour ceux qui, n'étant pas doués d’un estomac de fer, doivent souvent jeûner plutôt que de toucher à l’humble menu, le seul que le sauvage ait à luï servir.

Les sauvages de Slony-Creek devaient donc se trouver au lac Stuart pour le 8 mai 1886. Personne n'arrive, et l’on ne s’en étonne guère : le sentier est encore, en certaines places, couvert d’une neige trop épaisse pour que les chevaux puissent y passer sans danger. Deux jours plus tard, un canot arrive avec deux sauvages ;: nous descendrons donc la rivière au lieu d’avoir à nous engager dans la forêt.

Le 10 mai, notre lac Stuart est encore endormi sous la glace qui le recouvre depuis six mois. C’est pourquoi nous nous rendons à pied jusqu'à son déversoir où le canot a été laissé, C’est la « mare » en patois canadien, c’est-à-dire l'étendue d’eau presque toujours ouverte entre le lac encore gelé et sa décharge.

Nous inspectons notre canot : 20 pieds de long sur deux de large. Comme tous les canots de voyage en usage aujourd’hui, il est en bois de liard ( Populus balsamifera), et il pourra probablement affronter les rapides de la Noutchakoh et les roches dont le iit de la rivière Stuart est jonché en certains endroits.

(1) L'ouvrier est digne de sa récompense, 1 Tim., 5. 18.

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