‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 66 sur 178 · CHAPITRE VI à · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI à

devant une rivière profonde, sans pont et par conséquent infranchissable. Elle se trouve là tous les ans, et tous les ans je. dois l’éviter pour passer en radeau le lac d’où elle sort.

Cette fois, l’eau est un peu moins haute que d’hcbitude à pareille époque : aussi mes compagnons se font-ils un plaisir de s’y plonger jusqu'au cou, ou peu s’en faut, et de conduire à la main les troncs d’arbres reliés ensemble sur lesquels je me suis cramponné.

Après avoir passé par Stony-Creek, nous arrivons enfin à Natléh. J'y donne à nouveau les exercices de l’hiver dernier ; j’ajoute en plus des leçons de lecture avec les nouveaux caractères. |

En outre, nous avons la bénédiction solennelle d’un chemin de croix destiné à venir en aide aux âmes de nos'hons Indiens. Aucune de nos missions à Natléh n’est complète sans un chemin de la croix que nous avons soin de faire avec le plus de solennité possible. Les moins fervents s’y sentent le cœur remué, et, tandis qu’il faut parfoisexciter les paresseux à assister à certains autres exercices de la retraite, il nous faudrait plutôt chercher à éloigner de celui-là les enfants et les invalides qui encombrent l'église. Depuis onze ans que ce chemin de croix est érigé, leur zèle à contempler en esprit la douloureuse Passion de Notre-Seigneur ne s’est pas démenti un instant.

Après avoir engagé publiquement un certain nombre de sauvages, jugés plus avancésque lesautres dans les voies spirituelles, à se préparer à la première communion en travaillant à leur sanclificalion personnelle et en donnant le bon exemple à leurs frères que je constitue en quelque sorteleurs gardiens,jeclôturelaretraite,comme d'habitude, par les confessions, et je reprends le chemin du lac Stuart.

Ici rien autre à signaler que quelques ruisseaux enflés par la fonte des neiges qui nous barrent momentanément

le passage.

Vers la mi-juin j'étais enfin de retour à la Mission et me préparais à un nouveau voyage.

Du Fort Georges à Stony-Creek, on compte à peu près 90 milles ; de cette dernière place à Natléh la distance est de 25 milles, tandis que de Natléh à la Mission il n’y a pas moins de 40 mailles, ce qui fait un lolal de 155 milles du Fort Georges à la Mission.

Quand je parle de milles, ici, je comple à l'anglaise ; na- {urellementmes compagnons de voyage n'entendent rien à ce calcul. L'enfant des bois, inutile dele remarquer, ne possède généralement aucun moyen artificiel pour mesurerles distances pas plus que pour évaluer le temps écoulé. Mais Dame Nature lui fournit gratuitement un étalon de mesure rarement en défaut : c’est le soleil dont le cours lui est familier à quelque distance qu’il ait pu s’éloigner des sentiers battus. La longueur des voyages est déterminée d’après le nombre des campements, et les distances plus courtes par la position du soleil au firmament. Le soleil lui sert aussi de montre pendant le jour, et il est rare que l’Indien se trompe sur l'heure qu’il indique.

Lorsque l’astre du jour s’est enfui derrière les pins qui garnissent la crête de ses collines ou les neiges éclatantes de blancheur deses montagnes pour éclairer des mondesinconnus, c'estencore en haut queregardele Peau-Rouge pour

apprendre combien de temps il sera privé de ses rayons bienfaisants. La Grande-Ourse devient alors pour lui ies aiguilles d’une horloge providentielle, et la distance qu’elle a parcourue autour de son axe, l'étoile polaire, sur le cadran que nous appelons le firmament lui est on ne peut plus facile à apprécier.

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