‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 65 sur 178 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

— Mais nous, comment ferons-nous, puisque le canot se trouve às l’autre côté de L4 rivière ?

Un de mes gens nous tire vite d'embarras. Il se met à la nage et va chercher le canot. Ce n’est pas plus difficile que cela.

À cause de notre mésaventure du matin, nous ne pûmes aller loin ce jour-là, et fûmes obligés de camper dans une prairie émaillée de fleurs et arrosée par un ruisseau aux eaux limpides.

Malgré cela, le lendemain matin, à notre réveil, nous : fûmes surpris de ne voir aucun cheval.

— Ils doivent être à se reposer en arrière de ces touffes de saules, me dit un de mes compagnons auquel je fis part de mes appréhensions.

— Il est plus sûr d'aller voir immédiatement, lui dis-je.

Mon homme partit aussitôt, même avant sa prière du malin, et ne revint que quatre heures plus tard. Les chevaux étaient tout simplement en voie de retourner au Fort Georges, et il lui avait fallu courir tout ce temps pour les rattraper et nous les ramener.

C’est là un accident auquel doit s’attendre tout voyageur qui n’a pas soin d’entraver ou d’attacher ses chevaux. Or, pour peu qu'on veuille les conserver en bon état, ce sont là des mesures auxquelles on ne se résout qu’à la dernière . extrémité, vu que, entravés ou attachés, ils ne peu vent manger suffisamment et ne tardent pas à dépérir, surtout si le voyage doit durer quelque peu.

Notre second campement fut à Hokwæz-Thiztli, rivière poissonneuse qui décharge les eaux d'un lac sur lequel le huard fait en ce moment entendre ses cris plaintifs, et qui, par conséquent, ne peut être loin.

Là, un nouveau danger nous menace. De gros nuages noirs vont et viennent au-dessus de nos têtes et présagent un violent orage.O:: nous n'avons ni tente,ni abri d'aucune sorte. Que faire ? Naturellement nous ne pouvons camper

dans la petite clairière qui borde la rivière. Force nous est done de chercher un abri sous un sapin plus ou moins touffu.

Des réminiscences de classe de physique me reviennent alors à la mémoire.

— Un abri sous un arbre élancé n’est pas ce qu il ya de plus sûr en temps d'orage, pensé-je. Mais, encore une fois, comment faire autrement ?

Nous voilà donc blottis sous notre sapin. A la mince : protection qu'il offre à quatre personnes et à leurs effets, nous avons ajouté celle d’une espèce de tente formée par nos couvertures les moins indispensables, et nous cherchons à nous endormir.

Mais voilà qu’une pluie diluvienne s’ajoute à la bourrasque ; puis, des détonations à faire frémir un mcrt viennent troubler notre repos. Le tonnerre se rapproche de plus en plus ; la pluie tombe à torrents et nous force à déguerpir, car nos couvertures sont sur le point de nager dans l’eau, En même temps, la foudre sillonne la noirceur de la nuit, et, pour ajouter à l'horreur de la situation, nous la voyons tomber non loin de notre gîle.

— Et les sauvages, dites-vous, ils. doivent mourir de frayeur ?

Pas le moins du monde : les sauvages n ont pas peur du . tonnerre. Ils sont comme un enfant qui ne craint pas le feu, parce qu'il n’en connaît pas la nature.

La plupart des Peaux-Rouges ont les mêmes notions sur le tonnerre. Ils s’imaginent que c'est un oiseau gigantesque dont les clignements d'œil produisent les éclairs, tandis que les détunations résultent de ses battements d'ailes. La population indigène est si clairsemée qu’elle n’a point l'expérience de ces terribles effets de la foudre qui ne sont que trop fréquents dans les contrées populeuses.

Que le lecteur ne s'imagine pas que je charge à dessein le tableau des difficultés denos voyages si je l’amène encore

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