CHAPITRE VII
succès dans nos parages. Aussi, que vénaient-ils chercher si loin de leur pays?
— Des pelleteries, cet argent du Peau-Rouge.
Oui, mais ils se trouvaient là en territoire déné, et le Déné ne badine pas quand il se voit frustré par des étrangers de l'héritage que lui ont légué ses ancêtres, Dex Iroquois avaient donc eu l’audace de venir chasser dans le pays où nous nous trouvons, et ils se félicitaient sans doute du succès de leur entreprise, quand la mort vint les surprendre inopinément au milieu de leurs rêves dorés. Son instrument fut un nommé Th qui les massacra et s’empara des fourrures qu'ils avaient amassées. Certains sauvages répètent encore de nos jours le « chant de victoire » que Tlih improvisa après son exploit et qui, comme tous les chants de‘ce genre chez nos Indiens, est composé des dernières paroles proférées par ses victimes.
Le Peau-Rouge né voyait rien de honteux dans de pareils assassinats ; pour lui, c’est de la « guerre » tout simplement. Aussi, nos Indiens devenus chrétiens ne peuvent-ils comprendre comment des blancs qui sont baptisés puissent, sans remords de conscience, se resigner à tuer leurs semblables, et quand vous leur dites que des prêtres accompagnent comme chapelains les soldats au service de leur pays, leur étonnement est à son comble. Pour eux, guerre et meurtre sont des termes synonymes. Chez leurs ancêtres ils l’étaient à bon droit.
Le matin du troisième jour de marche, la monotonie exceptionnelle du chemin est agréablement coupée par la vue des Montagnes Rocheuses qui se dressent majestueusement devant nous. Des hauteurs où nous sommes, nous distinguons aussi le lac la Truite et ia vallée de scri déversoir; puis nous descendons ie long d’un ravin profond, et une heure après nous entendons les coups de fusil qui ré-
pondent à notre signal de l’autre côté de cette haie de saas
res Emeraude
pins bordant la rivière du lac Long que nous traversons en arrivant.
Nous sommes chez les Sékanais.
Immédiatement,hommes et femmes sortent de leurs tentes échelonnées le long du lac et viennent vous souhaiter la bienvenue, tout en faisant leurs remarques sur votre physionomie et l'apparence de votre coursier, car le sauvage pense tout haut.
— Enfintu es venu ! Voilà tant de lemps que nous sommes à t'attendre ! Nous avons épuisé nos provisions. Une bande est même déjà partie de peur de-mourir de faim !
Tels sont les propos qui saluent votre arrivée. Malheur à vous si vous allez là pour faire bombance ! Comme tel n’est pas notre but, et pour ne pas faire souffrir trop longtemps nos Sékanais, nous nous mettons au travail le soir même de notre arrivée.
Notre interprète est Zaya, un Porteur qui s’est établi là eprès avoir tué un sauvage du lac Stuart qu’il prenait pour un caribou. Depuis l’accident, il n’& pas encore osé parattre à son pays natal, craignant la vengeance des parents de sa victime ; car, d’aprèsl'ancienne loi Porteur, qui verse le sang doit répandre le sien : dent pour dent, œil pour œil. La question de cRIRobINS est une question tout à fait secondaire.
Ici nous n’avons ni église, ni maison de catéchisme. Il n’y a même aucune espèce de maisons. Tous nos exercices se font donc en plein air, autour de ma tente.
Les Porteurs ont fait aux Sékanais un commencement
d'église à laquelle nous travaillons tous les jours. Ces
derniers ne veulent pas se laisser surpasser par mes compagnons de voyage en zèle pour la maison de Dieu, et c’est merveille de les voir manier, pour la première fois de