CHAPITRE VII
Teur vie, la scie et le rabot. Aussi voyez quelle ardeur, que de mouvement ils se donnent et comme ce genre de travail les essouffle ! Qu'un menuisier français n’était-il là pour admirer (?) le résultat de leurs efforts ! Un aveugle eût mieux fait.
Sous le rapport spirituel,mes efforts ne furent pas vains : mes instructions furent bien suivies, et, ce qui est mieux, on les mit kic et nunc en pratique. On m’apporta tous les tambours et osselets de jeu qui se AUTAn là et j'en fis un feu de joie.
Ces pauvres gens ont certainement bien raison d’écouter le prêtre : le fil qui les retient à la terre est si mince ! La faim est un de leurs pires ennemis, et elle fait assez souvent des victimes parmi eux. Les bêtes féroces leur enlèvent aussi parfois quelque parent ou ami ; en sorte que, moins encore que le Porteur, le Sékanais qui part pour la chasse n’est jamais sûr de revoir sa loge.
zuh, ce petit courtaud au teint foncé qui va et vient appelant le monde à nos exercices, avait jadis un frère avec lequel il partit un jour à la chasse. OEzuh était alors mal portant, et la course au milieu des rugosités de la montagne l’eut bien vite épuisé.
— Je n’en puis plus ; FAR nons un peu, dit-il à son frère.
Et tous les deux de s'asseoir sur la terre nue.
Quelques instant. s'étaient écoulés quand le plus jeune des deux remarqua à une faible distance un énorme ours gris.
— 11 faut que je le tue, fit-il en se levant.
OEzuh eut beau essayer de l’en dissuader, le conjurant de ne pas écouter sa témérité ; le jeune homme ne voulut rien entendre. Il descendit vers le monstre et lui envoya la charge de son fusil.
Mais qu'est-ce qu’un coup de fusil pour l’ours gris, le lion de nos montagnes, la lerreur des rares touristes qui
se sont fourvoyés sur sa piste? L'animal se précipita sur l'imprudent, le saisit par le cou, par le ventre, et en fitune masse informe,et cela en présence de son frère impuissant à lui porter secours. Le lendemain,on le trouva à quelques pas de là, masse de chairs meurtries et son nelanee et les entrailles éparpillées sur le sol.
Même depuis ma première visite aux Sékanais,un enfant d’une douzaine d'années a eu le même sort : dévoré par un ours gris.
Au lecteur peu au courant de la faune américaine, je dois faire remarquer que l'ours gris (Ursus horribilis) est un tout autre animal que l'ours noir (U. americanus) : beaucoup plus gros, de forme et d'instincts différents, d’une force étonnante et d’une férocité à l'avenant. Nos Dénés, qui sont par nature si lâches en présence de l’homme, sont si courageux face à face avec les bêtes féroces que, bien qu’on ait des exemples d’Indiens dévorés par l'ours noir, celui-là ne passerait pas chez eux pour un homme qui aurait peur de cet animal. Nombre de sauvages encore vivants ont eu de ces rencontres où:il leur a fallu lutter corps à corps avec l’ours noir et s’en sont tirés, sinon sans effusion de leur sang, du moins avec la vie sauve.
Demandez plutôt à Sailawe du lac Stuart. Longeant un jour,seul et dans un petit canot, le lac Babine, il aperçut, non loin du rivage, un ours de cette espèce, le tira et, croyant lavoir blessé à mort, courut après laissant son fusil dans le canot. Imprudent qu'il était ! L'expérience de ses compatriotes aurait dû lui apprendre que l'ours noir est traître et va généralement se cacher pour attendre au passage le chasseur qui n’a fait que le blesser.
Ce fut le cas de mon homme. Il n'avait pas plus tôt gravi la pelite côte au sommet de laquelle il croyait trouver sa