CHAPITRE 1X
Telle fut l'occasion de mon retour chez mes ouailles égarées.
Cinq jours après, un canot monté ‘par trois rameurs venait me prendre à la Mission. A cause de l’urgence du cas, nous fimes force de rames el voyageâmes même une partie des nuits.
Disons de suite notre déception. Alexandre mourut quelques heures seulement avant mon arrivée. L’infortuné avait-élé loin de mener une vie édifiante ; malgré sa position sociale, il n'avait pas même reculé devant le métier de jongleur. Aussi regardai-je cette triste fin comme une punition du ciel.
Ses parents et amis semblaient moins craindre pour son salut éternel. Jour et nuit il appelait le prêtre, disaient-ils, et, ne pouvant se confesser à lui, il avait avoué ses fautes en présence d’une image. Dieu veuille que son désir de la confession accompagné d’une sincère contrition lui ait tenu lieu de confession sacramentelle !
Dès notre arrivée à l’ancien Fort Babine, c’est-à-dire au premier village qu’on rencontre sur ce lac en venant de la Mission, une difficulté assez sérieuse se présenta. Etant donné l’état des esprits à Hwotat, lieu ordinaire de nos réunions où se trouvaient les parents de l'enfant noyé, il n'était pas prudent, disait-on, de s’y rendre en corps même en compagnie du prêtre. Une fois qu’ils auraient vu l'enfant survivant suivi de tous ses proches, la douleur des premiers ne manquerait pas de se raviver, et ils en viendraient probablement à des voies de fait.
Il n’estque juste de remarquer que le clan auquel appartenait l’enfant noyé jouissait d’une très mauvaise réputàtion. L’appréhension manifestée par l’autre parti n’était donc que légitime.
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