CHAPITRE 1X
plus haut, la rivière Babine, cours d'eau assez important et d’une rapidité vertigineuse, lorsque leur canot donna contre un brisant qui le fit chavirer. Comme par miracle, le chantéman fut rejeté sur la grève par les vagues tandis que son compagnon, moins heureux, se voyait emporté par le courant.
Et pourtant la bonne Providence veillait sur lui. Au moment où il allait être asphyxié par les eaux tapageuses qui le roulaient dans leur sein sans qu'il pût prendre pied, il se heurta tout à coup à quelque chose de solide qui manqua de l’assommer. S'y cramponnant comme à une plan-
che de salut, il s’aperçut bientôt qu'il était en contact avec
une énorme roche.
— Si au moins elle me permettait de me tenir à flot, pensa-t-il instinctivement.
Or,en moins de temps qu’il n’en faut pour l'écrire, il avait grimpé des profondeurs de l’abîme au sommet de la roche qui, heureusement, émergeait au-dessus de la surface des flots.
Et maintenant était-il sauvé parce qu’il se trouvail échoué au beau milieu d’une rivière large et profonde ? Le bon Dieu qui veillait sur lui répondit affirmativement. Son gendre, désormais hors de danger, l’eut vite aperçu et, lui criant de tenir bon jusqu’à la fin, il retourna vers la loge de chasse qu'ils avaient quittée peu avant l’accident.
Quelques instants s’écoulèrent qui parurent des heures à Antoine. Perché sur son rocher, il grelottait de froid et commençait à ressentir les premières douleurs occasionnées par les blessures qu'il s'était faites parmi les galets du lit de la rivière. Puis son gendre revint avec une longue corde pour opérer le sauvetage. Leur canot était perdu, et ils se trouvaient seuls.
Jetant la corde au naufragé, le chantéman lui cria de se l’attacher à la ceinture.
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— Et surtout ne manque pas de la nouer fortement, ajouta-t-il, car je vais tirer de toutes mes forces.
Malgré son commencement de défaillance, Antoine, sentant bien qu'il y allait de sa vie, s’attacha le bout de la corde aussi solidement que possible, fit un grand signe de croix, et se laissa tomber à l’eau. Au milieu des roches, il se sentit entrainé violemment au travers du lit de la rivière jusqu’à ce que, plus mort que vif, il abordât sur le rivage.
Il souffrit longtemps des suites de l’accident, mais enfin il était sauvé et il vit encore.
Comme pour faire ressortir mieux encore le caractère presque miraculeux de ce sauvetage, Dieu permit qu'un enfant se noyât ce même été non loin de là, pendant que son compagnon de canot abordait à la nage.
Cet accident faillit avoir des suites fâcheuses. Comme toujours en pareille circonstance, on soupçonna le survivant d’avoir causé la mort du malheureux, et ses oncles maternels — qui, pour les Babines, sont plus proches parents que son propre père — jurèrent de venger la mort de leur neveu. D’un autre côté, le gant fut relevé, non pas par le père de l'enfant sauvé, mais par son oncle maternel, surnommé Yulos, de l’ancien Fort Babine.
L'animosité était grande de part et d'autre, et les deux partis ennemis ne s'étaient pas rencontrés depuis un an, Jorsqu’un notable du nom d'Alexandre tomba dangereusement malade. Sentant qu’il ne vivrait pas longtemps, il supplia ses proches d'aller chercher le prêtre, d'autant plus qu'on en était alors à l’époque où celui-ci avait coutume de faire sa visite d'été. En même temps, il conjura les Babines de reconnaître la main de Dieu qui les frappait et de se préparer à bien recevoir le prêtre.
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