‹ Chez les sauvages de la Colombie Britannique [microforme]Chapitre 99 sur 178 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

longs pourparlers et des compensations faites dans l'intérêt de la paix par Yulos et ses amis, l'affaire fut déclarée vidée, etje pus travailler sérieusement à réconcilier mes gens avec Dieu, puisque dès lors ils l’étaient entre eux.

Bien que tous ne se rendissent pas à mon appel, un très grand bien fut néanmoins opéré, et une foule de désordres réprimés.

Parmi ces derniers, les plus fréquents chez les sauvages sont incontestablement les brèches faites à [a morale catholique relativement à l'indissolubilité du mariage. C’est là un point sur lequel le missionnaire doit constamment veiller. Plusieurs couples qui s'étaient séparés furent donc réunis; d’autres qui s'étaient unis illégitimement furent séparés.

Cela ne pouvait plaire au diable. Aussi résolut-il de se venger.

Parmi les coupables se trouvait un homme marié qui n'avait pas craint de rejetersa femmelégitime pour en prendre une autre. Après beaucoup d’hésitation de sa part, on réussit à faire cesser le scandale et à réconcilier le ménage en désaccord.

Cela ne faisait pas l'affaire de la femme répudiée en faveur de l’épouse légitime. Aussi, la rage dans le cœur, elle se dit qu'elle saurait bien le faire payer cher au missionnaire qu'elle considérait comme la cause unique de son humiliation. Saisissant donc une corde, elle sortit déclarant qu’elle allait se pendre.

Or, au lac Babine, le prêtre habite une maison écartée, non loin de l’église et à distance du village proprement dit.

ilétait près de minuit. Aprèsavoir réglé nombre d’affaires épineuses, je commençais à goûter un repos que je croyais mérité, quand je fus réveillé en sursaut par des coups re-

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doublés frappés à ma porte. On cherchait à l'ouvrir ou, au besoin, à l’enfoncer, en inèême temps qu’une voix de femme criait dominée par l'émotion :

— Patrick ! Patrick! sors vite d'ici ; on vient tuer le prêtre : on va te tuer avec lui!

C'était la mère de l’enfant couché sous mon toit qui voulait soustraire son fils au danger dont j'étais menacé sans le savoir. Celui-ci, qui n’était pas plus au courant que moi de ce qui se passait alors, se contenta, sans ouvrir, de conseiller le silence à sa mère, remarquant que si elle continuait elle allait réveiller le prêtre.

Quelque temps après, j'étais presque rendormi quand on essaie de nouveau d'entrer. Mon petit cuisinier s'était même levé et avait introduit un jeune homme qui, tout essoufflé, venait, disait-il, me protéger contre le frère de la femme disparue. Elle s'était pendue, disait-on, et ses parents hors d'eux-mêmes voulaient v-nger sa mort en causant la mienne.

En même temps, des bruits confus dont la distance ne permettait pas de saisir le sens se faisaient entendre dans la direction du lac, et ne laissaient aucun doute sur la véracité de notre gazelte. Malgré tout, j'avoue que je n’eus pas peur: je ne me croyais pas digne de mourir pour une cause aussi juste que l’indissolubilité du mariage. Pourtant un coup de fusil tiré au travers de ma fenêtre sans vitres eût pu m'atteindre avaut que je ne me fusse douté de rien.

Je dis doac à mon jeune homme que je ne craignais point les fusils des Babines et qu'il pouvait s’en retourner s’il le jugeait à propos. Il resta quelque temps, puis nous quitta.

Sur ces entrelaites, on parvint à désarmer mes soi-disant meurtriers, et le lendemain la mégère, cause de tout ce vacarme, fut retrouvée blotlie dans un coin d’une maison étrangère.

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