CHAPITRE IX
Dieu avait donc protégé son missionnaire et le diable avait manqué son coup.
Celui-ci essaya bien d’une autre tactique, mais il ne réussit guère mieux. Un assez grand nombre de Babines, même du lac, n'étaient pas encore baptisés. Parlant de la nécessité du baptême, je leur dis, au cours d’une instruction, de se préparer à recevoir eux aussi ce sacrement, vu que, ajoutai-je, il n’y a point de salut sans baptême.
Un nommé Lomdæhél s'empara de cette proposition pour indisposer ses compatriotes contre la prédication du prêtre. Se faisant l'organe du démon, il eut, lui aussi, son prêche au sortir de l'église, et la thèse qu'il développa fut celle-ci
On ne va point au ciel sans baptême ; or eux n'étaient point bapti-és, donc c'élait en vain qu'ils observaient les règles de l'Église. Ils étaient pour l'enfer, et désormais les baptisés seuls devaient fréquenter l'église.
Le mwalheureux ne songeait guère alors qu'il aurait à payer ‘ucr sa harangue. Peut-être ÿ pensa-t-il quand il tomba, un an après, foudroyé d'un coup d'apoplexie dans le bois et tout près du village, sans même qu’un seul témoin eût été là pour lui administrer le baptème qu'il n'avait fait aucun effort pour se préparer à recevoir.
Une autre mort, celle-ci d’un caractère bien plus conso lant, vint nous surprendre la veille de la clôture de la mission. Saptutlas (Moïse) était un de ces Babines qui font exception à la règle générale, d’un caractère doux et ami de la prière. Au sortir de l’église, il tomba sans connaissance à quelques pas de la porte, et, bien que je crus son mal sans gravité, il déclara bientôt qu'il allait nous quitter. Il voulut donc se confesser, puis il ne tarda pas à entrer en agonie. J’eus le temps de lui administrer le sacrement des mourants, puis il rendit l’âme au milieu des pius affreuses souffrances.
Comme tout le monde se trouvait là, on lui fit de splendides funérailles. Nous avions depuis peu reçu un osten-