SCÈNE VIII
ROBERT, BLANCHETTE puis MAN GUITE.
ROBERT
Sais-tu, Blanchette, ce qui dans mes souvenirs est resté le plus vivace?
BLANCHETTE
Non...
ROBERT
C'est ce tout premier serrement de mains plus long, plus intime, dirais-je, que ses devanciers; c'est ce premier regard indéfinissable qui pénètre jusque dans le cœur; c'est ce front que l'on sent rougir; c'est ce doute en sa propre parole; ce trouble des sens; c'est aussi ce désir si grand que l'on a de tout avouer et cette crainte plus grande encore qui vous en empêche...
J'ai ressenti tout cela, comme toi, Robert...
ROBERT
Bien avant notre rencontre du petit bois je savais que tu m'aimais, Blanchette, mais, pouvais-je croire à tant de bonheur, à un souvenir si fidèle?
BLANCHETTE, (sur iiii toii de repwché).
Robert!
ROBERT
Ah, Blanchette, que je t'aime! {elle l'embrasse) Man Guite entre à pas précipités et menus, elle va jusqu'au couple qui demeure enlacé, veut parler mais n'y parvient pas. Finalement elle ouvre les bras et serre Robert et Blanchette dans une même étreinte).
MAN GUITE, {fortement impressionnée).
Je... je... c'est très bien... c'est très... très bien...
BLANCHETTE, {trOUbléé).
Man Guite!
MAN GUITE
Oui," c'est très bien... ce que vous faites là... si vous saviez, mes enfants, ce que... j'ai prié pour vous!...
ROBERT, {rassuré).
Vous voilà exaucée, Grand'mère,
MAN GUITE
Oui... oui... sans doute... mais bon Dieu, bon Dieu, n'en dites rien à Monsieur le Curé!
ROBERT
N'ayez crainte...
BLANCHETTE
Nous nous tairons, Man Guite...
MAN GUITE, {affolée).
Mais, mon Dieu, le voila! mon Dieu, mon Dieu!