LE QUÊTEUX DES PAROISSES VOISINES
Il s'appelle Carapet, PipeU Gras-d'Ours, Beau-Poil, Beau-Carosse. . . Le curé et le notaire savent son vrai nom ; le peuple se contente du sobriquet, toujours pittoresque. Carapet était court, large et plat comme le - — ■ 86 ^
LES QUÊTEUX
poisson qu'on appelle de ce nom ; Beau- Carrosse avait été nommé d'après l'élégance de son équipage, une boîte écrianchée sur deux roues branlantes, traînée péniblement par une Rossinante qui avait depuis longtemps perdu le souvenir du jour où elle avait trotté.
Car le quêteux des paroisses voisines fait sa tournée en voiture — charrette ou quatreépées en été, berlot en hiver. Et la voiture" se remplit de provisions de toute sorte, farineblé, foin, légumes, et le reste ; elle se rem^ plit d'autant plus vite que le quêteux, apréâ avoir accepté ce qu'on lui donne, ne se fait aucun scrupule de prendre aussi ce qu'on ne lui offre point. Pour parler clair, le quêteux des paroisses voisines est assez souvent un voleur. A son double métier, il s'enrichit presque. On en a connu qui prêtaient de l'argent ! Or, pour prêter, tout le monde sait qu'il faut avoir de quoi.
Parfois le quèteiix est accompagné de sa femme et de ses enfants. Car les gens sont devenus méfiants, et il faut ruser. A l'approche du village, la troupe se divise : pendant que le père, à la devanture d'une maison, l^uête ou brocante, discute et amuse les gens ■du logis, les enfants, sautant les clôtures, visitent les bâtiments et surtout le poulailler. Xe soir, la famille se réunit, et il y a double
recette.
Par ainsi, prolongeant parfois le voyage et poussant plus loin l'aventure, les quêteux des paroisses voisines peuvent devenir des bohé^ miens.