‹ Chez nous; travaux et jeux rustiques (volume 2)Chapitre 38 sur 39 · A LA BASSE-GOOR Ï5S · texte numérisé non relu

A LA BASSE-GOOR Ï5S

do soif, elles ne pondent qu'en plein midi, par les soleils accablants, comme si leur flamme était nécessaire à l'éclosion des œufs, ou comme si elles étaient poursuivies par le souvenir des nids creusés au désert, à même la brûlante arène. Leurs œufs faits elles chantent leur délivrance, mais seulement si elles n'entendent aucun bruit, si elles peuvent se croire à rai>ri de l'homme. Elles ne supportent pas plus sa surveillance que sa domination. Tout nid qu'il découvre est aussitôt abandonné. Elles ne consentent jamais à élever des petits pour un maître.

On a recours encore à des poules. Non pas à toutes, à celles dont la température est la plus haute. On leur confie les œufs trouvés et on les installe dans des nids douillettement garnis de duvet. Les pintades n'ont pas un regard pour ces fils éclos sous d'autres ailes, dans un esclavage déshonorant.

Ce caractère farouche rend très difficile la récolte de leurs œufs. Heureusement elles chantent. Cependant, comme leur chant s'-élève aux heures lourdes, lorsque gens et bêtes dorment, on perd plus d'une couvée. On perd aussi des nichées toutes venues ! Errantes et vagabondes comme des perdreaux à qui elles ressemblent à s'y tromper, les petites pintades sont toujours en partance vers on ne sait quel pays.

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Mais, pour les bêtes comme pour les gens, l'ombre marque l'heure du retour. Le désir d'un abri clos ramène tout ce monde au poulailler. Devant le soleil qui croule et meurt dans leurs yeux vides, les coqs et les poules, puis les dindons, puis les pintades se pressent de rentrer. Ils gagnent leur perchoir et s'y installent par étages. Les canards s'ébranlent les derniers. Familiers par atavisme avec la nuit, ils ne reviennent qu'à regret. Aussi, pour les rassembler, eux et quelques retardataires, du seuil des basses-cours, les femmes les appellent par toute la campagne d'un long cri pareil : ti ! ti ! ti ! ti !... que de toit en toit on entend vibrer, s'éloigner et s'éteindre dans le crépuscule.M

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