LES ILES
11 y a au nord-ouest de la France, à l'ex- Ircmité de cette pointe de Cherbourg qui est comuie un autre Finistère, un archipel fortuné. L'Océan le cache dans ses brumes mystérieuses et l'enveloppe d'une chaude haleine (le gulfstream) qui fait cclore sur des rochers, au milieu de la mer, une flore que pourraient en\ier les plus belles îles de l'Adriatique et de la Médi-
terranée. Les aloès et les camellias y poussent en pleine terre, et les passiflores, enlaçant les grands chênes et les hêtres séculaires . y suspendent leiu-s bouquets d'un jour.
Les géologues vous diront quelle révolution a détaché de la côte normande ce sol normand . et comment la iiiei". envahissant l'immense baie qui sépai'c Cherbourg de Brest, n'y a laissé subsister, comme au mont Saint- Michel, que des rochers assez élevés et assez robustes iiour se défendre contre ses colères. Mais, sans qu'il soit besoin de science, le voyageur retrouve facilement la trace et la loi de ces bouleversements. — On n'arrive à Jersey et à Guernesey qu'en suivant une ligne d'îlots et d'écueils presque à fleur d'eau, qui apparaissent de distance en distance, quelquefois serrés près l'un de l'autre, véritables anneaux épars dune chaîne brisée. Déjà l'on entrevoit les îles comme de formidables récifs . déjà l'on pressent les déchirements de la falaise et les tempêtes qui se ruent et s'enroulent autour de ces obstacles ; cepen-
dant, à mesure que l'on approche, on distingue au delà des côtes de vertes et onduleuses collines, de profondes vallées béantes sur la mer, des cottages, des prairies, des fleurs... On est à Jersey.
Jersey . Guernesey ! ( les marins prononcent ces deux noms avec une douceur infinie) : pour le curieux, deux jardins que le roc tient suspendus au-dessus des mers ; — pour le rêveur, deux mondes . deux microcosmes. Chacune d'elles n'a-t-elle pas, aussi bien que le continent le plus orgueilleux, ses rivages qui regardent tout le cercle de l'horizon? — n'a-t-elle pas ses côtes et ses ports, ses plaines et ses montagnes, ses vallons ou descendent le torrent et le fleuve? — n'a-t-elle pas ses villes et ses \illages. et le château et la ferme? Là tout est rassemblé dans un espace que l'homme peut pai'courir en un seul jour de l'une à l'autre extrémité.
Ainsi la rêverie commencée au milieu de la crique profonde oii la tempête du nord fait re-
tentir les voix des génies d'Ossian aura traversé les douces campagnes, se sera enfouie sous le clos de pommiers, au fond de la prairie, dans un horizon de collines normandes, — et ne s'achèvera peut - être que sur la riante plage du midi, à Calherine-bay, parmi les blés que le flot voudrait atteindre, et oii l'on écoute en même temps les chants de l'alouette et le cri du goéland.
Mais, piiur le penseui', Jersey et Guernesey sont, avant tout, deux refuges chers à la liberté.
Chose bien remarquable ! il y a là deux petits coins de terre perdus dans les brumes de rOcéan , et la nature s'est plu à les entourer de toutes ses caresses. Un climat sans rigueurs, une température sans excès (on compte les années où il gèle), une fertilité propice aux plus beaux et aux meilleurs produits, une végétation vraiment féerique, un ciel enfin, ce ciel harmonieux (]ii(' fait le mariage du jour avec la mer. et don! les tons nacrés semblent nous révéler le secret des
perles, milieu charmant ouvert à toutes les richesses des autres climats, et protégé contre toutes leurs rigueurs. Oi'. c'est précisément dans ce milieu que se trouve implanté, robuste, intact et vivant dans sa pleine indépendance , le germe le plus puissant de la liberté des peuples : la commim:.