SITTOUETTE DE MON ONCLE
.… Un lit et une échelle.
— Bon, ce n’est pas possible!
— Cependant, puisque je vous l'affirme.
— Àh ! vous autres auteurs, nous vous connaissons, et de toutes vos histoires, nous savons ce qu’en vaut l’aune.
Remarquez, s’il vous plaît, Ô mon maître le lecteut, le : Ce qu'en vaut l’aune de mon oncle. Cette locution ne vous dépeint-elle pas mon interlocuteur ? Ce qu’en vaut l’aune ! Il n’y a guère qu’un boutiquier qui ose se servir d’une pareille expression.
Ce qu’en vaut l’aune m'arrêta tout à coup. Allez donc résister à de pareils chocs? La fameuse histoire des
moutons que racontait Sancho à Don Quichotte ne put être continuée par suite d'interruption.
— Tu disais donc, mon neveu, un litet une échelle.
— Mon oncle, je vous finirai l’histoire une autre fois.
— Hé! hé! tu parles comme les feuilletons, la fin au prochain numéro, dit en riant bruyamment mon brave homme d’oncle, grainetier, rue ***, caporal des grenadiers, et abonné du lendemain au Constitutionnel.
Cet oncle, m’ayant rencontré sur le quai des Augustins avec un homme dont l’aspect l’étonna, me demandait plus tard des détails sur ce personnage, lorsqu’à ces mots : « Un lit et une échelle, » on a vu de quelle brutale façon il m’interrompit.
Aussi, pourquoi allai-je raconter cette histoire à mon oncle ? J'étais puni par où j'avais péché, Je le connaissais de longue main. C’est lui, pour le peindre d’un trait, qui me dit un jour avec un grand accent de conviction :
— Les gens qui écrivent l’histoire de Napoléon, ce sont tous des farceurs. Pour écrire l’histoire de cet homme-là, il faudrait avoir vécu dans sa peau!
Oh ! les oncles ! les oncles!