‹ Chien-Caillou (volume 2)Chapitre 25 sur 62 · BOITE AUX LETTRES · texte numérisé non relu

BOITE AUX LETTRES

Renard, comme on le pense, se laissa prendre à ce traquenard de méchanceté. Sans explications, il crava- cha indignement l’innocente Vertu-des-Rois. Mais celleci, après beaucoup de larmes et de sanglots, finit par lui prouver, — à la manière de toutes les femmes, — combien elle l'aimait, que le dépit, la maladresse et esprit vindicatif de Sylvius lui avaient seuls dicté cette épître ; et elle montra à son amant une lettre qu'elle venait de recevoir de Sylvius.

« O Vertu-des-Roïis,

« Tu m'as trompé, tu m'as trahi, malheur à toi!

« Le lendemain du jour où tu murmurais des notes d'amour à mon oreille, tu as murmuré les mêmes notes d'amour à l'oreille d'un autre. Honte à toi!

« Tu avais trouvé un cœur pur et vierge, un cœur de Sylvius, et tu vas quérir un cœur de renard, Raca !

« Un poète avait voulu de toi, et tu as faÿf fi de lui.

Un employé des contributions directes faisait fi de toi. et tu t’es tournée vers lui, Serpent!

« Tu veux manger du matérialisme quand tu avais à ta disposition le spiritualisme. [nsensée ! qui préfères le hareng-saur à l’ananas.

« Ma vengeance te poursuivra partout, toujours, fine, aiguë et empoisonnée.

« Je te souhaite beaucoup d'enfants,

« SYLVIUS

— Il est fou à lier, dit Renard en lisant cette singula: rité,

— Tu vois bien, dit Clémence, qu'il n’est question de rien.

Renard fut content de ces explications. Clémence s’en alla et écrivit à Sylvius un mot, dans lequel elle engageait un duel terrible avec l'orthographe :

« Mossieu, comme nous n'avon plu rien de quomun arcamble geu ne voa pas la naisécité que vou mescrivais pourre me fair batre par mosieu Reunart, ge ne crin pas votre vanjange, signai Claimanse, »

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