‹ Chien-Caillou (volume 2)Chapitre 26 sur 62 · RACCORD ENTRE MINEURS · texte numérisé non relu

RACCORD ENTRE MINEURS

Sylvius fut triste trois semaines. Il ne se promenait plus dans la ville, car il avait rencontré quelquefois le soir Clémence avec ses compagnes ; et elle avait rougi en l’apercevant. Cette rougeur, qu’il regardait comme un repentir, l'avait touché et rappelait sans cesse à son souvenir la jeune fille qu'il avait juré d'oublier. Un jour, Théodore lui dit : |

— Clémence voudrait bien te revoir.

— Jamais ! C’est une coduine.

— N'importe, elle a planté pour de bon son Renard.

— Ah! ah ! qu'est-ce qu'ils ont eu?

— Renard ne l’a reprise qu’à cause de toi. Elle l’ennuyait. Mais comme il ne t'aime pas, il t’a joué le mauvais tour de te l'enlever.

— Je ne sais si c'est là un mauvais tour.

— Adèle amènera ce soir Clémence à la maison, si tv veux.

— Peuh ! dit Sylvius enchanté au fond.

— Allons, puisque tu n'en veux plus...

— Je t'ai déjà dit, reprit vivement Sylvius, que je réfléchirai. Cependant, fais-la toujours venir.

La scirée se passa sans que les deux amants se fussent adressé une parole. Si Clémence était toute troublée, Sylvius ne l'était guère moins.

— Allons, embrassez-vous, dit Théodore, Le Sylvius resta à sa place ; Clémence s’avança et fit les premiers pas; ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre. Sylvius, très-ému, la reconduisit à son domicile. Et les promenades continuèrent sous les Ormes, comme par le passé. Théodore, dont Adèle faisait la police secrète, très-inquiète de voir Sylvius suivre son ancien système, le réprimanda.

— Tiens, dit Sylvius, en montrant une bourse, voistu déjà les résultats ?

— Eh bien ! c’est une bourse.

— Oui, mais je l’ai obtenue de la Clémence. de Ti- {us.

— Qu'ai-je fait, Sylvius, pour me lancer sans cesse à la tête d'affreux calembours? Ne suis-je pas ton ami ?

— Si tu savais, dit Sylvius, combien j'ai été heureux en recevant cette bourse brodée par les jolis doigts de Clémence! J'ai pensé qu'elle s'était peut-être piqué le doigt en travaillant. Peut-être une goutte rosée de son sang est-elle emprisonnée dans Îa soie. Aussi, je l’ai baisée cette bourse ! Elle ne ms quitte plus.

— Ah! Sylvius, dit Théodore, tu as embrassé la trace des doigts secs de madame Babouillard, la mercière.

— Hein ! dit Sylvius.

— Oui, j'étais là quand Clémence l'achetait. C'est cruel de te désabuser. Mais s'il y a une goutte de sang emprisonnée, c'est du sang jaunâtre et vieilli de cette respectable mercière.

— Pourquoi diable me désenchanter ? dit Sylvius furieux. Ah! la carogne, elle m'a dit qu’elle avait veillé toute la nuit sur cette bourse, je me vengerai d'elle, je lui couperai les cheveux, ça fera la Titus de Clémence. |

— Encore! s’écria Théodore. Adieu! la colère t'é-

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