LES MANSARDES RÉELLES
Voici ce que pourraient écrire les poètes, s'ils avaient l’amour de la réalité : À |
Une petite chambre au septième ou au huitième, triste et sale. Pas de papier, mais des murs jaunis, album mural qui porte les traces de tous les locataires. Le soleil n’y vient jamais, ou, quand il y vient, c'est pour convertir la mansarde en plombs de Venise. On a quelquefois une vue, mais on n’aperçoit que des cheminées, des ardoises, des toits et
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odeurs volent à la mansarde,
Il est bien convenu qu'une mansarde n’est jamais solitaire, et qu’elle a un pendant. Dans la mansarde d’en face se trouve une voisine, un voisin, Suivant le sexe du héros du roman ; on se dit bonjour; on s’envoie des baisers ; les baisers sont rendus ; on serencontredans larue.
Un jour, la mansarde n° 1 va rendre visite à la mansarde n°2.Et voilà une nouvelle paire d'amoureux...
On rit, on chante, on boit dans les mansardes de poètes. Quelques vaudevil-
listes audacieux y font sa-
bler le champagne.
Les commis-voyageurs ont chanté partout :
« Dans un grenier qu’on est bien à vingt ans! »
des gouttières. En hiver, les mansardes sont aussi humides qu’un marais.
Le plus souvent la mansarde est isolée, et l’on n’aperçoit guère que d’horribles créatures, des juifs, des vieilles femmes, des chats maigres, des enfants déguenillés, jaunes et h4ves ; la musique qui sort de là est le cri d’un enfant au berceau qui semble se plaindre d’être ne,
Souvent il fait faim dans les mansardes ; on ychante peu, on y boit moins encore. Peut-être pourrait-on trouver à boire des larmes...
Malgré ce qu'a dit Béranger, :
Dans un grenier qu’on est mal à vingt ans!