‹ Chien-Caillou (volume 2)Chapitre 52 sur 62 · TS · texte numérisé non relu

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on trouve :. aussi bete motifs. Oui, je te reme

Pendant qu'il Déisnit

— Écoute, Hugues, je t'aime ét je veux te pbtek en ami. Pour le vulgaire les artistes sont les gens les plus heureux du monde. Nous avons une sorte de prestige qui impose au public ; il nous voit toujours peintre, musicien, homme de lettres : le public ne veut pas nous regarder en déshabillé. S'il était donné au public de vivre deux jours de notre vie, il n’aurait plus aucuneïillusion. Les coulisses de l’art sont aussi laides que les coulisses du théâtre, et nous mettons à notre esprit un fard qui ne vaut guère mieux que celui des comédiens. Tu seras un artiste ; je vais te parler en artiste ! Mais songe bien que notre vie n’est pas une vie de plaïsir, au contraire. On nous voit à trente ans gagnant de l'argent et quelques fois avec une certaine réputation ; on ne devine pas les quinze années de misère et de travail qui nous ont ame nés là. Moi, je m'encroûte à faire d’affreux portraits de

> vos affreuses gens de la province ; ce métier-là va m2 rapporter 500 fr. d'économies. Mais l'hiver prochain, il \ faudra que je vive ; il faudra acheter des couleurs, des stoiles ‘payer des modèles si ere Je peux être re- . fusé *C est ae nouveau voyage à recommencer ; et quel ace ne toujours à pied: les voitures coûtent ] je vopége Le les rouliers, je couche dans le

se vie d'artiste ! M. Géricault, mon patron, né gagne pas 600 francs par an avec sa peinture ; c’est cependant un grand peintre. Tu n'en as peut-être ” jamais entendu parler ?

| — Jamais, répondit Hugues.

— Ça ne m'étonne pas; mais tu sais le nom de David. Heureusement leur temps est fait, aux ganaches impériales; nous les enterrerons dans leurs servieites mouillées. Si tu as du courage, Hugues, il faudra venir à Paris bien vite. Et fais-tu à Soissons ? rien «ec bon ?

— Mais, mon oncle.

— Ah! bah! ton oncle est un brave homme. Il m'a dit un mot detes dessins, il n’y entend rien: d'ailleurs je me charge de lui parler et de lui faire entendre raison. Seulement, réfléchis sérieusement avant de crever de faim.

— C'est tout réfléchi, dit Hugues.

La nuit tombait ; les deux amis retournèrent à Sois-

ue: Mroclena sous ra jour, y compris mon taeg

sons. Le lendemain Triégler, en finissant son portrait, dit à Noirau :

— Vous avez, monsieur, un neveu qui vous fera honneur un jour ; mais il est perdu s’il reste ici.

— Comment ça? dit Noirau étonné. de

— Il faut l'envoyer à Paris ; il en a le plus grand besoin. Je puis vous affirmer que Hugues. Se peintre de talent. . | CPE

— Mais il n’a jamais fait de peinture... Pre a

— Peu importe, quand on a le sentiment des arts aussi développé ; quand seul, sans conseils, on comprend comme lui la nature... Il m’a étonné enfin. Li.

— Cependant, ce n’est pas une position, dit Noirau. #

— Les princes, les grands, les riches ne viennent-ils pas s’incliner devant nous pour avoir un morceau de toile ? Hugues arrivera comme moi...

— Arriver comme lui, pensa le bon Noirau. Écoutez, moi, je ne comprends rien à toutes vos peintures, j'en parlerai à mon épouse : mais j'ai bien peur...

— Vous vous repentiriez un jour, monsieur, d’avoir laissé Hugues ici, chez un avoué ; avec son caractère et: ses idées, il n’y fera jamais rien.

— Bath ! jeunesse se passe. Tenez, monsieur, moi qui vous parle, je vo®ais absolument devenir évêque étant petit.

— Monsieur Noïirau, ce n’est pas la même chose. Maintenant, j'ai fait mon devoir : je vous ai prévenu, et vous seriez coupable de retenir Hugues à Soissons.

Le portrait fini, Noirau se leva, transporté de joie : il appela son épouse, Toinon, Hugues.

— Toinon, lui dit-il finement en lui montrant son portrait, reconnais-tu ce monsieur-là ?

— Pardine, dit la grande fille en riant aux éclats, c’est vous tout craché.

Noirau fut flatté de l’assentiment naïf de la servante. Il alla reconduire l'artiste, le paya et le remercia.

* Madame Noirau lui dit à son retour.

— Avant que tu sois fini, monsieur Noirau, tu aurais - dû lui dire d'enlever du tabac qu’il y a là sous ton nez. On dirait que tu prises.

— Mais, ma tante, fit observer Hugues, c'est de l'ombre.

— Qui est-ce qui vous parle, Rébecca ? Un beau mioche qui fait le connaisseur |

— Cependant, madame Noirau, M. Triégler prétend qu'il deviendra un jour un artiste.

— Qui ça? dit la Noirau inquiète.

— Hugues, répondit Noirau. Il a même ajouté qu'il fallait l'envoyer à Paris.

La Noirau devint écarlate, et, de sa voix la plus glapissante :

— À Paris!!! et vous avez pu souffrir de pareilles choses, — un garnement comme celui-là, un peintre lui ! mais vous n’avez pas le sens commun. Ça mange tout, vos peintres : ça meurt dans des greniers. Je voudrais le voir ici, ce vaurien-là qui vous a mis de pareilles sot-

tiscs en tête. Vous voulez donc que votre neveu vous mange la laine sur le dos. — A Paris !!! Monsieur Noirau, votre raison a déménagé, quand il était ici ce matin, votre peintre, qu'il avait l'air d'un malfaiteur, que Toinon m'a même dit qu'elle ne voudrait pas le rencontrer dans un bois. — Allez à votre étude, polisson, et que je vous y reprenne à peindre des images, ebsurtout ne remettez pas le pied chez moi, si vous le, revoyez, le peintre II! Oui, il est beau! C'est pourtant vous, dit-elle à son mari, qui avez fait ce coup-là. Pourquoi faire l'inviter à dîner ? tout ça ne.serait pas arrivé. Mais je ne me laisserai pas ainsi mener, on verra si j'ai une tête !

Elle disparut en faisant claquer la porte. Noirau était hébété ; il sortit au plus vite, craignant une seconde édition du monologue. Quant à Hugues, il retrouva Triégler qui allait peindre l’avoué ; le cœur gros, il lui confia son malheur ; l'artiste souffrit autant que lui.

— Hugues, lui dit-il, j'ai huit jours à peu près à rester ici. Viens secrètement tous les soirs à l'hôtel. D'ici à mon départ, nous aviserons à d’autres moyens.

Mais les huit jours se passèrent ; Hugues alla accompagner son ami à la voiture ; celui-ci lui dit :

— Si tu étais trop malheureux ici, écris-moi, voici mon adresse. Nous partagerons le peu que j'ai. Dame! nous ne mangerons pas de biftecks tous les jours. Du reste, ton oncle ne te laissera pas partir sans argent...

CHTEN-CAILLOU 261

Le conducteur appela les voyageurs : les amis s’embrassèrent, et Hugues revint tout en pleurs à son étude, aussi triste que s il eût perdu pour toujours son nouvel ami.

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