‹ Chien-Caillou (volume 2)Chapitre 6 sur 62 · COMMENT ON DINE QUELQUEFOIS · texte numérisé non relu

COMMENT ON DINE QUELQUEFOIS

Chieñ-Caillou entra la mine triste.

— Elle ne veut pas ?.. dit Amourette, qui comprit cette pantomime.

— Elle m'a insulté par-dessusle marché...

— Qui donc ? demanda Nini.

— La fruitière. Elle & fini ainsi, en mettant ses poings sur ses hanches : — Pas d'argent, pas de frites.

Fe

Si nous avions seulement du pain... dit Amourette. &

— Du pain! répondit Chien-Caillou tout joyeux, j'en ai à votre service ; il est noir, maïs il est bon. J’ai aussi des carottes. Vous ne les aimez peut-être pas. Moi, je n'aime que ça; mon lapin aussi... Je cours vous chercher à manger.

— Voisin, vous êtes trop bon, vraiment,

— Vous avez un lapin chez vous? dit Nini.

— Oui, un beau lapin blanc, Petiot, qui est gentil comme tout.

— Oh ! amenez-nous-le, nous rirons un peu,

Chien-Caillou sortit, et revint aussitôt avec du pain . de munition et une botte de carottes. Le lapin se tenait i gravement sur son épaule. Ce furent des cris de joie sans nombre, dans la mansarde, à la vue du lapin,

Amourette le prit dans les bras de Nini, qui le dévorait de caresses. Jamais le lapin n'avait été aussi embrassé, ce qui ne lui faisait pas perdre son sang-froid. Tous les quatre s’installèrent sur le lit et mangèrent avec appétit ce repas improvisé. Entre deux bouchées :

— Voisin, comment vous appelle-t-on? dit Amourette,

— Oh! le drôle de nom! Moi aussi j'en ai un drôle, on m'appelle Amourette ; c’est à cause d’une romance, voilà ce que je sais... Il est bon, votre pain.

Les carottes aussi, dit Nini... Ga doit vous coûter encore cher, monsieur Chien-Caillou, de nourrir votre lapin ?

— Je ne le nourris pas toujours si bien ; quelquefois il n'a que du son ; quelquefois même il jeûne. Une fois j'ai cru qu'il allait mourir, mon pauvre Petiot ; nous avions été deux jours sans manger : j'étais couché, moi, comme un propre à rien. Je ne pensais plus à lui; il vient tout à coup se frotter contre moi, et puis il me recarde avec ses grands yeux. Faut-il que tu sois l4che ! me dis-je ; parce que tu meurs de faim, tu laisses mourir de faim les autres ! Je descends quatre à quatre, je cours dans la rue; heureusement la fruitière avait épluché ses choux, je rapporte bien vite les mauvaises feuilles. Ah ! il était temps ! Pauvre Petiot Lil était couché sur le flanc... J'ai d’abord cru qu'il était mort. Pensez donc, il n'y a que lui qui m'aime... En m'’entendant, il dresse les oreilles, je lui jette les feuilles, et il . l’a échappée belle.

— Pauvre Petiot! dit Nini en l’emhrassant. Quel dommage, s’il était mort !..

— Vous êtes bien De. monsieur Chien- Caïllou, dit Amourette, et je vous aime déjà comme si je vous connaissais depuis deux ans.

— Ah! mademoiselle, dit le graveur embarrassé… Ecoutez, demain, j'aurai sans doute de l'argent ; le père Samuel, viendra, nous dînerons mieux...

— Nous ne voulons pas, dit Amourette, vous ruiner...

18 CHIEN-CAÏILLOU Nous cn aurons peut-être aussi... on en doit à ma Nsœur..:

— Allons, au revoir, dit Chien-Caïllou, j'ai un peu à travailler. À demain | |

— Adieu, monsieur Chien-Caillou! dirent les deux jeunes filles.

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