‹ Chien-CaillouChapitre 14 sur 54 · FANTAISIES DE SYLVIUS · texte numérisé non relu

FANTAISIES DE SYLVIUS

Sylvius avait vingt ans. Il était plutôt laid que beau; mais ses lèvres pincées étaient remplies de railleries. Une physionomie très-mobile se moulait merveilleusement à chacune de ses plaisanteries. Dans sa petite ville,

on le regardait comme excentrique; il est vrai que ses actions ne démentaient pas Tépithète. Une de ses grandes occupations était de préparer de la besogne au commissaire de police. Un jour, on avait trouvé un garde national hermétiquement enfermé dans sa guérite; le malheureux citoyen, qui s'était endormi, avait senti en se réveillant une porte close. On disait bien que le fait venait de Sylvius; mais personne ne l'avait vu. Une autre fois la diligence des Messageries royales, qui reste toute la nuit sur la place principale de L***, avait été perdue. C'était Syhius qui l'avait traînée avec quelquesuns de ses amis dans une petite ruelle, juste assez large pour contenir la voiture. Le lendemain, les habitants ne purent sortir de leurs maisons, et on eut toutes sortes do peines à retirer cette dihgence.

En outre, Sylvius s'avisa, l'été, de porter des pantalons collants et des bottes à Técuyère, quoiqu'il ne montât jamais à cheval. Tous ses amis suivirent cette mode. Au jour de l'an, il alla rendre visite au commissaire de ' police dans une chaise à porteurs, vieille rehque de famille, mangée aux vers, provenant d'un président au grenier à sel, son aïeul. Près de cent personnes, émerveillées de ce spectacle, suivaient la chaise. Sylvius se fit monter au premier, dans la chaise à porteurs, chez le commissaire ; là, il lui fit un long discours par lequel il le remerciait de n'avoir pas été obhgé de subir un de ces réquisitoires si terribles de justice de paix. L'officier ministériel ne put se fâcher, car il avait des rapports sans nombre contre Sylvius, rapports qui ne tendaient à rien moins qu'à le faire condamner à la prison et à l'amende, s'il n'y avait eu manque de preuves.

Cependant Sylvius, furieux d'avoir perdu Clémence, voulait se venger, et il écrivit à Renard :

« Monsieur, je pardonne à mes ennemis, et j'ai l'habitude d'avouer tous les dommages commis à leur pré-* judice. Donc je vous pardonne, monsieur, et j'avoue les dommages que je vous ai causés. En voici la relation exacte. Je l'ai arrangée en dialogue pour votre plus grande satisfaction. »

[Le théâtre représente une chambre. — Vn'e table; tout ce qu'il faut pour ne pas écrire; tout ce qu'il faut pour boire. — Dans une alcôve, un lit, instrument du crime. — Un fauteuil, autre criminel. — Sur la table, trois bouteilles qu*je recommanderais à votre rigueur, si elles n'étaient trépassées. — Du feu dans la cheminée. — La pendule marque onze heures du soir.

Personnages dont j'ai changé les noms pour qu'on ne s'y trompe pas :

SYLVIUS, jeune premier ; CLÉME>'CE, forle-amoiireuse; LE FEU, utilité.

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