SYLVIUS A THÉODORE
« Quelquefois, il me prend de violentes envies de retourner dans notre petite ville, surtout les soirs où je traverse le pont des Arts. Le vent de ce pont me rappelle le vent de notre montagne de L"*. Alors, je songe à vous tous qui m'aimiez, je songe à la promenade des Ormes, je songe à M. le commissaire de police, notre victime. Heureusement; cet accès de nostalgie ne dure que cinq minutes.
« Mes souvenirs heureux ne peuvent guère lutter avec mes souvenirs malheureux. Je ne sais comment tu peux rester en province, avec ces gens étroits de cœur et dïmagination, qui passent leur vie à peser des riens et à discuter des moins que rien. L'individu le plus heureusement organisé, demeurant en province jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans, sentira un jour assoupies ses facultés. L'air de la province est un poison lent, qui endort pour la vie les plus vives intelligences. Aussi, si je me suis conservé jeune dans ta petite ville, le dois-je à cette
vie délurée et excentrique dont personne ne comprenait le but.
« J'ai appris par Vertu-des-Rois que tu te rangeais. Tant pis. Ce sont les premiers symptômes du poison. Donc, j'ai revu Yertu-des-Rois. La première fois, j'étais presque ému. On ne revoit jamais sans émotion sa première maîtresse. Elle fut très-aimable pour moi, et rien n'eût été plus facile que de renouer ces anciennes amours ; mais je voulus attendre.. . A notre seconde entrevue, je la vis si indifféremment que je ne retournai plus chez elle. Ce n'est pas en amour que la queue coupée du serpent se rattache au corps.
o Aussi bien, d'autres liaisons se préparaient. li est présumable que le cœur a une seconde vue, et qu'il devine longtemps à l'avance qu'il va avoir force occupations. Comme le cœur est un grand tyran et qu'il est le maître absolu de toute notre machine, il agit à sa guise, chasse les anciens souvenirs, évoque des pensées nouvelles; onfin, mon cœur a rejeté violemm^ent Vertudes-Rois. L'ingrat, en tout ceci, est mon cœur.
« J'ai pu être aimé décemment d'une femme de peu, et l'avouer comme on avoue une bourgeoise. D'ailleurs, elle avait les mains blanches^ ce qui est un grand point dans le code amoureux, et elle lisait couramment Balzac et madame Sand. J'entends par couramment qu'elle les comprenait.
« Nous en sommes amvés tout de suite à l'amour plastique, la meilleure preuve que j'ai renoncé à mes idées platonico-provinciales qui te faisaient rager si fort. Cette femme méritait presque d'être une femme supérieure. Elle me disait : « Mon ami, j'ai trente-cinq ans.
« VOUS m" aimerez huit jours. Je ne rn"en plains pas, « c'est huit jours que j'ajouterai à la maigre addition de « mes jours heureux. J'ai trente-cinq ans et vous en avez « vingt-deux. Mes cheveux sont toujours mes cheveux « noirs d"il y a quinze ans; mais un matin, ils seront « gris pour vous. Mon front est toujours blanc et vierge •( de rides ; mais un soir, vous les chercherez, ces rides « terribles et vous en trouverez. Mon ami, trente-cinq K ans sont un prisme menteur qui nous vieillit tou- « jours. »
« Je n'en écoutai pas davantage, Théodore. La charmante femme ! Je baisai son froiît pur. en passant ma main dans ses cheveux. Dis-moi si c'est là une portière... qui me dit vouSj — une déhcatesse inconnue aux femmes de notre pays. J'ai vécu cinq mois de cette vie heureuse; lorsque j'ai appris par hasard que cette femme si aimante, si dévouée, qui avait tant d'imprévu en amour, était la maîtresse de mon propriétaire. Ah! mon ami, j'ai pleuré d'abord, et puis la colère est venue... Je cours à sa loge, je l'insulte, l'ingrate, je crie, elle se trouve mal, les voisins accourent, je raconte mes aventures ; j'étais si malheureux... La douleur est aussi indiscrète que le vin... Toute la maison sait mes amours. « Je remonte chez moi avec des trésors de rage. Je pense à aller trouver le propriétaire, mon rival, à lui dire tout... Les mains blanches de la portière étaient expliquées! Mais, abattu,,je me jette sur mon ht, et deux jours se passent sans que je descende. Je craignais de la revoir... Le gros de la douleur passé, je me sens faim. — Elle n'y est plus, me dit une vieille voisine qui savait à peu près officiellement notre commerce. — Ah! tant
mieux. — Le propriétaire l'a chassée à la minute; quelqu'un aura été bavarder chez lui. Dame ! c'est un peu votre faute. — Pauvre femme ! dis-je en me surprenant quelques traces de pitié. — Elle voulait vous revoir, elle n'a pas osé. — Et elle a bien fait, répoadis-je en me rappelant les blessures de mon cœur.
* Dans la loge étaient déjà installés un cordonnier et sa femme. Cela me seiTa le cœur. Je l'avais vue là la première fois, et quand elle y habitait encore, cette loge était un petit logis parfumé. Aujourd'hui, ce drôle qui raccommode des bottes, cette créature qu'on ose appeler femme, et cette odeur de poix et de cuir me font voir la loge dans son odieuse réahté. — C'est vous qui êtes le jeune homme du second, me dit le portier. — Oui. — C'est que le propriétaire a bien recommandé qu'on n oublie pas de vous donner ce papier.
« Je pris le papier. C'était un congé par huissier. Le propriétaire se vengeait : il avait été aussi cruellement blessé que- moi de Tinfidélité de cette femme. Sa colère fut terrible iMans six semaines il fallait déménager. Et je devais trois termes. Le 8 arriva. Vous autres provinciaux, vous n'avez pas la moindre idée du 8, chiffre terrible qui se représente tous les trois mois. Les braves femmes parlent du 13, comme du plus néfaste des nombres. Mais le 13 ne s'empare que des esprits faibles et crédules, tandis que le 8 est réel, sérieux et brutal comme un coup de canon. Lorsque midi sonne, le 8 vous crie : De l'argent ! de Tardent ! de l'argent 1
« Après toutes sortes d'emprunts, j'avais trouvé
quoi payer deux termes. Le propriétaire fut inflexible. Sa vengeance était impitoyable. On garda mes meubles
110 CONFESSIONS DE SYLYIUS-.
Mes pauvres meubles ! J'ai laissé là, pour trente francs, mes vieilles gravures, mes vieux livres, une commode ébrécliée. une table boiteuse, trois ou quatre chaises dépaillées. Un mobilier abandonné... ce fut là une douleur terrible pour moi. Tu ne sais pas comme on tient à mille babioles accoutumées. Ce sont de vieux fauteuils qui ont été les confidents de vos joies et de vos peines, sur lesquels on s'est assis, et qui vous ont toujours fait le même accueil. L'accueil de mes chaises était un peu dur, il est vrail Si bien que j'ai emporté mon lit et une chaise, ainsi le veut la loi.
« Je tai écrit un peu pour te donner ma nouvelle adresse, un peu pom'te conter toutes ces choses dont je te laisse la qualiiicatiou. Adieu. Songe un peu à ton ami.
« Sylvius. »
POURQUOI LES FEMMES DOIVENT TOUJOURS SE GARDER d'un AMOUR d'artiste
Sylvius prit unoQouveau logement et acheta quelques meubles. Un soir qu'il traversait la cour, il aperçut devant lui une femme tenant une chandelle. Il mar- ^ cha rapidement et arriva en même temps qu'elle au pied de l'escaher.
La jeune fdle était court vêtue : un simple jupon pardessus la chemise, un fichu autour du cou. Elle s'arrêta au bas de fescalier comme pour laisser passer Sylvius ijui, i^our ne pas manquer aux lois de la poUtesse, mon-
CONFESSIONS DE SYLVIUS. lîl
tra Tescalier d'un geste La jeune fille attendait... Sylvius renouvela son geste sans plus de succès... Tous deux étaient à peu près dans la critique situation des personnes qui, sur un trottoir, cherchant à passer outre, se rencontrent toujours.
La jeune fdle partit alors d'un éclat de rire si franc, que Svlvius comprit alors pourquoi elle ne montait pas la première. Elle craignait les indiscrétions de son costume de nuit. Sylvius grimpa l'escalier suivi de la jeune fdle ; et, en se retournant plus d'une fois, il vit qu'il avait affaire à une femme jeune et robuste, dans tout l'épanouissement de la santé.
La position de Sylvius était aussi favorable pour lui que celle crainte d'abord par la jeune fille. Trois marches à peine les séparaient... Le fichu qu'elle avait jeté, pour la forme , sur ses épaules, avait trop envie de former une solution de continuité avec la chemise, et Sylvius pouvait admirer sans entraves ce que la voisine croyait si bien caché. Jamais Sylvius n'avait vu pareille profusion de cheveux, qui semblaient un torrent essayant de briser le peigne qui leur servait de digue.
— Bonsoir, monsieur! dit-elle en entrant dans un petit corridor situé à l'étage au-dessous du logement de Sylvius.
— Bonsoir, mademoiselle.
Sylvms rentra chez lui, se mit à son bureau,, pensa longuement et prit une carte de \isite. A la suite de son nom, il écrivit : « Deux heures du matin. — Je ne dors pas. Votre costume léger nfinquiète et me met la cervelle à l'envers. Je pense à vos beaux cheveux noirs. »
Ce billet avait coûté deux heures de réflexion. Après ravoir écrit, Sylvius ouvrit sa porte avec autant de prudence qu'un voleur, et ce ne fut qu'après s'être heurté maintes fois contre les murs, que Sylvius crut reconnaître la porte de sa voisine. Il découvrit une légère fente au bas, et put glisser sa carte de visite.
d'un bouquet qui riT MERVEILLES
Pendant huit jours, les cartes de visite se succédèrent quotidiennement. Elles ne variaient guère comme rédaction. Sylvius pensant cyniquement qu'en matières amoureuses bis repetita placent.
Un soir qu'il revenait du Luxembourg, il s'aperçul pour la première fois que la place Saint-Sulpice était transformée en marché aux fleurs. Il revint chez lui avec un énorme bouquet ; et comme un bouquet est un grand seignem' qui se présente rarement sans se faire annoncer, il l'accompagna d'une page présumée incendiaire, dont voici un fragment :
« Ma belle voisine,
tt Qui avez des cheveux noirs, pourquoi faut-il que je vous aie rencontrée? Tous m'avez volé le sommeil... Je vous aime. On a du vous dire bien des fois ces trois mots si beaux et si communs. Laissez-moi vous les redire de vive voix ; assurément, vous ne les am'ez jamais entendus aussi beaux. Ils sont plus harmonieux que toutes les musiques du monde, et ceux-là seuls qui ne sont pès amoureux s'en servent à faux. »
-^ Je ne crois pas, se dit Sylvius après avoir relu ce paragraphe, que M. de Voiture et M. deBenserade aient jamais produit pareil galimatias. Maintenant, il s'agit de terminer par une finesse amoureuse de la même école. — Et il continua :
« Ma belle voisine, j'attends votre réponse. Sur ma foi. j'ai l'espérance, car vous avez sans doute la charité.
« Sylvius. »
L'épître terminée, il descendit à pas de loup son escaher, mit le bouquet dans le trou de la serrure de la voisine et jeta le billet sous la porte.
Il était dix heures du soir. Sylvius, certain que la jeune fille n'était pas rentrée, laissa sa porte entr'ouverte, s'étabht dans son fauteuil et lut. Une demi-heure après, il dressa l'oreille ; il avait entendu un bruit de pas à rétage au-dessous. C'était bien elle! il se mit derrière sa porte, placé de manière à entendre le moindre bruit.
La voisine aperçut tout d'abord le bouquet; elle le prit en froissant le papier, ce qui donna à croire à l'écouteur qu'elle était formahsée. Sylvius, n'entendant plus aucun bruit, pensa que» sa conduite avait été un peu hasardée.
Tout à coup la voisine ouvrit sa porte, et se prit à chanter de sa voix la plus joyeuse.
— Hein ! qu'est-ce que cela? se dit Sylvius. Que veulent dire ces rossigriolades ?
A travers une fente de la porte, Sylvius put apercevoir la voisine sortant prudemment du corridor et regardant dans la direction du second étage. La chanson continuait
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avec une telle ardeur, qu'une vieille femme, dont la porte
faisait face à celle de Sylvius, se montra en criant :
— Hé ! la folle qui s'avise de chanter à des onze heures trois quarts du soir. Tiens, dit-elle en voyant la porte entr'ouverte d'où s'échappait de la lumière, vous êtes encore sur pied, monsieur Sylvius?
— Mais cela n'a rien de bien extraordinaire, réponditil en paraissant.
— Ça n'a pas d'égard pour les personnes âgées, ces filles-là?
— Quelles filles? demanda Sylvius.
— La blanchisseuse, j'imagine.
— Ne serait-ce qu'une blanchisseuse? fit Sylvius en se retirant, désappointé.
Quelques minutes après on montait les escaliers. — Oh ! se dit Sylvius, elle a l'audace de venh chez moi. — Mais il se trompait, la jeune fille venait tout simplement jeter sur le carré un tas de papiers et de morceaux d'étoffe ; ou plutôt c'était un prétexte à rencontrer le voisin. En l'entendant, la vieille femme sortit de son logis.
— Ah ! çà, la belle, quelle conduite menez-vous ?
— Vous voyez, je jette des loques au tas.
— Couchez-vous tranquillement, ou je me plains au propriétaire.
La jeune fille descendit précipitamment, fort contrariée de n'avoir pu rencontrer Sylvius. Malgré tout, elle tint sa porte ouverte.
— J'ai commencé, se dit Sylvius, je ne puis en rester là. Elle est blanchisseuse^ mais on a va des blanchisseuses qui...
Comme il allait sortir, il remarqua avec colère que la
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vieille voisine veillait encore et qu'elle allait l'entendre descendre les escaliers. — Ah! la sorcière l s'écria-t-il, elle se doute de quelque chose.— Il rentra chez lui, passa un pantalon à pied propre à marcher plus mystérieusement, et s'enveloppa d'une façon de rohe de chaïubre monacale, couleur de mystère.
Il était en train de terminer ces préparatifs, lorsque la porte de la blanchisseuse se ferma violemment. — Allons, la voilà furieuse de m'avoir trop longtemps attendu. Descendons, malgré tout!
Heureusement, la voisine âgée, fatiguée de veiller inutilement, s'était renfermée. Sylvius aniva sans avoir éveillé l'attention de personne à la porte de la jeune iiUe. Nul bruit ne se faisait entendre à l'intérieur; et la serrm-e ne laissait échapper aucune trace de lumière. — EUe dort, pensa-t-il.
Il gratta mystérieusement à la porte.
On ne répondit pas.
Il gratta plusieurs fois.
— Qui est là? fit une voix féminine.
Sylvius, pour ne pas compromettre la jeune fille auprès des locataires, répondit: moi, par le trou de la serrure.
— Qui, vous?
— Si elle croit que je vais entamer un dialogue séparé d'elle par une porte! pensa Sylvms.
Au même instant, il entendit le craquement dune allumette chimique, sans nul doute destinée à allumer la chandelle et à reconnaître le mystérieux visitem*. On ne sait encore quelle idée passa par la tête de SyMus ; mais il se retira doucement en descendant les escahers. La
blanchisseuse fut fort étonnée de ne trouver personne. Elle sortit du petit corridor, et, guidée par un rire qu'elle entendit à l'étage au-dessous, elle descendit courageusement. Sylvius descendait aussi.
Arrivé dans la cour : — C'est assez, se dit-il, remontons. Et il grimpa les escaliers, toujours sans bruit, mais voyant avec surprise devant lui une ombre qui semblait guider ses pas sur les siens, c'est-à-dire qui franchissait une marche à mesure qu'il en franchissait une autre. La distance était toujours égale.
Au milieu de l'escaher, Sylvius s'arrêta, et l'ombre s'arrêta.
— Elle a du courage, dit-il.
Et il monta. L'ombre monta, jusqu'à ce qu'elle disparût dans le petit corridor, Sylvius la suivit, et, voyant un rayon de lumière qui sortait d'une porte, il arriva jusqu'au seuil.
— Entrez donc, dit la blanchisseuse en voyant Sylvius la tête encapuchonnée, et qui, restant immobile sur le seuil de la porte, cherchait évidemment à produire de l'effet.
Sylvius ne se fit pas prier, et, d'un bond, il s'élança sur le lit...
On va crier au scandale, à l'impudeur et à mille autres billevesées que les gens dits moraux et sérieux ont constamment dans la bouche. Mais le romancier, fort de son innocence, poursuit sa route sans s'inquiéter de ces clameurs.
Sylvius sauta sur le lit, par la seule raison qu'il n'y avait pas de chaises. Il y en avait une, mais elle était occupée par la jeune fille.
— Votre nom, ma belle voisine? demanda Sylvius.
— Je m'appelle Eugénie.
— Je l'ai demandé plus d'une fois aux échos d'alentour. Malheureusement cette maison ne possède pas d'échos d'alentour.
— Je vous remercie, mon voisin, de votre charmant bouquet.
— Oh ! pourquoi en parler ? Je vous remercie bien plus, ma chère Eugénie, d'avoir conservé le galant costume qui vous couvrait le jour où je vous aperçus pour la première fois. Avez-vous lu tous mes billets?
— Oui. Vous êtes un moqueur.
— Vous voyez bien dans mes yeux que je ne me moque pas et que je vous aime...
— Tout le monde dit ça.
— Ah ! Eugénie, pourquoi me confondez-vous avec tout le monde? Tout le monde, c'est les gens qui n'aiment pas, qui ne sentent pas, qui ont Tair de chanter auprès des femmes un air convenu, en changeant la ritournelle. . . Ceux-là ont beaucoup de succès ; les femmes sont si niaises ! . . .
— Eh! mais, ce n'est guère galant, ce que vous me dites là, répondit Eugénie.
Est-il besoin d'indiquer que Sylvius, étendu sur le lit, tenait dans ses mains les mains d'Eugénie, assise sur une chaise? Si cela est inutile, il sera bienséant d'ajouter que certains nuages passaient de temps en temps sur le front de Syhius. Eugénie avait les bras rouges. Cette abondance de santé peut plaire à quelques-uns; mais Sylvius avait d'autres idées, la femme maigre était son rêve et chatoyait fréquemment dans ses pensées. Les
118 co^'FESSIO^'s de sylvius.
bras d'Eugénie apportaient une fatale influence dans la
conversation. Aussi dit-elle :
— Il est temps de vous retirer, Sylvius. Je suis fatiguée ... Et les voisins ! . . .
— Je vais m'en aller, répondit Syhius.
Il resta, à la faveur d'une longue histoire. Au bout d'une demi-heure :
— Je vous en prie, Sylvius, il est trois heures, je voudrais dormir.
— Allons, Eugénie, je vous obéis... Adieu, dit-il en allant vers la porte. — Ah! j'ai laissémaclef en dedans...
— Est-ce bien ^Tai ? *dit-elle en riant.
— Aussi vrai que je vous aime.
— Ce n'est pas vrai, alors.
— Eugénie, allez voir ; et si la clef n'y est pas, croirezvous à mon amour?...
— Peut-être.
EUe sortit et revint en toute hâte.
— Je crois à la clef, mais pas à votre amour. 11 faut vous en aller, malgré tout.
— Oh ! l'inhumaine 1 vous me laisseriez mourir de froid dans les <escaliers ?
— Pensez donc aux voisins, et puis je suis fatiguée. Il faut que je me lève de bonne heure.
— Couchez-Yous, Eugénie, je resterai sur le plancher; je suis accoutumé à la dure.
Eugénie se coucha. Sylvius éteignit la chandelle, et, suivant ses promesses, s'étendit sur le parquet. Après cinq minutes :
— Dormez-vous, Eugénie?
— Ce ne sera pas long.
— Votre parquet est très-dur...
— Eh bien, asseyez-vous sur la chaise...
Sylvius s'assit sur la chaise contre le lit. Eugénie s'était retirée dans la ruelle.
— Eugénie !
— Quoi encore ! vous êtes impatientant...
— Je vous souhaite le bonsoir. . .
— Ah ! dit-elle d'un accent étonné.
Sylvius sortit. Le souvenir des bras rouges était trop poignant.