PRCDHOMME
(jue voulez-vous î c'est son état de se déshabiller.
MADAME PASTÉRIS.
Fil l'horreur.
H. rRUDBOMUE.
C'est un mal pour un bien; il n'y a pas de peinture possible sans cela.
MADAME PASTÉRIS.
Mais elle n'a pas b:soiii de fumer, et sans chemise, surtout.
M. PRUDHOMME
Je vous l'abandonne sur ce point. Vous devez bien sentir que ce ne sont pas des femmes de mœurs très-régulières ; cependant on en a vu...
MADAME PASTÉRIS.
Je ne le crois pas ; une créature qui se prive de tous ses effets devant un tas d'hommes... Non, on ne m'ôtera jamais cette idée-là 1
M. PRLDHOMME.
Les artistes ne laisseraient jamais entrer qui que ce fût quand ils ont une modèle...
MADAME PASTÉBIS.
Voyez-vous bien ? C'est assez clair.
M. PF.l'DHOMME.
Cependant un jour feu Drolling me laissa voir sa modèle: il est ^Tai qu'elle était habillée...'
MADAME PASTÉRIS.
A la bonne heure.
M. PRUDH03IME.
Feu Drolling est celui qui a peint au Louvre V Inférieur d'une Cuisine, un bijou, c'est ravissant; les marmites sont à prendre à la main. On compterait volontiers chaque brique du plancher: mais il prenait son temps. Il me disait, à moi qui vous parle : « Monsieur, j'ai mis quatre mois à peindre le balai. »
MADAME PASTÉRIS.
Quelle patience !
M, PRCDHOSrME.
Ç)ui, nous avons des personnes qui pensent quon dessine par-dessous la jambe ; ces personnes se trompent. Feu Drolhng toujours disait : « Le génie sans la patience n'est rien, » et il avait raison. Je lui portai un jour, par plaisanterie, un soldat dessiné par moi en traits à la plume. Je no vous dis pas cela, madame, pour me flatter : il le trouva très-bien et le fit encadrer.
MADAME PASTÉRIS.
Vous êtes vraiment un homme universel, monsieur Prudhomme... Vous étiez né artiste !
M. PRCDHOMME.
Aussi les ai-je toujours fréquentés. La morl de feu
M. PRUDIIOMME AU SALON. 185
DroUing m'alïecta beaucoup. La mort est cruelle ! j'oserai int'ine la qualifier d'impitoyable ; elle s'attaque aux rois comme à leurs simples sujets. Elle moissonne les artistes avec sa faux tranchante... Mais je vous ennuie peut-être avec mes pensées philosophiques?...
MADAME PASTÉRIS.
On ne s'ennuie jamais avec vous , monsieur Prudhomme.
M. PRUDHOMMB.
Vous êtes trop aimable, belle dame. Veuillez voir ce sujet gracieux.
MADAME PASTÉaiS.
Le. petit Amour!
M. PRUDHOMME
Précisément; encore un emprunt à la mythologie. L'idée est ingénieuse de l'avoir fait voguer sur son arc comme sur un bateau. Il est tranquille celui qui cause tant de passions. Sa flèche,, qui a transpercé tant de cœurs, sert d'éventail, et son mouchoir tient lieu de voile.
MADAME PASTÉRIS,
On voit qu'il y a du vent.
M. PRUDHOMMR.
C'est un doux zéphyr qui le mènera vite à Cythère.
MADAME PASTERIS.
Comme c'est bien peint; c'est tendre.
Il est impossible de rendre avec plus de chasteté une image voluptueuse. Il a beaucoup de talent et il ira loin ce jeune artiste.
MADAME PASTÉRIS,
Vous croyez?...
M. PEUDH03IME.
J'en suis sûr; il a dû recevoir des conseils de Girodet. encore un grand artiste que les arts pleureront longtemps.
D>'E DAME, tenant par la main un petit garçon.
Vois-tu, Fifi, n'a pas été bien sage le petit garçon d sa maman qu'est malade.
FIFÎ.
Oui, maman.
LA DAME
N'a renversé le bouillon.