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CHAPITRE IX

Guerre et Marine

La garde du Chili est confiée à une armée et à une marine qui ont fait leurs preuves et qui ont leurs traditions.

Les premiers corps militaires formés en 1811 ont été vaillants, mais ils manquaient de savoir et d'organisation.

Le courage de chefs comme O'Higgins ou comme Mackenna ne purent empêcher la défaite de Rancagua. Ce désastre servit d'avertis-, sèment, et a été le point' de départ des belles destinées de ce pays. L'ar-

226 Le Chili

mée vaincue se concentra à Mendoza, sur territoire argentin au pied des Andes. C'est là que, sous la direction du général San Martin, ces

Sratue du g<inâral O'Higgîns sur ^'-^^J^^ ,:-^ la Alameda de Santiago.

tirent les Espagnols à Chacabucco et à Maipw, et assurèrent la liberté du Chili.

Le général O'Higglns, commandant une division de cette petite armée, avait engagé le com- ■ bat décisif. A la tête de ses soldats, il rompait la ligne de bataille ennemie et fut proclamé Directeur suprême de l'Etat. Comme il s'agissait de

238 Le Chili

droit, et quelques-uns de leur vivant, dans l'im

mortalité chilienne.

Les historiens du pays avaient enregistré leu gloire, la poésie nationale l'avait consacrée, e

itif de la bataille Davale du ji mai 1879).

leurs figures, coulées dans le bronze, ne s'efface ront plus de la mémoire de leur nation.

Le nom d'Arturo Prat, le Léonidas chilier tient la tête dans la liste de ces capitaines qi n'ont pas essuyé de défaite.

Chez les Chinois, la peine de mort n'est qu'u

Guerre et Marine 23 1

technique, par l'officier le plus haut gradé de la région.

La mobilisation de la réserve est une question de quelques jours (i). Ces troupes sont uniformées, armées et équipées, et vont aux manœuvres les dimanches et fêtes.

Les cadres se composent de 900 officiers, dont II officiers généraux, et 100 officiers supérieurs.

Ces officiers sont formés dans une école militaire placée sous la direction d'un général. Elle comprend les cours de notre Prytanée et de Saint- Cyr. L'école supérieure de guerre et l'école d'application sont réunies dans un établissement appelé Academia de guerra.

Les sous-officiers reçoivent l'instruction technique à la Escuçla de clases.

On étudie la création d une école d'état-major.

L'armée active est recrutée au moyen d'engagements volontaires (enganches) de cinq ans (2).

[i] Le Chili possède dans ses arsenaux un armement complet pour 3o,ooo hommes. L'artillerie et les batteries de montagnes sortent des ateliers Krupp. Les bâtiments sont armés en partie de canons Ârmstrong. Les croiseurs ont aussi des Hoschkiss. L'infanterie est ârmee du fusil Gras, dont la chambre a été transformée pour l'adapter aux cartouches Comblain. — Cette mesure a été prise afin de n'avoir qu'un seul type de munition, sans perdre le stock considérable de fusils Comblain, que le gouvernement a acheté, dès 1873, et qui sert aujourd'hui aux manœuvres de la réserve. — La cavalerie a des carabines Winchester à 12 coups (à répétition).

Les uniformes sont français; le godillot a été remplacé par la demibotte, dans laquelle entre le pantalon des fantassins.

(2) L'engagement est à prime, — renouvelable au rengagement.

UChi uction de la ne »o francs de r éserve compren moins les exen

tenus au servi lération en tem] piers sont orga ce lorsque la rt ïompe constitue administrées pa nmandant gêné ijor, pour un ai ne compte 2 ci , 2 canonnières tits avisos, 6

^ernement subv

viiêres

Guerre et Marine 233

gnie de vapeurs (i) {Compania Sud- Americana de Vapores) qui, en temps de paix, fait la concurrence aux steamers anglais et français. Le principal article du cahier des charges en transforme tous les bâtiments en transports de guerre, à première réquisition, à l'entière disposition du gouvernement.

Le personnel de la marine de l'Etat se composait, au dernier exercice, de 4 contre-amiraux, 6 capitaines de vaisseaux, 7 capitaines de frégate, 4 capitaines de corvette, 18 lieutenants de vaisseau, 9 enseignes et 48 aspirants, des chirurgiens, mécaniciens et officiers d'administration, de 455 quartier-maîtres, gSo gabiers et mousses et 600 hommes de troupes de débarquement.

La marine est chargée du bureau hydrographique, et s'occupe de la levée des côtes ; elle administre le département maritime dont le chef-

Pontons

Thalaba 800 T

Mirallores 1 ,000 i>

Valdivia 700 »

Kate Kellock.

Elvira Alvarez.

Pachitea.

Torpilleurs

Fresia

Colocolo

Tucapel

Guacolda .. ,

^*°«'l"«' / chevaux.

Guale.

Quidora .

Tegualda Rucamilla /

(i) La marine marchande du Chili, naviguant sous pavillon chilien, se compose de Bg vapeurs et de i58 voiliers, d*un tonnage de près de 100 mille tonnes métriques. En 1886, le mouvement des ports à l'entrée et à la sortie a été de plus de 8 millions de tonnes.

Le Chili : à Valparaiso et q 1res {gobernaciones t.

s sont formés dan et font à bord de b; lés, les voyages et î élèves à bord des ^

s supérieurs et gém nat, sur la proposït ; prodigue pas ces ^ lerre, on a du en ace suite de campagi )tionnels. Depuis le es généraux qui mi !hili n'a plus de ée n'aura plus de di é et la lenteur de

apiiale Punla Arenas.

le Ancud.

apitale Puerto Montt.

taie Corra).

ipîlale Talcahuano.

piiale Llico.

pitaEe Valparaiso.

et, capitale San Juan-Bauli

ipitale Papudo.

pitale Coquimbo.

iBle Caldera.

apitale Anlofagasta,

litale Iquique.

Guerre et Marine 235

nuisent en rien à Tardeur des officiers. — La tenue des troupes, non seulement à Santiago et à Valparaiso, mais dans les villes les plus reculées, est très typique.

Les bataillons de gendarmerie à pied et à cheval {policiales) ne restent pas en arrière, et rivalisent de correction avec la ligne et la réserve. — A Valparaiso, on a adopté Tuniforme des constables de Londres. A Santiago, ils portent la tunique et le képi bleus. Les capotes sont en caoutchouc.

On a commencé à former des bataillons scolaires, et j'ai vu défiler quatre ou cinq mille gamins, sous l'œil bienveillant de Tautorité, avec un sérieux amusant.

On leur apprend les rudiments du métier militaire à ces enfants qui, dans quelques années, seront appelés à défendre le pays, mais on s'est refusé le plaisir de les uniformer. — En somme, si le Chili possède la meilleure armée du continent, il a réussi à n'en demeurer pas moins le pays le moins militaire.

Pendant que, dans les régions voisines, l'uniforme joue un rôle dans la vie mondaine, il ne paraît guère à Santiago où l'officier, en dehors de son service, est presque toujours habillé en civil. — Il est soldat pour servir le pays et non pour étinceler dans les salons.

D'autre part, en 1873, le budget de la guerre

Le Chili la marine s'élevait à env î. — En 1887, il était de:

augmenté de moins d'ui iget général avait triplé, mies d'un Gouvernemer ien avec l'enthousiasme i îcepticisme n'a pas encor de ces espoirs ni refroii cré, et un des poètes cl sistant, à côté de moi, à t flotter au vent les dn

Regardez l'étoile du G 1 bleu, comme sur un c( étend ses cinq branchei Jinaux avec un cinquiè :ial, et qui nous monti

peuple protégeaîi

traités internatio

diverses raisons

blique.

Le Chili n'appt comme la Répub d'émigration s'adi qu'aux déclassés. I taines races comm choisissent des ii quelques petites les ports aux n débarquer, mais li pas de terrains et

On ne saurait s des aventuriers qi tentent de se rem

En i8i I, selon avait 70 étrangers comptait 87.000.

parleront le fran mais ils seront, en

Les petits-enfar

Le nombre de c après fortune faite la génération née î ni situation dans 1 comprend qu'elle souvenirs de jeunt

Corps diplomatique — Colonie française 289

Les membres de chaque nationalité, ayant, comme lien naturel, leur langue et leurs habitudes, créent généralement des clubs ou des sociétés de bienfaisance, et constituent, au point de vue moral, des sortes de colonies à la tête desquelles se trouvent les chefs des légations. A Santiago, les chancelleries des postes diplomatiques font le service consulaire.

Au moment où ces notes ont été prises, les représentants étrangers formaient un corps très distingué, plein de verve et d'entrain.

On se réunissait souvent chez l'aimable comtesse Carcano, femme du Ministre d'Italie, ou chez Mme Packenham, àla légation d'Angleterre.

Nous étions alors brillamment représentés par M. de Bâcourt, spirituel comme Figaro et élégant comme Almaviva, riant du bout des lèvres, mordant du bout des dents, touchant à tout du bout des doigts sans jamais appuyer, interrogeant au moyen d'historiettes et d'anecdotes, et répondant par des questions. L'un des secrétaires, le baron Cottu, nous faisait grand honneur. Cavalier hors ligne, bon chasseur, marcheur intrépide, et, dans les salons, causeur plein d'entrain et d'originalité, il a laissé un souvenir excellent à Santiago.

On était particulièrement lié avec la mission belge, dont le titulaire, M. Carion, s'occupant des intérêts économiques de son pays sans

ses d redan nés qi 1, a i lapon,

les lég se dirij e sur

on d'à compa

Fran< i eux.

iputës M un g

innées près 1

lujonrdli : la Répy ien de l'i os, deBe Dcore tn fgaiion, lieté et 1

Le Chili decine, nous avons compté Se évenot : les architectes françai :oud ont élevé des monuments p els particuliers remarquables ; 1 trie chilienne, celle des cuivres, t l'utilisation des pyrites, à Vatti ) des systèmes de Bessemeration rzog, le traitement de l'argent ne française a été plantée sur ce itays, c'est luî qui a fait les pren:

is ; la lithographie artistique a di liers sur les bords du Pacifiqu let.

/art vétérinaire était inconnu ai mas; Brocard, élève d'Alfort, c ui le seul grand hôpital d'animai )ue de corps d'état pourrait-on introduits au Chili par des artis carrosserie, par Bardeau, Sainti neuble d'art, par Muzard frère perie, par Aninat ; la papeterie f nos compatriotes, 'assons en silence vingt métier sacrer quelques réflexions à l'art i qu'on est convenu d'appeler 1 uté.

Ine douzaine de maisons de ce ge itiago, sans parler des nombreuse Lcntales, oiiles enseignes « au Prii

Corps diplomatique — Colonie française 243 Bon Marche», « au Louvre», ne sont pas rares.

La plus grande de ces^entreprïses est la maison Pra, fondée en i856.

Il y a trente ans, les femmes ne sortaient qu'enveloppées du vêtement appelé le manto, sorte de grand châle généralement noir qui couvre la tête et les épaules et tombe, en larges plis, jusqu'aux genoux. Ce genre de surtout recouvre la toilette Femme du mondu veiue du maii/o, pour aller à

et, par suite, '^ '""*'^-

fait paraître inutiles les dépenses pour des costumes qui ne sont vus de personne. Aujourd'hui, toutes les femmes de la société portent le chapeau français. Elles ne se servent du maitlo que pour aller à l'église. Les Rotas, ou femmes du peuple, sont seules restées fidèles au costume ancien. Ce changement d'habitudes n'a pas seulement

Le Chil

itèle importam ité, ouvert le ' ne qui absorbe lillions en cos ie sort de nos iteurs ne mon

le bon goût e fait dans les lais encore l'es dans des milli ; propagande c aie, propagan [ue des annonc

veut, sans es i part de Tache ises de ce geni ché important heteurs.

s fabricants, q "ce souffre d'ui pas en vue de

villes américi

l'à choisir um ï lui confier le trmoniques : d aque industri< s industries. Sj ises n'ont plus I

Corps diplomatique — Colonie française 245

rence étrangère. Le client qui entre dans ces établissements pour y acheter un seul genre d'objets, devient acheteur pour tous les autres (( rayons » de son débit. Le nécessaire, Tutile, et surtout l'inutile trouvent ainsi fatalement preneur.

Cependant lorsqu'on consulte les statistiques officielles et que, par exemple pour 1886, on voit figurer l'Angleterre, à l'importation, pour près de 17 millions de piastres, l'Allemagne pour 8 millions Soo.ooo et la France pour 5 millions 700.000, on trouve ce résultat d'autant plus fâcheux que, de i885 à 1886, l'Allemagne a gagné i million 200.000 et que nous avons reculé de 700.000 piastres. Cette proportion en notre défaveur était encore plus frappante au chapitre des exportations où l'Angleterre figurait avec 38 millions 200.000 et nous avec 2 millions 800.000.

Le grand syndicat qui a fait, depuis tantôt un an, de la France, le marché universel des cuivres, changera, dans les prochains bilans commerciaux, les chifi^res indiqués ci-dessus. D'autre part, il faut espérer que les grands travaux d'utilité publique, entrepris récemment par la maison Dussaud et par le Creuzot, assureront à notre industrie un débouché, en constituant des preuves de sa supériorité.

Nous comptons d'ailleurs, depuis quelque temps, à Santiago, des hommes d'énergie et de

2^6 Le Chili

talent comme Valentin Lambert vigoureusement la cause de nos g sements industriels.

Ce n'est réellement pas la fai colonie si le commerce français i d'une façon plus brillante, à côté c des Allemands. Je l'ai trouvée fort elle est riche et bienfaisante, ne s'oi de politique chilienne. Tlle vit en avec les autorités du pays, et ne c difficultés à notre gouvernement, t lieu dans d'autres régions. Un Frai est un phénomène presque inconni

Ils sont agriculteurs au sud, cor viticulteurs au centre, mineurs au des ateliers un peu partout.

Avec quel plaisir on oublie leurs pour ne se souvenir que de ces quali^ de persévérance et d'honorabilité, c généreu.'c dans les moments de c gaieté au moment du danger.

Cette colonie a fondé des sociét sance et de secours mutuels , d£ orphéon, Heu de réunion des famill elle a une pompe et une compagnie c Elle donne pour les infortunes au C son obole pour les sinistrés frança

Elle eut un bel élan lorsque le c au mois de janvier 1887, à Santia

Corps diplomatique — Colonie française 247

Ce fléau avait, depuis plus de 55 ans, ravagé l'Europe et s'était abattu sur la côte orientale de l'Amérique sans que les Chiliens l'eussent connu autrement que par des livres et par les racontars des émigrants européens. Au mois de décembre 1886, la maladie éclata à Mendoza, au pied oriental de la Cordillère : on établit immédiatement des cordons sanitaires, on ferma les ports, mais la panique s'empara de tout le monde : les médecins du pays, cela était notoire, ne connaissaient pas la maladie. — On est excusable d'être inquiet lorsqu'une tempête éclate, qu'on se sait près de récifs et qu'on n'a point de pilote à bord.

Un de nos compatriotes, le docteur Servoin, fit le voyage d'investigation^ et reconnut l'existence du choléra asiatique dans la province d'Aconcagua.

Dès lors, le Gouvernement prit des mesures énergiques, procéda d'oflfice à la désinfection générale, aménagea des hôpitaux spéciaux et des ambulances.

Les hôtels s'étaient vidés comme par enchantement, les affaires eurent un temps d'arrêt absolu.

Quelques hommes de cœur tâchaient de ranimer les courages, et notre compatriote, M. Charles Vattier, jeta une note gaie au milieu de Talarme : il proposa avec le plus grand sérieux de désinfecter les désinfectants et de remplir d'acide

id

pr

35o Le Chili

a souvent donné les premiers soîni nutes après que la maladie s'ëtail Entre le premier avis donné à la rinstallation du malade à notre s'est jamais passé plus de quarante-( — Tel que le choléra s'est produit soins immédiats ont été couronnes ■ On n'a guère sauvé de malades deuxième période. — 11 y a eu, sur de l'épidémie, des séries effrayantes

On n'en luttait pas moins, mais o microbe a la faculté de nous voir, îl se moquer de nous, et on se sentait

Les médecins ont été tout bonn rables dans cette lutte contre l'imp* jeunes docteurs Petit et Burucua :

grand honneur par leur science, leu leur désintéressement (2).

Notre compatriote, le docteur Se interne des hôpitaux de Paris, a subi en soignant un de nos nationaux. S; été une fête pour nous tous.

C'était un homme de science, à 1' ment voltairienne, causeur doué d'u

|i] Malgré le bon vouloir de loul le monde, cetu près de 5o,ooo victimes au Chili.

(2) Les SŒurs de charilé, une dame Chaminade laïque, les familles Rieu, Tiffou, Cheyre, MM. Pr«c et tant d'autres ont rivalisii de dévouement.

Le Chili L fondé de des mine sur les c de Versai i Caraba) es bouteil

)ns d'une at Belzu,

armé les éussi à ba i; il a bâ ica, étabi

la côte SE

de perdr u les gagi is, il s'é cent, aux cueca du

mon cht e ou s"ir etourne 1 11 jase ou

ce qui va

isible de ( labitent li ce à Valf t distingu

256 Le Chili

américaines où il est entendu qu'on doit gagner de l'argent pour le dépenser d'une façon plus ou moins stupide dans les capitales de l'Europe.

Cour d'honneur du palais Errazuriz.

Iln'en est pas ainsi au Chili. Beaucoup de

Chiliens voyagent dans le vieux continent ; la

majeure partie d'entre eux s'y instruit, et en

rapporte, avec un goût épuré, un acquît réel. Ils

258 Le Chili

Les soirées sont fort brillantes à Santiago et à Valparaiso. Les appartements sont souvent meublés avec goût. Des tapissiers, généralement français (i), ont su donner à ces demeures le cachet parisien. Depuis quelque temps, on tient

^„ -. .. . , .^ même au style.

I Les salons du ' palais Errazurriz, les pièces de ré- ' ception du palais Cousino sont des merveilles. Dans ces dernières, les rideaux de fabrique lyonnaise ont coûté 65o.ooo frs.

La salle de bal est décorée et meublée dans le plus pur M 1, , j , „ ^ j style Louis XVI.

Mobilier de la salle à manger du "^ J "

patais cousifio. L^ galle à man-

ger, Henri II, a fourni au faubourg Saint-Antoîne l'occasion de montrer en Amérique de véritables chefs-d'œuvre de bois sculpté.

Les vestibules et l'escalier sont décorés de panneaux de Clairin d'une haute valeur artistique.

[i) Pra, Muzard frères, Pateck, i

Distractions — Sports — Jeux nationaux 259

La majeure partie des maisons à Santiago sont éclairées au gaz , quelques- unes à la lumière électrique.

Sous ces gerbes d'or la femme chilienne, décorative au possible , avec ses grands, beaux yeux et son sourire avenant, étale des toilettes d'un goût parfait; rien de criard dans les tons.

Le pied et la main sont petits et les attaches d'une grande finesse. 1

Les cheveux sont admirables, depuis le blond cendré jusqu'au noir, aile de corbeau. On ne se teint pas encore à Santiago.

Les jeunes filles portent des diamants ; elles sont d'ailleurs les reines des bals.

Les jeunes femmes ,,..,. ^ , „ .

Mobilier de la salle a manger du risquent, depuis peu Palais Cousino.

seulement, un tour de valse. Les quadrilles et les

a6o Le Chili

lanciers sont assez peu goûtés; la ''polka et la

mazurka sont honnies ; on bostonne constamment.

Distractions — Sports — Jeux nationaux 263 mâle ne s'occupe guère de musique et se contente de remplacer, le cas échéant, l'orchestre aux sauteries intimes. L'enseignement du piano est abandonné à l'Italie et à l'Allemagne, et les

Théâtre municipal de Santiago.

instruments sont en majeure partie américains ou germains.

On compte, dans le monde des jeunes musiciennes, plusieurs cantatrices excellentes, appartenant à l'école transalpine. Leurs modèles sont les artistes qui se font entendre à l'Opéra de Santiago.

En i83o, il vint à Santiago une première

304 Le Chili

compagnie; et, en 1844, on'y représen complet. Depuis lors, le Grand- Thé cipal a été cédé à des imprésarios qui 1 but de gagner l'intérêt de leur]capita former le goût du public.

La salle de ce théâtre, œuvre de c çais, Hcnaut et Latoud, est une des que je connaisse.

Quatre rangs de loges ouvertes (sa les baignoires) ; les deux premières c chaque soir, des séries alternante: figures et de brillantes toilettes.

J'ai assisté, successivement, à des lienne et française. Les Italiens chagriné. En un seul hiver, j'ai vu Traviata dix-huit fois. J'ai renoncé les apparitions de la Favorite et de revanche, les Français nous ont don lentes représentations de Faust, de Tell, de Carmen, de Mignon et d< Juliette. Le Faust de Boëto et le j Verdi ont eu beaucoup de succès.

D'autre part, nous avons eu, en premières des Mousquetaires, du ' nuit d'été, à'Haydée et d'autres noi genre.

La troupe française avait à lutte souvenir des Italiens qui chantent t( voix, et font applaudir leurs points

Types de jeunes filles chiliennes [i«tS5-S6), rdunis par MM. Spencer et Diaz, photographes à Santiago.

266 Le Chili

l'incomparable force de résistance de leurs

poumons.

JVi assisté à un délire d'enthousiasme des galeries supérieures, lorsque le Trouvère, lançant son ut de poitrine au fond de la scène, soutient la note en s'élançant jusqu'à la rampe: — quelque

Type de buvecie, improvisée en plein air, pour Rotos,

chose comme le sifflet d'une locomotive entrant en gare.

Les fauteuils et les deux premières galeries ont acquis un jugement musical fort juste, et n'applaudissent plus guère à contre-temps.

11 n'existe pas de claque, et l'étranger se rend ainsi facilement compte du goût des auditeurs.

Le saut des deuxièmes loges aux troisièmes ,

26S Le

Cependant n'oublions théâtre et écoutons un tique.

La salle, grâce aune :

s'y prête fort bien.

La troupe du célèbre pu faire connaître là d'Etchegaray, dans lest est considéré comme u que Ton tire dans to qu'elle se déchire.

Le jeu des comédiens plus violent, celui de Mt si prisés dans les drai Les éclats de voix ff gnaient, dès le troisièn- Heureusement, vers min (dans l'effroyable drame une maison d'aliénés, l'auront guéri de son pé

Sarah Bernhardt a pa mois au Chili. Malgré 1 des places (un fauteuil c< le théâtre était générale

Sarah a joué vingt-ci à Santiago, à Valparaii Elle sortait du théâtre encore, prenait le train et, après cinq ou six hi

figure des vers « ruisselant d'inouïs sur un motif de la Pastorale de Be< Songe d'une nuit d'été de Mendelsst ment donné, un des personnages, cl métier, entonne un authentique Ky brode là-dessus une folle chansonne qu'elle lance en fusées, comme uni se serait égarée dans une cathédn prévu au possible et fort joli.

Le ballet existe à peine à l'état d

Telle est la vie élégante, le soir, ments de la Société, pendant la j'o tent en promenades que l'on fait, i parc de la ville, à la Quinta Norma et, pendant trois mois de Tannée, courses. La tribune, reproduction, de celle de Longchamps, a une vue sur la Cordillère qui ferme Thori est de i.5oo mètres, et les courses un, deux et trois tours du champ, plates, courses de haies, et stee parie entre amis; les book-maker mutuels, sont inconnus.

En dehors de ce dernier détail, le organisées comme en France.

" Les inscriptions se font à la Soc les entrées des chevaux varient de prix de 5oo à 5.ooo francs.

Au grand prix (la copa), on n'aci

274 Le Cbki

danser la habanera ou des danses européennes. Des hommes de cœur, comme M. Nicolas Ugalde et d'autres, ont fait des efforts pour créer aux roturiers des distractions intellectuelles ; ils ont organisé des confections populaires, et ce

Bal [Jarana] de gens appanenant au medio pelo.

qu'on appelle dans le pays des actes littéraires, sortes de concerts où l'on dit des vers et des chansonnettes. C'est un genre de réunion qu'il sera utile de développer.

On ne s'amuse pas seulement dans les villes : la chasse est aujourd'hui un plaisir fort prisé de

376 Le Chili huanaco s'enfuira fort bien avec ^plusieurs blessures ou une jambe cassée. II faut l'atteindre au , cou ou à la tête.

I Le;7uma (petit lion

sans crinière), assez comparable, dans ses mouvements, à la panthère , est traqué dans toute la Cordillère du Chili, et offre aux tireurs une chasse mouvementée et intéressante.

A Magellan, on tue l'autruche , la loutre et les phoques, mais dans un but purement commercial.

Dans les fermes, l'homme du monde se mêle parfois aux plaisirs de l'homme du peuple.

Deux occasions s'offraient annuelcordiiiere. letnent pour ces ré-

jouissances : Le Rodco et la Trilla.

Une fois par an, on réunit, dans de grands en-

d'une façon aussi primitive que pil travail qui, aujourd'hui, s'accomplit [ sonneuses mécaniques.

Les patrons et leurs amis partage:

occasions, le travail de leurs homi quaient avec eux pendant les momen

On rivalisait d'élégance et de vij faisait applaudir certains tours de fo lier s au pays.

Ainsi, savoir arrêter brusquemei lancé à toute vitesse, le faire pirouett sur ses pas sans changer son allui principe des courses chiliennes avan' tion, par M. Louis Cousino, des coi ropéenne. — Encore maintenant, sur de courses spéciaux fcanchas chilen 400 mètres de longueur, les gens ( musent à continuer la tradition des ( gènes.

Derrière une ligne, tracée sur le chevaux attendent, les pieds ramass du départ.

Le slart est faux neuf fois sur dix, malices de convention au moyen de cavaliers veulent favoriser leur dépa culant leur concurrent.

La course a toujours lieu entre di non sellés n'ayant qu'une bride. L< ont des éperons et un fouet rappelan

Distractions — Sports — Jeux nationaux 279 nets. — Les spectateurs forment la haîe. La course se fait en ligne droite, et on ne revient

Éperon ordinaire

des

huasos [gens de la

cam- ''

pagne). Les pointes

sont

émoussées. Le diar

nètre

atteint jusqu'à t

ogt-

cinq centimètres.

Mors chilien en acier.

Les parties extérieures

Le harnais, ta bride ei la c

moyen d'un anneau, sont en

filet.) Pendant que le Chilier. ^...^^^^.,^ .„..-...„... .- .™.. |. ,

ture, il conduit les carrossiers du pays au lilei. {

jamais au point de départ. Le starter et le juge d'arrivée sont assistés de deux témoins.

Il n'y a pas de tribunes ; les femmes et les enfants assistent, généralement à cheval, à ces jeux nationaux dont on ne saurait se figurer l'entrain. C'est là qu'on comprend que les Chiliens sont une nation de cavalerie.

icon :aire ]uel(

3e i e, ir

Les précis ajoutent que le climj qu'on y parle l'espagnol.

iMais ce n'est pas ainsi, par le dd plus ou moins complet de ces donné entendons faire connaître la région, débarquer à Valparaiso, le princip:

prendrons le train qui nous conduir; et nous suivrons les routes tracé toute la République.

Valparaiso, vallée du Paradis :

nom a-t-il été donné aux collines d les silhouettes arrondies se décoi ciel.

Vallée du Paradis ! cela fait naîl de dolce farniente, de contemplatior

Et Valparaiso est un centre d'actii d'âpre concurrence, d'intelligent trî sants efforts. 11 y a trente ans enci du Pacifique baignait le pied des les gorges et sur le flanc tourné d mer, des chaumières plutôt que abritaient de pauvres pêcheurs, mai ciants.

Depuis lors, l'habitant est des< hauteurs, il a disputé son domaine au moyen de digues, de remblais, de ponts, il s'est installé sur l'em l'ancienne rade. II a tracé d'abord

Le Chili ;conde; il en est à h 3 et le chemin de f îù naguère ancraier oin,

■t en 1876; je l'ai rt : pays, j'ai pu suivre s Aucune ville suda, ne se développe a ses débuts étaient le divia, elle figurait pi î qu'elle n'existait )is Drake y aborda, e:

'une douzaine de mai antage. Seize ans a] [awkins mit à sac 1 dépôts de marchand roduisit en 1600, où igea la côte. En 161 ent une nouvelle 1 elbergen.

du siècle, le vice-rc =ces d'artillerie pour eva à Textrémité m it de terminer les ci , lorsque le tremblen i, de nouveau, les générations.

ix ans avant les lutt Ile comptait 4.5oo hï

Le Chili bouches à feu de la C

San José el Baron, î Roi octroya à Valparaî; \d) et le nom de Nolre~L lerto Claro.

défaite à Ghacabuco, les :, démantelèrent les forts, ;rre de 1 822 détruisit ce < tuelle.ne date donc que d

de province, en 1842, 15 après, 60.000 habitan ique le double au demie

promené, au mois de fé s dont les plus élégante ;s de maisonnettes de stj un étage. De briques, en bois avec des rempl isé étaient recouvertes d rayantes, décorées d'insci gnes.

s enfilades en rez-de-ch; lar le nombre des magasi aies, à nos foires des e

dère en bois aboutissait à Préfecture et la Bourse tes façades. Une petite

388 Le Chili

Sur les places publiques, la musique militaire; sur les quais, les flâneurs; sur la rade, les mille fanaux des transatlantiques, des côtîers, des barques.

Vers dix heures, les feux de la ville commencent à s'éteindre. Une partie des citadins remonte.

par Tascenceur, sur les collines couvertes de pittoresques chalets et cottages ; de ces observatoires, la vue s'étend au loin jusqu'à la pointe où la sirène jette ses mugissements cadencés, pour avertir, dans les temps brumeux, les navigateurs de la proximité des écueils.

La rade, avec sa grande entrée de 3 kilomètres, abritée par le mur de collines de 3 à 400 mètres de hauteur, est ouverte aux vents S.-O. Lorsque la vague se cabre, elle balaie les quais

Voyage à travers le pays 29 1

Vina ont vu se grouper autour d'eux d'autres hameaux : Miramar d'un côté, et le Salto de l'autre.

M. Vergara, fondateur de Vina, a créé au

— — ' pour arriver a son ueveiuppe-

ment complet, contient une résine de la douceur du miel et d'un agréable arôme sui generis. La valeur marchande de cette résine est d'environ 6 piastres par arbre ; les exploitants ont été assez barbares pour détruire des millions de palmiers (car l'arbre saigné meurt) pour un aussi mince profit. Seul, M. Vergara a respecté ce produit original.

294 ^^ Chili

Une dévote dame de Quîllota eut faire sculpter un immense pélican de casse abrite le corps du Seigneur. J'ai t peine à comprendre l'émotion des p présence de cette fantaisie qui ne ra au moyen de l'art, son manque d'o

Rios Blanco et Aconcagua.

A 65 kilomètres de Valparaiso et Santiago, le train s'arrête à la Calera géographique important : le trac Ovalle doit partir de là. 11 établirait de nications, par voie de terre, entre le 1 Chili central. C'est là qu'aboutissait, construction des lignes ferrées, le c Coquimbo. On pouvait croire, il y a dei

Voyage à travers le pays 298

ans, que ce travail considérable (il s'agit d'environ 5oo kil.) serait entrepris sous peu. La maison Gouin, de Paris, fit faire, à la demande du gouvernement chilien, des études préparatoires très complètes, mais il est certain aujourd'hui que cette route, d'une importance plutôt stratégique que commerciale, ne sera ouverte qu"a-

Vallâe de LIai-Llai, vue de la montagne de los Loros.

près les voies mettant en communication rapide les régions agricoles et forestières du sud avec la capitale et son port.

A las Vegas, se trouve l'embranchement qui, à travers les villes de San Felipe et de los Andes, doit rejoindre les lignes argentines.

San Felipe est une jolie ville (par 32" 46' de lat. S.) au centre d'une vallée bien cultivée, dans un vaste cirque des, Andes. Le chemin

■296 -^^ Chili-

■de fer s'arrête maintenant à hs .

■lement Santa Rosa) qui se trouv d'altitude, sur le versant de !a fondation remonte à la fin du derr obtint son titre de ville en i865 {1

Le Congrès a donné à la maisor cession du transandin qui relie:

à Mendoza, dans la Républiqui travers le grand tunnel de Uspalh

Jadis on mettait des mois à pas lantique au Pacifique ; aujourd'hi fait facilement en cinq jours, et li

[]} La vatMe est srrosfe par U fleuve Aconcâg

S98 Le Chili

motive aura vaincu la hauteur de I

on fera ce trajet en quarante-huit

Reprenons notre rapide voyage v

Voici la station de Llai-llai.

Quand on parle d'une ville, ei

cite ses monuments, ses églises, si promenades. En citant Llai-llai, parler que de son buffet.

Et mieux vaut en parler que d'y

(t) Celte promenade à travers la Cordillère < On passe prés d'un beau lac, à près de 7.5oa i on suJt les vallées arrosées par des torrents; Rio Colorado.

3oo le Chili

prendre la voie qui se dirige vers le sud, et nous conduit, en moins de i r heures, à la ville de Con-i cepcion, à plus de 600 kilomètres de la capitale. La région que traverse cette ligne est plate. A

Rio Colorado,

l'est, l'horizon lointain est formé par la silhouette bleuâtre de la grande chaîne qui sépare ce pays de l'Argentine.

Ce voyage fait comprendre comment le Chili a, constamment, échappé au désordre administratif qui arrêtait le développement des pays

3oa

nardo ne

ture à Sa

A la p

priété Si Ochagavî

Notre quelques M. Chict a été app science, aujourd'h mière réc deaux.

Elle es capitale, paraventî parasites qui dorei complète!

murs, ces

J'aime vigne tou sa végéta

(.) Il existe — (là, par Ho minéraui). - 6ur la route .

lion de chlor de chaux, de

3o4 Le Chili

du sol. Elle alterne avec des d'orge, avec des prés où païss des bêtes à cornes ; des ha isolées s'échelonnent le long d rière un parterre de fleurs ou raît la maison d'un « hace simple et vaste ; quelques c silhouettent sur le panorama la route est animée par des cl à bœufs, par des « huasos », sous leurs chapeaux de « poncho », allant au petit g ventre à terre, ces deux allu un pays oià l'on ne trotte près

Ça et là encore, une crc pierre, souvenir de quelque a quelque meurtre.

Après San-Bernardo, Ranci vingt-quatre kilomètres de Sa ville importante. Elle fut fi droite du fleuve Cachapoal, er de Salnte-Croix-de-Triana.

Aujourd'hui, Rancagua est 1 essentiellement agricole ; en s ses rues bien pavées, sur son constate le bien-être des ha sont pas là en campement, n

[I) Au nombre d'eaviroD 6.O0O.

3o6 Le Chili

Lëtablissement est situé rasse au bord de rochers torrent. Des îles le divisent A la rive opposée, la Corc à plus de mille mètres.

L'établissement même, ai disparaît sous les rosiers grimpent le long des murs e corniches ; des chèvre-feuilh tordent autour les colonnes <

J'ai parcouru cette régili mois de mars 1876, et j'ai vi inscriptions gravées et peint ont été reproduites par la ne rappellent en rien les d( incasiques ou ceux que j'a coup de monuments du haï

Il est possible que ce soie passage de peuplades en mij tation de faits héroïques autochthones.

Je suis devenu assez scej vestiges auxquels souvent on valeur. Sans contester Tintéi avoir, quand elles sont réelle:

vieux monde américain, je tr

t du chlorure de calcium, magnésie, des sulfaies de chaux, de des sources e&i gazeuse.

3i2 Le Chili

Linares, dont la fondation ren l'appelait alors Saint-Xavier-d pas moins de 8.000 habitant contre-forts s'arrêtent à ses por rivière de Putagan,et, au sud,l rentiels de Ancoa et de Batuco

Le Parral, anciennement « v Louise », qui fut complètement tremblement de terre de i835, recensement, environ 5. 000 âmes au sud-est, se trouvent les bains

Le pays n'est pas bien pittoi bains, fondés et installés par ur triotes, M. Gage, rappellent nos d'autant plus qu'une partie de çaise s'y donne rendez-vous.

A 40 kilomètres au sud du P; San-Carlos avait été construite j verneurs de Valdivia (3).

(1} Les habitants ëmigrèreal en 1794 et I Valknar, la ville désignée actuellement sous

En i865, on y compta à peine4.ooo habita nombre a doublé.

A six lieues au N.-E. de la viHe, se trouv de Panimavida.

[1] Ces bains, notamment ta source de Sain de l'Ange, ont une température moyenne de a donné 0,073 d'acide sulfurique, 0,061 de cl 0,098 de chaujt, 0,001 de magnésie, 0,905

(3) En 1800, on la nomma Carlos deliibue La ville compte actuellemenl 7.000 âmes.

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