CHAPITRE VIII
Industrie et Commerce
Lors de la conquête, les Espagnols croyaient, sur la foi des indiens du Pérou, qui tiraient des ruisseaux du Chili une partie du tribut del'Inca, que ces cours d'eau traînaient beaucoup de sable d'or.
On donnait aussitôt à chaque capitaine de conquistadores un certain nombre d'indigènes pour les faire travailler aux placers et dans les mines. Ces malheureux, non payés et nourris d un peu de maïs, ne purent pourtant pas produire assez de métal pour justifier l'existence de cette première industrie.
On se mit donc à cultiver la terre qui répondit généreusement aux premiers essais agricoles. Cependant on demeurait pauvre dans cette lointaine capitania où, selon le système espagnol , on n'avait le droit d'acheter que des objets fabriqués dans la métropole. Pendant près de trois siècles, cette colonie a été victime de sa situation géographique, exploitée par ses voisines.
ie Chili ivait le monopole d le du Sud. Elle envc abello, où le vice-n prélevait des droits d ;ruviens se rendaien lient les magasins d ■aient une deuxième
1 que les négociants es marchandises qui tes sortes d'impôts < ivaient se vendre à )itants(i).
asion de la guerre d s navires français ol 1er au Pacifique, 3 les corsaires anglai ntrebande au plus .
es années plus tard une douzaine de ses t jadis réservé à Cad!
imerce direct qui, de 1, amenait des négo
tte rade où, alors, il entraii de 3.00O navires ont ancré, e rts de la République, Q.56i tonnes.
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capitaux dans ce pays oublié; en quatre-vingts ans, la population quintupla.
Cependant la crainte des corsaires anglais empêcha bientôt les négociants espagnols d'envoyer leurs barques dans le Pacifique, et Buenos-Ayres devint l'entrepôt des marchandises destinées à cette région transandine. Mais la cherté des transports à travers les pampas créa une situation commerciale intolérable, et au moment de l'indépendance, le Chili languissait.
Le gouvernement révolutionnaire décréta la liberté du commerce avec tous les pays du monde ; et, à partir de i83i, la sécurité à l'intérieur, la découverte des riches mines d'argent de Copiapo, l'importante exportation de céréales, le mot\vement industriel aidé par l'établissement du crédit foncier, l'organisation des banques, la construction des chemins de fer, ont augmenté rapidement les fortunes particulières et la fortune publique.
On comprend que l'isolement séculaire du pays, les entraves commerciales qui avaient atteint chaque habitant dans son bien-être, ont dû créer une aspiration ardente à se suffire, à ne dépendre de personne, à travailler chez soi, pour soi.
Il existait, d'ailleurs, une sorte de légende industrielle.
La côte du Pacifique, soumise au sceptre de
Chilf. 14
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linca, était très manufacturière ; les indiens
avaient été céramistes, tisserands, vanniers et
sculpteurs.
La tradition de ces métiers ne s'est pas perdue. Les conquérants quichuas, au xiv* siècle, avaient importé ces métiers en pays araucan, et on fait encore aujourd'hui, dans les villes de Chillan et de Talagante, des poteries rappelant la facture ancienne (i).
On tisse, dans le pays entier, les ponchos que les gens du peuple préfèrent à ceux que l'on importe. A Chillan, on fabrique des dentelles jolies et peu coûteuses ; à Linares on a une spécialité pour paniers en crin, et, à Santiago, on fait des mobiliers en osier.
En dehors de ces ateliers d'allure traditionnelle, et en dehors des grandes industries métallurgiques, salpétrières et vinicoles, en dehors de la fabrication de l'iode dont on exporte pour près d'un million de piastres par an, on a implanté, peu à peu, de nombreuses fabriques dans le pays.
Le Chilien du peuple a un don d'imitation remarquable qui lui permet de devenir, après un court apprentissage, un habile ouvrier.
(i] Ces terres cuilcs ne sont pas vernies, mais couvertes d'une patine assez fine ; la varîeié des formes est considiJrable. On fail en- :ore dans ceriains couvcnis, en une lerre aromaiisÈe, des poliches et Jesfigurines fort amusantes, qu'on vend i une foire spéciale, les [ours de Noël.
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La savonnerie de Puyo commence à faire une concurrence considérable aux savons d'importation.
M. Bernstein a installé la première raffinerie à Vina del Mar.
MM. Matte ont tenté, avec succès, la fabrication du sucre de betterave. —La Société du Parral les a imités. La betterave donne, au Chili, 14° saccharimétriques ; chez nous, elle ne donne guère plus de 9°.
Le jour où les Chiliens se mettront à fabriquer des huiles, on n'en importera plus une goutte d'Europe ; les oliviers donnent avec une abondance extraordinaire dans ce pays, et des arbres de trente ou quarante ans atteignent les proportions des oliviers séculaires de l'Europe.
La fabrication des huiles de lin promet aussi de donner des résultats rémunérateurs.
La concurrence étrangère a empêché les fabriques de papier de prospérer ; il n'en est pas ainsi des manufactures de draps : il en existe une au Tome, appartenant à M. Aninat, et une autre aux portes de Santiago, dirigée par une compagnie belge. Ce sont eux qui habillent l'armée.
La carrosserie au Chili est très avancée. Il est certaines maisons, comme Bardeau et Thieme, qui font aussi bien qu'à Paris. — On importe les essieux, les ressorts, les glaces, les lanternes et les étoffes ; mais la coupe, la caisse et Tajustage
214 ^^ Chili
se font sur place, par des ouvriers franc laissent rien à désirer comme solidité commodité, et comme élégance.
Le type de voiture le plus commun, c ment inconnu à Paris, est la America un landau sans développement, à pavi
en bois, et entouré de huit glaces mol siège du cocher est à la hauteur des au quettes, et, le pavillon étant de toute la de la voiture, le cocher est à couvert. C ture est à deux chevaux ; lorsqu'on met de renfort on l'attelle en galérien.
Ces voitures coûtent, en moyenne, i.
très, soit 4.500 francs.
La voiture de louage, toujours à quati est l'embryon très disgracieux, peu cor
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très lourd de Vamericaua. On l'établit pour environ 1 .000 S, et tout le matériel est fabriqué dans le pays.
En dehors de ces formes qu'on pourrait presque appeler nationales, on voit, les jours de fêtes, toutes espèces de modèles reproduits par les car-
Type de la voiture chilienne, appi
rossiers de Santiago, depuis le huit-ressorts de chez Binder jusqu'à la berline de l'émigré, depuis le breack de Mulhbacher jusqu'à la calèche du, temps de Louis XVIII, avec son siège monumental reposant sur des dauphins la queue en l'air et la gueule ouverte , depuis l'élégant coupé de Millon et Guiet et la victoria Rothschild jusqu'au classique coucou.
Beaucoup de monde attelle maintenant très bien à Santiago. — L'attelage français prédomine.
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— Les selliers sont également français. La maison Coudeu fait des harnais de luxe avec des Cuirs chiliens.
Ce sont encore des Français qui ont établi et qui exercent la tannerie.
Non seulement ils pour\-oient à tous les besoins du pays, mais encore ils exportent , surtout dans les pays voisins.
Des installations comme celles de Tiffou, MagnèreetSaint-Macary sont de premier ordre.
Modèles TranfaU importés qu'on imite actuellement à Santiago.
Toutes les industries corrélatives à la bâtisse sont normalement développées. Les briqueteries (par voie humide et par voie sèche), les tuileries,
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rornementation en terre cuite et en grès, les chantiers des marbriers et des charpentiers, les ateliers de menuiserie et de serrurerie, des fabricants de grillages, etc., sont bien installés.
Depuis quelque temps, des ouvriers du pays se sont mis à sculpter le meuble et reproduisent les beaux modèles qui ont été importés.
Les bois chiliens {le roble, le rauli sorte de
Brasserie, fabrique d'actde carbonique liquide, de glace el d'eaux gazeuses de MM. Gabier et Cousiiio.
bois de chêne, d'une nuance rougeâtre) qu'on met à leur disposition sont superbes; mais le bûcheron chilien n'étant guidé par aucun ingénieur des forêts, abat l'arbre à n'importe quelle saison, même lorsqu'il est en pleine sève. Or, dans ces conditions les bois ne sont jamais secs.
D'autres industries ont rapidement pris de l'essor : on ne boit plus que de la bière chilienne.
2i8 LeChil
Les produits des Allemand supplantés depuis quelque t de Giibler et Cousino qui comme un des plus beaux et On y fabrique à la fois glace, de l'acide carboniqu gazeuses.
On envoie dans les vill Iquique, Antofogasta, etc., Un tube contenant dix litr liquide, sous une pression d exerce sur le contenu, au mi une pression n'excédant pa chaque tube rend ainsi, à 2.
gazeux et la fraîcheur, ce portateurs du système toute atacamien.
A Santiago et au centrt Cousino vendent leurs prc teilles fabriquées par la mai
Toutes ces industries fon la réclame tfès jolie au p phique. Les imprimeries S( principaux journaux disp Marinoni, et on est à mêmi ou à Valparaiso, de belles (
Cette activité a une impo
(]] C'est l'application industrielle d«
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faut pas méconnaître. Dans ces ateliers, on enseigne au peuple mieux qu'un métier, on lui apprend le travail, et le progrès incontestable flatte le légitime amour-propre d'un pays où la paresse n'est pas en honneur.
Cependant l'Etat, protégeant toutes les industries qui s'implantent sur son territoire, n'en tire
pas profit, et, pour beaucoup d'articles, le consommateur ne trouve guère d'avantage à la fabrication sur place. Le producteur peut vendre assez cher grâce au droit de douane qui frappe l'objet similaire importé. Pour le Trésor public enfin, auquel la douane, étant donné l'assiette de l'impôt, fournit la majeure partie de ses revenus (1), il y a perte ; et cette diminution de revenus
(1) En 1887, la douane a perçu 34.370.000 piastres.
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augmente en raison directe industriel.
Cet état de choses n"a transitoire, attendu qu'il a opportun, un remaniement pli du système des impôts.
Dansun ensemble de dispo genre, le public ne voit qu apparent : la balance du bud se rendre compte, en prenai excédents de recettes qui c; d'hui la situation économiqut traves que chacun des dro développement des diverses b nationale; il est évident que propriétaires ne constitueror du corps législatif, l'impôt f cion agricola) sera appelée :
value que l'industrie nationa caisse des douanes.
Il sera d'ailleurs de l'intérê de ne pas faire supporter au ■ tation le poids énorme de entier {[)-
[i] Le commerce chElien se désigne soi:
néral et spécial; le premier comprend to du territoire de la République, grève o merce spécial s'applique à tous articles de tiéres premicrea ou manufaciuriies], irapo:
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En 1844, rimportation était de 8 millions et demi de piastres et l'exportation de 6 millions. En 1887,1a première avait sextuplé pendant que la dernière a décuplé : en effet, l'importation était de S 48 millions et l'exportation de 5g millions et demi. Le grand développement dans l'exportation des produits du pays prouve, d'après la statistique, que les sources de la richesse nationale deviennent de plus en plus abondantes. Généralement la plus-value était au chapitre de l'agriculture, cette année elle se trouve aux mines qui, en 1886, donnaient 40.200.000 piastres, et, en 1887, 49.400.000. L'élévation des prix du cuivre, permettant d'exploiter des mines que la baisse de cet article avait fait abandonner, tous les capitaux disponibles ont dû être employés à ces travaux exceptionnellement rémunérateurs. On a négligé les autres branches industrielles. Ainsi l'agriculture qui, en 1886, donnait 9.700.000 piastres, ne produit plus que 9.360.000, en 1887. Les objets manufacturés, les articles divers, le numéraire et les objets de réexportation présentent une diminu-
du pays, et à Texpédition des matières brutes ou ouvrées d'origine nationale ou étrangère. Chacun de ces deux commerces se divise en importation et exportation.
En 1874, au commerce général, l'importation était de près de 42 millions de piastres et l'exportation de 40 millions de piastres.
Au commerce spécial, l'importation figure pour 38 millions et demi, l'exportation pour 36 millions et demi.
tion d'environ 800 une augmentation de piastres.
Au point de v exporté, en 1887, marchandises d"ui très; pourrAUema 3.072.000; avec u précédente ; poui piastres ; pour l'A la France, de 461. (
La balance entri a été presque co dernière. Et si, pj tation prime l'exp sager peut s'attrib plus dépensières, laissé, pendant qu état de gêne suivi Chiliens ont un re mal. Au lieu de pa:
passent tout l'été d
La vie matériel
(]] Le haccndado oti'rc a — Il organise des cavaka
A Macul, Peiialolen, la Pej invitiis avec une royale lari
et des travaux publics, qui n'exi:
il y a deux ans, le chiffre énorint piastres.
Honneur à ceux qui, pendant élèvent les pauvres et leur a| servir des outilsqui, aux heures d permettront de vaincre la misère,