‹ Chili et Bolivie;Chapitre 3 sur 30 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Arrivée des Espagnols au Chili ; expédition de Valdivia. — Indépendance du Chili ; expansion territoriale. — Etat politique et social du Chili. — Climat; divisions géographiques.

A peine la conquête du Pérou était-elle faite par Francisco Pizarro et ses compagnons, que Fun d'eux, Diego (VAlmagrOj fut envoyé, en 1534, au sud, dans une dépendance des Incas, avec Tordre de conquérir, pour son compte personnel, le fief de Nuevo-TolédOy dont il avait été investi par le roi d'Espagne.

Almagro remonta par le Haut-Pérou, longea le flanc oriental de la Cordillère des Andes, jusqu'à la hauteur du volcan de Copayapu (actuellement Copiapo). Il franchit ces hautes montagnes et redescendit par la vallée d!una

petite rivière, portant le même nom que le volcan et que la ville de Copiapo.

Comme Almagro était accompagné par un frère de rinca, Atahualpa, et que le pays était sous la domination au moins nominale des souverains du Pérou, la ville ne fit pas de résistance à l'attaque des envahisseurs et fournit des guides pour les conduire vers le sud. Les compagnons d' Almagro constatèrent que la vallée du rio Copiapo était d'une fertilité remarquable ; mais quand on s'en écartait, on tombait en plein désert d'Atacama, que les Espagnols traversèrent jusqu'à Coquimbo, où ils retrouvèrent une végétation normale. Les Espagnols, qui ne recherchaient guère des terres propres à Tagriculture et se souciaient, plutôt, des trésors qu'ils pourraient rencontrer, ne furent pas découragés par ces étendues stériles ; mais il semble qu' Almagro fut cependant quelque peu désillusionné de revoir la même absence d'arbres et de prairies que sur toute l'étendue des côtes du Pérou. Il donna à Gomez d'Alvarado le soin de continuer cette exploration; celui-ci longea la côte du Pacifique et descendit vers le sud.

Il s'arrêta, dans les environs de Maule, à 400 ou 500 kilomètres de distance de Coquimbo, gêné par l'abondance des pluies, et, il faut bien le dire, par la fière attitude des habitants, les Araucans, qui n'avaient jamais cédé au joug peu conquérant des Incas. Il retourna auprès de son chef, Almagro, et lui démontra facilement qu'il semblait y avoir plus de coups à recevoir que de trésors à ramasser dans un pays aussi pauvre et aussi froid, comparativement au doux climat du Pérou, si ensoleillé et si sec. C'était en somme un insuccès.

La petite troupe regagna le Nord en longeant la mer. Ils trouvèrent tout juste de quoi boire, eux et leurs montures, grâce à quelques sources ou quelques puits que leur découvrirent leurs guides. Pour les gens qui connaissent ce pays, on a peine à comprendre comment ces conquistadores se tirèrent de cette hardie chevauchée.

En 1540, une expédition militaire fut envoyée du Pérou, pour effectuer la conquête du Chili. Elle fut confiée à Pedro de Valdivia, un des lieutenants de Pizarre. Il arriva, très vraisemblablement par mer, ce qui était plus facile que par l'ascension des Andes, la traversée des déserts et une longue marche à pied ou à cheval. Valdivia fonda Santiago, après avoir remonté, depuis Valparaiso, la vallée de l'Aconcagua et passé dans celle du Mapocho. Il alla plus au sud, et, comme son prédécesseur, Alvarado, se heurta aux peuplades guerrières de l'Araucanie. Il créa, en allant jusqu'au Bio-Bio, à la hauteur de Concepcion, des postes fortifiés, plutôt que de véritables villes ouvertes. Concepcion ne put résister à l'attaque des Araucans ; quant à Valdivia, défait en bataille rangée, il fut tué d'un coup de massue ; il fallut plusieurs siècles pour relever de leurs ruines les établissements qu'il avait fondés.

Son successeur^ Garcia Hurtado de Mendoza, ne pouvant venir à bout de la résistance des belliqueux Araucans, passa outre et continua sa route jusqu'à Tile de Chiloé ; il était accompagné d'un poète, Alonzo de Ercilla, l'auteur de l'épopée Araucana^ qui célèbre le soulèvement des aborigènes ; il immortalisa par ses vers Caupolican, le héros de cette lutte. Pendant longtemps, Castro, dans le voisinage de Chiloé, fut la limite de la conquête, ce qu'on appela Fin de la Cristiandad.

Le passage par le détroit découvert, dès 1520, par le Portugais Magellan, au service de l'Espagne, aurait dû sortir le Chili de sa situation isolée puisqu'il évitait de passer par Fisthme de Panama et de faire le long détour par les possessions espagnoles du Pérou. Ce passage sembla perdu et ignoré pendant des siècles ; la métropole, qui gardait si jalousement ses colonies, et qui n'y laissait entrer aucun étranger, faisait courir le bruit que le détroit de Magellan avait été obstrué. La vérité, c'est que le doublage du cap Horn, cet autre cap des Tempêtes, était certainement une navigation périlleuse. Les voiliers, à l'heure actuelle, affrontent encore avec de grandes précautions les sinuosités du détroit de Magellan et celles des canaux de Smith, qui lui font suite. Il fallait la vapeur pour surmonter ces difficultés.

On a dit que le peu de richesses minérales, que trouvèrent les conquistadores^ ne donna pas à ces envahisseurs une haute idée du pays. D'abord, les mines les laissaient indifférents et ils n'appréciaient que l'or ; ils le trouvaient en faisant laver par les Indiens, qu'ils avaient réduits à une sorte d'esclavage, les sables aurifères des rivières descendant des Andes. Il est démontré, cependant, que pendant chacune des quinze premières années de la conquête, on retira deux tonnes d'or (valeur près de quinze millions de francs) comme en fait preuve le quinto ou droit de 20 pour 100 qu'on payait à la couronne d'Espagne. Pendant les quarante années qui suivirent, chacune d'elles ne donna plus que la moitié de cette somme, soit que Ton eût écrémé les plaçers d'où venait cet or, soit que les guerres avec les Araucans aient diminué le nombre des Indiens orpailleurs.

Il faudrait bien se garder de porter un jugement défavorable sur le Chili sous ce prétexte que pendant de longues années il servit de lieu de déportation aux criminels de toute la région équatoriale et tropicale de la capitainerie générale du Pérou, dont il constituait le nouvel extrême. Maintenant, au contraire, par ses ressources de tous genres, par sa minéralisation puissante, par les agréments de son climat, qui n'a rien d'amollissant, par rintelligence et l'esprit travailleur de ses habitants, le Chili doit être considéré comme la perle de r Amérique du Sud.

Les luttes sanglantes avec les sauvages Araucans ne p rirent fin qu'au milieu du dix-neuvième siècle. Les Chili ens prétendent que ceux-ci furent détruits dans les guerres, et qu'il n'y eut aucun mélange entre le sang espagnol et celui des aborigènes. Nous voulons bien le croire ; mais, pour les autres peuplades, plus au nord et qui ont été d'une soumission plus facile, constituant les esclaves, qui travaillaient la terre et lavaient les sables aurifères, c'est plus difficile à admettre^ dans un pays où les femmes espagnoles étaient en grande minorité. Pour nous, il y a eu des mélanges avec les Indiens dits amis. La conquête, limitée au sud par la résistance hostile dès Araucans, se dirigea vers le nord jusqu'au jour où la c olonisation fut arrêtée, au delà de Coquimbo, par l'inf ertilité du sol du désert d'Atacama, — depuis le bord du Pacifique jusqu'aux premiers contreforts des Andes.

Pour porter plus loin les limites du Chili, il fallut un grand développement de l'industrie des mines, ce qui permit d'atteindre la partie bolivienne de la côte du Pacifique ; et, pour l'annexer, ainsi que les provinces péru-

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viennes de Tacna et d'Aricà, il fallut une guerre avec le Pérou et la Bolivie, où le Chili fut complètement vainqueur. Cette guerre, qui porte le nom, assez singulier, de guerre du Pacifique^ prit naissance en 1878, au sujet d'une taxe que les Bolivien^ voulaient imposer sur les Chiliens habitant Antofagasta. Ceux-^ci extrayaient le nitrate de soude, dont ils avaient acheté les concessions à quelques kilomètres dé la côte, au Saisir de Carmen. La Bolivie cherchant à détruire ces titres de propriété, les. * Chiliens débarquèrent cinq cents hommes, prirent Antofagasta et, en un mois, TAtacama était conquis jusqu'à Calama. Le Pérou, qui avait eu l'imprudence de se lier par un traité secret avec la Bolivie, dut prendre parti. La guerre devint maritime, pendant que l'armée chilienne marchait sur les provinces péruviennes ; quant à la Bolivie, elle s'était retirée dans son aire, derrière les premiers contreforts des Andes, où il était difficile de l'atteindre. Les Chiliens arrivèrent à Lima, pour obliger leurs adversaires à faire la paix aux conditions onéreuses que leurs premiers succès leur avaient permis d'imposer. Le Pérou dut céder ses provinces de Tacna et Arica ainsi que le Tara- * paca et Iquique, en renonçant au nitrate de soude, qu'il avait cherché à monopoliser pour remplacer le guano qui commençait à s'épuiser.

Cette cession était d'abord conditionnelle ; elle pouvait cesser au bout de dix ans, moyennant le paiement d'une indemnité de quelques millions. Vingt-cinq ans se sont écoulés, depuis, et les provinces péruviennes sont encore entre les mains des Chiliens ; et, comme les vaincus ne sont guère en position de payer, les vainqueurs semblent devoir garder indéfiniment leur gage.

L'importance territoriale du Chili se trouve presque doublée actuellement, comparativement à ce qu'elle était avant la guerre. Il compte maintenant près de 4.200 kilomètres d'étendue, sur une largeur moyenne de 190 kilomètres. Cette bande de terre commence au cap Horn, au delà du détroit de Magellan, pour aboutir au rio Sama, la nouvelle frontière avec le Pérou. L'ensemble constitue une superficie de 750.000 kilomètres carrés.

C'est au commencement du siècle dernier, au moment où rinvasion de l'Espagne par les armées françaises et la conquête de la péninsule relâchaient le lien de la métropole avec ses colonies américaines, que le Chili chercha à secouer le joug de la vice-royauté de Lima. Après des alternatives de revers et de succès, malgré la bataille de Rancagua perdue en 1814, contre les troupes de TEspagne, l'indépendance du Chili futproclamée le 18 septembre 1818.

Actuellement, le Chili est une république honorable, garantissant la liberté individuelle dans un ordre social sévèrement établi et respectant l'étranger. Nous ne relaterons pas les variations de politique intérieure des différents présidents, qui se sont succédé, ceci est du domaine de l'histoire ; il nous suffira de dire qu'actuellement, pour la stabilité et la sécurité financière, le Chili est la république la plus sérieuse de toute l'Amérique du Sud. En réalité, on n'y trouve guère que deux classes, ceux qui possèdent, qui se maintiennent au pouvoir, avec des nuances peu importantes de gouvernement, et les pauvres ou rotoSy qui n'ont guère que ce qu'ils portent sur eux ; ces derniers participent cependant au gouvernement par leurs votes> les fonctions du congrès étant électives. Les questions sociales ne troublent pas jusqu'à présent le pays : on

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n'y entend guère parler de grèves ni de revendications ou de luttes de classes ; il jouit donc d'une tranquillité politique remarquable, qui tient probablement ii la prospérité générale.

L'étranger reçoit bon accueil, comme en témoignent les appels faits par le gouvernement aux professeurs français et allemands^ comme aux initiatives particulières pour la création d'industries nouvelles. Cependant, il ne faudrait pas se faire d'illusions, le patriotisme, comme dans toutes les anciennes colonies espagnoles, y est un peu étroit; il l'a même été plus autrefois (1). Cela n'a pas empêché le gouvernement chilien, lorsqu'il établit une école de guerre, de faire appel à un officier prussien, dans ces dernières années.

Une conséquence de ce vif patriotisme, pour l'étranger qui arrive au Chili dans des conditions ordinaires, est qu'il ne doit guère s'attendre à être reçu dans la société chilienne. L'étranger est toujours un peu considéré comme un parasite, comme une personne qui vient vivre sur le pays et y chercher plusou moins aventure. El gringo corne todo, l'étranger mange tout, dit un proverbe populaire. La colonie française y est traitée de gavachos (les gens des gaves et du pays basque); elle se compose surtout de commerçants, qui tiennent pourtant le haut du pavé. Quant aux Espagnols, ils font le petit commerce ; on les appelle Godos (les Goths). Les Anglais et les Allemands appar-*

^1) Un Français, ancien aide de camp du duc d'Aumale et qui avait assisté à la prise de la Smalah d'Abd-el-Kader, avait été appelé de Paris, pour être instructeur de la cavalerie chilienne. Le ministre de la guerre ne ratifia pas ce choix en disant : Les vainqueurs des vainqueurs de Bailen n'ont pas besoin d'un instimcteur français. Le traité fut observé, mais on n'employa pas cet auxiliaire. '

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tiennent, avec quelques Américains du Nord, à la catégorie des gringos.

Le Chili, malgré ses qualités incontestables, est très utilitaire ; et le culte de la fortune acquise, sans trop se préoccuper des tenants et des aboutissants, y est général. Le lien de famille y est très fort. On voit les jeunes ménages, dont la situation n'est pas encore faite, vivre souvent chez leurs beaux-parents, dans ces grandes maisons chiliennes, qui ne se composent que d'un rez-de-chaussée, comme les habitations antiques qu'on retrouve à Pompéi. Elles sont divisées en trois parties : le devant donne sur la rue et renferme les pièces de réception, avec, au milieu, une cour rappelant V atrium romain ; on y a accès par une ou deux grilles, quelquefois une porte cochère suivie d'une seule grille, par laquelle le regard plonge, la première étant ouverte. Viennent ensuite les chambres réservées à la famille et où l'étranger ne pénètre pas ; quant au fond, il est occupé par des sortes de communs ; c'est là qu'habite la domesticité ; cette dernière partie est traversée par un.égoutà ciel ouvert^ assez profond et où se jettent toutes les immondices. La pente est assez forte, en général, à Santiago, par exemple, grâce au voisinage des Cordillères, ce qui évite la mauvaise odeur. Actuellement, une compagnie française a été chargée de la réfection des égouts, qui seront voûtés dans la capitale. Pour les maisons qui ont un premier étage, celui-ci est plutôt loué à des étrangers, qui ne craignent pas les tremblements de terre. Les Chiliens trouvent plus commode et plus sûr de pouvoir se mettre à l'abri dans les cours des maisons, les pah'os, que de se rendre dans les rues par des escaliers. Les tremblements de terre sont assez fréquents. Les oscillations

du sol^ qu'on ressent même dans les rues, sont accom* pagnées de roulements souterrains ; mais, comme, pour les orages, c'est Téclair qui tue etc'est le tonnerre qui effraie , là, c'est encore plus le bruit, qui n'a rien de dangereux, qu'on redoute, plutôt que les mouvements qui peuvent renverser les édifices, et qui sont plus à craindre.

Les Chiliennes, assez jolies en général, ne seraient pas les vraies descendantes des Espagnoles, si elles ne faisaient pas preuve d'une certaine coquetterie, moindre cependant que celle des Péruviennes. Il est de règle que, le matin, elles portent une espèce de toilette d'église, de teinte noire, en voile de cachemire ou en crêpe de chine, dont elles se couvrent complètement la tête, avec beaucoup de grâce : c'est le manto nacional. L'après-midi, les femmes portent des chapeaux et des robes habillées ; elles quittent cet uniforme sombre et se mettent à la mode de Paris, plus ou moins en retard d'une saison. Quant aux hommes, ils soignent beaucoup leur toilette, n'accordant de considération qu'aux gens très bien mis, qui se servent des meilleurs tailleurs ; et cela existe entre eux et pour les étrangers. Si les ressources de la famille sont modérées et qu'il y ait peu d'argent dans le ménagé, on le consacrera, de préférence, au père ou au mari, qui en pratique ont plus à paraître, et les femmes au besoin resteront à la maison en vêtements simples.

A la tête de la République Chilienne se trouve un président élu, pour cinq ans, par le pouvoir législatif entre les mains du Congrès et du Sénat. Ces assemblées sont nommées par le corps électoral composé de tous les Chiliens âgés de vingt et un ans, au moins, et sachant lire et écrire. Cette restriction, qui devrait exister dans tous

les pays à suffrage universel, ne donne au Chili le droit électoral qu'à 40 à 50 pour 100 de ses habitants mâles ; mais, avec le développement dePinstruction publique, pour laquelle FÉtat s'impose des sacrifices de plus en plus grands^ il faut s'attendre, dans un très court espace de temps, à ce qu'il existe un suffrage réellement universel .

Actuellement, le pays est divisé en soixante-neuf départements et comporte cent vingt-six députés à raison de un représentant par deux cent mille habitants ;de plus, à trois députés correspond un sénateur, ce qui en fait deux par province, et donne quarante-deux membres au Sénat.

La justice passe, au Chili, pour être rendue d'une manière assez honorable. Elle a conservé la forme espagnole avec ses avantages et ses inconvénients. On y procède par témoignages et par mémoires écrits, ce qui peut donner de l'occupation aux faux témoins, mais ne saurait fournir aux avocats de ce pays, très habiles et très nombreux, l'occasion de faire preuve d'éloquence dans des débats publics et brillants.

Les Chiliens ont la prétention d'avoir un code civil meilleur que le code Napoléon. Ceci est possible, car leur code est postérieur au nôtre, dont il s'est inspiré. Une différence indiscutable entre eux deux, c'est qu'au Chili, la loi ne reconnaît aucune distinction entre le Chilien et l'étranger pour l'acquisition et la jouissance des droits civils.

C'est Santiago, au centre du pays, dans la partie la plus tempérée, qui jouit du climat le plus agréable ; il n'y pleut que quelques jours par an ; la température moyenne de l'été est de 18% 6, et celle de l'hiver de 7% 8 ; il n'y neige jamais, où pendant quelques instants, et alors la fusion

se fait aussitôt et les plantes n'ont pas le temps d'en souffrir. La chaleur n'y est jamais excessive, car elle est plutôt sèche ; en tout cas, les nuits sont fraîches et favorables au sommeil ; Thiver, les gelées y sont encore plus inconnues que la neige ; les courants aériens, venant de Test, ont dû descendre de la Cordillère des Andes, se comprimer et se réchauffer pour se répandre dans les plaines. Le vent de mer, venant de l'ouest, y est d une grande douceur. Une particularité à signaler, c'est que les maisons chiliennes, n'ayant ni calorifères ni cheminées permettant de combattre Thumidité, ce qui est regrettable pour des rez-de-chaussée, n'ayant que peu ou point de caves, les habitants évitent plutôt de sortir par les temps de pluie^ craignant sans doute les affections pulmonaires. Ils n'ont chez eux, comme chez les gens qu'ils iraient voir, d'autres moyens de se réchauffer, ou de se sécher au moins, que quelques braseros au charbon de bois et qui, pour ne pas être asphyxiants, exigent des fenêtres ouvertes. Ils considèrent qu'en temps de pluie les rendez-vous ne tiennent pas, chacun reste plus ou moins confiné chez soi ; les professeurs, par exemple, manquent leur leçon, et, d'une manière générale, la vie devient moins intense ; heureusement que tout cela n'arrive que quelques jours seulement par année.

D'une manière générale, on peut considérer que le Chili possède un climat tempéré ; mais il importe d'ajouter immédiatement qu'un pays qui s'étend sur une telle longueur en latitude, ne saurait avoir une grande homogénéité. Il pleut une fois par an à Copiapo ; il y a seulement vingtcinq jours de pluie à Santiago, cent cinquante à Valdivia, et dans le détroit de Magellan, on trouve des neiges per-

pétuellesà 1.200 mètres de hauteur et des glaciers arrivent presque au niveau de la mer.

C'est ce que résume le tableau suivant :

Latitude Altitude Température Hauteur

moyenne de pluie

Iquique 20« 10°* 19° 0-003

Copiapo 27« 396 15%3 025

Valparaiso 32« 46 14%1 340

Santiago ...... 33° 535 12%1 400

Valdivia ...... 40° 13 11%7 2 690

Aneud 42° 53 10%4 2 360

Punta-Arenas (Magellan) . 54° 10 6°,4 560

A l'île de Chiloé, il pleut six jours par semaine^ et, le septième, le ciel est nuageux, aussi y constate-t-on de 2 mètres à 2 m. 50 de hauteur de pluie par année, suivant les endroits. .

A la diversité des climats au Chili, correspond naturellement une grande diversité dans ses ressources de tous genres. Nous devrons donc étudier successivement :

1® Le Chili austral, plus particulièrement forestier et agricole ;

2® Le Chili central avec un grand développement agricole, minier et industriel ;

3® Le Chili septentrional ou nouveau Chili, n^ayant pour ainsi dire aucune agriculture par suite du régime tout particulier de ses pluies et le peu d'importance de ses irrigations, mais remarquable par son développement minier et même industriel.

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